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Je fais irruption dans une actualité sénégalaise avec une attitude volontairement pyrrhonienne. Au dogmatisme d’une certaine élite politique, l’opinion du web oppose l’ambivalence d’un énergumène qui outrepasse allègrement les frontières entre les genres. Un new deal ? Qui sait ? En tout cas, au box-office du buzz au Sénégal, caracolent deux personnages que tout oppose. Dans l’histoire des mœurs, Sonko incarne «Zorro» des temps modernes, qui ferraille contre tout ce qui ne tourne pas rond. Le bonhomme est apparu, chapeau de cowboy, chemise blanc de lait, en parangon de la morale républicaine, gardien d’une orthodoxie sur la gestion du patrimoine.
A l’opposé de cette rigueur, il y a l’Insoutenable légèreté d’Ouzin. C’est l’icône (malgré lui ?) d’une dissolution des mœurs d’un détournement des genres, dans un mélange de showbiz et de perversion. La toile friande, de déballages, de cafards, de pitreries s’en donne à cœur de joie. Faut-il en pleurer ou en rire ?

Qui met le feu à nos marchés ?
Un marché qui prend feu au Sénégal est un fait d’actualité banal. On ne compte plus le nombre d’incendies qui ont ravagé ces lieux de commerce. Le dernier en date, c’est le marché de Tilène de Ziguinchor. Sur la longue liste de sinistres, il y a Ocass de Touba, Hlm, Petersen, Parc Lambaye à Pikine, Colobane, etc. Celui de Liberté 6, devenu la nouvelle Mecque de la débrouille, a avorté. Ce sont des centaines de millions qui partent en fumée, en un clin d’œil, réduisant en cendres des efforts de toute une vie. Les causes de ce drame sont bien connues : branchements clandestins, occupation anarchique, insalubrité…
Que font les autorités locales pour prévenir et éradiquer de telles catastrophes ? Rien ou presque. Ce qui est révoltant, c’est le laxisme avec lequel ces marchés sont gérés. Ces marchés sont sous la responsabilité des autorités municipales. Celles-ci les considèrent comme de simples vaches à lait. On les voit comme des machines à sous pour soutirer de l’argent à coup de taxes, de «diouties» sans rien recevoir en retour. Raison pour laquelle certains maires tolèrent, voire encouragent, l’installation de marchés spontanés, anarchiques pour remplir les caisses municipales et entretenir un personnel pléthorique, et le clientélisme politique.
Investir une partie de cette manne financière dans les marchés leur aurait permis d’avoir un aspect plus décent. Conséquence du laxisme des pouvoirs locaux : ces lieux de commerce présentent un visage hideux, repoussant. Qui d’entre nous n’a pas été, circulant entre les étals, saisi par l’odeur nauséabonde qui flotte, ou le «spectacle» répugnant des tas d’immondices jouxtant les aliments qui vont finir dans nos marmites, nos ventres. Sandaga, Tilène, Marché Thiaroye et consorts sont devenus le repaire de la pègre urbaine, des chiens errants. En plus d’être dangereux, ces marchés constituent une menace contre l’hygiène et la sécurité publiques. Nul n’est épargné.
Le mépris avec lequel on traite nos marchés, nos prisons, nos écoles, nos cimetières sont l’expression de l’incurie des pouvoirs publics. Au regard des milliers d’hommes et de femmes qui chaque matin se lèvent pour y gagner honnêtement leur vie, ces lieux méritent un traitement plus digne. Au nom de la condition humaine !
Quand Nama Ndiaye, vétéran de la guerre d’Indochine, se promenait dans les cimetières de Pikine, il avait quatre-vingt ans, il sentait la mort à ses trousses. Il s’arrêtait brusquement devant une sépulture et secouait la tête, incrédule… «Comment peut-on dormir tranquille dans ces conditions…, mais puisque les morts ne paient pas l’impôt…»

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