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Tels sont les saints propos de Jésus, fils de Marie, le souffle de Dieu le Très Haut, qui convoqua les khawariyiine (apôtres-vicaires) du Seigneur des mondes dans cet exercice de dévoilement de la vérité, de purification de l’âme et de lutte contre le soi-impérieux. Mais aujourd’hui, tout le monde veut être devant, oubliant l’arrière-garde à la merci du mal ! A l’injonction de Jésus, «Qui sont mes alliés en Dieu ?», les apôtres répondirent selon le Coran, «Nous sommes les alliés de Dieu.» Alors naquit la flamme de l’amour et du pardon, et plus tard la salam dans le désert de l’Arabie.
Le défaut de perception associé à l’oubli, consubstantiel au fils du premier Adam, est l’une des sources du mal. Zoroastre, Moïse, Bouddha, Jésus et Muhammad, paix et salut sur eux, ont tous eu pour mission de soigner les âmes malades et rebelles à la lumière. Le problème de l’homme est d’ordre optique, c’est le panorama qui fait défaut, l’œil est l’organe essentiel, mais «l’œil» du cœur. Le cœur est le siège par excellence des grandes connaissances gnostiques, d’où le verbe coranique : «Ils ont des cœurs, mais ne comprennent rien», Sourate Ahraf.
Ils sont nombreux, parmi les proclamés premiers, qui n’ont pas de cœur, sinon de la pierre à la place du cœur, moins que Pierre Képhas le saint rocailleux, illustre compagnon de Issa Ibn Mariam, révolutionnaire à la foi d’airain. L’utopie socialiste est née peut-être de ce sentiment primitif, ce doute quant à la faculté de l’homme d’avoir du cœur. La suite est connue de tous. Depuis Valéry Giscard d’Estaing, les Socialistes n’ont plus le monopole du cœur, du moins en rhétorique. Les religions ne sont pas socialistes, heureusement. Elles ne sont pas non plus libérales. Les idées socialistes sont libérales chez les Anglo-saxons. Voilà la science politique confuse, complexe et culturelle. Qui sont les derniers parmi les Socialistes et les premiers parmi les Libéraux ? Les méchants parmi les premiers ici seront sont les maudits ailleurs parmi les derniers. Shakespeare, le saint laïc, l’a compris, qui a dit en des propos lumineux : «Si les empires, les grades, les places ne s’obtenaient pas par la corruption, si les honneurs purs n’étaient achetés qu’au prix du mérite, que de gens qui sont nus seraient couverts, que de gens qui commandent seraient commandés», dans Le Marchand de Venise.
Il s’en est fallu de peu que la catin honnie de tous, qui s’est donné à tous les hommes de la terre, engendra le saint des saints. Oui ! Les voies du Seigneur sont insondables. «Mais les braves gens n’aiment pas qu’on suive un autre chemin qu’eux (…) Je ne fais pourtant pas de mal à personne en ne suivant pas les chemins qui ne mènent pas à Rome», dit George Brassens, l’anarchiste. La mauvaise réputation des derniers à l’échelle terrestre est parfois la bonne chez les premiers pour ceux qui croient au ciel. Tous les anarchistes du monde auraient aimé être Jésus de Nazareth et marcher sur l’eau comme un surhomme, ce que le grand Nietzsche n’a jamais réussi. Alors, chemin faisant, la femme de joie pécheresse ineffable descendit dans le puits puiser de l’eau pour le chien haletant de soif, ce qui lui vaut le salut éternel, malgré une longue vie de culbute illicite, l’hallali des hypocrites, le jugement dernier des gens de bien qui prétendent avoir reçu un certificat de bonne conduite de la main droite du Créateur Lui-même. Les derniers sont parfois les premiers en une autre vie, une autre situation. Que les orgueilleux pleins de morgue, de gloriole et de mépris royal se tiennent cois ! Ils vont la fermer un jour dans le royaume terrestre.
Que font les saints en enfer en compagnie des serpents, des singes, des hyènes et des chiens ? Ils ne sont solidaires du règne animal que dans la punition. Il est vrai que certains premiers autoproclamés, médiatiquement soutenus, reçus avec pompe dans les palais royaux, sous les lambris dorés et les lustres qui vont se fracasser sur leur tête insouciante devant les regards faussement énamourés, ne font que crier et «trompetter» leur dernière place dans l’Insigne Assemblée. Premiers à la queue, ils marcheront à la queue leu leu pour franchir la dernière porte de la misère, mais à reculons. Ils sont indignes de la file indienne puisqu’ils n’ont jamais guerroyé, sauvé une seule vie ; s’ils ont une seule fois tendu la main, c’est pour mépriser. Leurs paumes rosies par l’oisiveté manuelle et honteuse ressemblent au derrière du chimpanzé. Ils sont derrière le chimpanzé, ils n’ont jamais rien donné. Les premiers sont parfois les derniers. Il y a tellement de fortunes de la misère dans ce monde : Misère morale, marasme spirituel, crise métaphysique. Ce n’est pas le capitalisme qui l’a inventé, mais l’affairisme, l’inculture et pis. La «mercantilisation» de la culture. Plusieurs des premiers seront les derniers, et plusieurs des derniers seront les premiers.

Par Khalifa TOURÉ
sidimohamedkhalifa72@gmail.com

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