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Après la vertu du savoir, de la science, du «connais-toi, toi-même», ensuite la vertu de la patience, de la longanimité vient surtout la troisième vertu de la crainte.
Cette troisième vertu est dans la forme, c’est le respect des bonnes manières en toutes choses et en toutes circonstances. C’est lorsque la forme est creuse et qu’elle révèle le fond des choses, rien à voir avec le maniérisme protocolaire, le snobisme hautain de mauvais aloi, le gongorisme éculé des adeptes du républicanisme. Ce n’est pas un mode d’emploi, mais un mode de vie. Sous des airs endimanchés, le plus vulgaire des hommes peut se cacher, le psychopathe, le plus méchant des hommes, le plus froid des cœurs de pierre peut se cacher. Quant à la diplomatie, c’est autre chose, c’est un métier de seigneur comme l’espionnage autre noble métier. Ce sont les diplomates russes qui ont conseillé Alexandre le Tsar de laisser Napoléon saint et sauf malgré ses crimes, au lieu de le capturer, l’humilier et l’exécuter. Au lieu de cette funeste perspective, les Armées russes ont laissé Napoléon et ses troupes à la merci de la «nature», du froid, des longues distances, des pillards, des paysans résistants. Ainsi, la retraite de l’Armée napoléonienne de Russie a pris tant de temps qu’elle était réduite finalement à sa plus simple expression, c’est cela la véritable «bérézina» pensée et organisée par les diplomates les plus intelligents en période de guerre. C’est cela aussi la forme, la manière de faire, elle est parfois complexe et difficile à démêler. Avec la décision de l’état-major des alliés de stopper les blindés du preux général Patton à Berlin, l’idée des diplomates russes de laisser Napoléon saint et sauf est l’une des décisions les plus étranges de l’histoire de la guerre, c’est une décision qui tient de la forme. Même dans la guerre, il y a la manière, la forme à respecter pour préserver le minimum de raison et d’humanité. Mais il n’y a pas plus suspect qu’un diplomate et un agent de renseignement.
La forme enveloppe certainement la vertu suprême, ce sont les règles de bonne conduite, sans être normatives elles permettent d’arriver au sommet. Ce n’est pas pour rien que Le livre des haltes est un texte majeur du soufisme écrit sur la forme du chemin de la rectitude. C’est le livre du grand Emir Abdel Kader d’Algérie, de Syrie, de l’Afrique, de la France et du monde entier qui enseigne et décrit les «haltes», les pauses qui préludent à chaque station spirituelle. C’est donc dire que la forme n’est pas une simple gymnastique, elle est faite de signes et de symboles multiples qui renvoient à Dieu, à la totalité.
Enfin, si l’on peut dire, il y a la quatrième vertu qui est celle de la crainte, la crainte référentielle, la crainte amoureuse de Dieu. C’est «la conscience des limites», le savoir où il faut s’arrêter dans le vivre ensemble, la quête des biens matériels, l’exploitation de la nature, des richesses et des minerais, c’est déterminer le plafond. En vérité, la limite, l’une des grandes limites est dans le don et la partage des biens, du savoir, de la technologie, de la science, de la spiritualité. Cette limite qui est à chercher dans le respect de la mesure, du juste milieu. Ceux qui se permettent tout, toutes les folies, les gaspillages de nourriture, d’énergie et de jeunesse seront sanctionnés par les lois implacables de la nature. Ceux qui en ont beaucoup et même trop de biens et de vertu sentent toujours le besoin du don, c’est leur manière de prier et de remercier le ciel. Le don a certainement un effet spirituel sur l’âme et la conscience, il a un effet bénéfique sur les biens qu’il protège. C’est la cheminée qui permet de respirer. La crainte de l’accumulation surnuméraire se traduit par le don et le partage. Le don et le partage sont l’oxygène qui permet aux biens matériels, à l’argent de pas «pourrir» sinon l’économie et la finance mondiale risquent d’être gangrenées par «les stocks morts» de biens périssables. C’est le flux garanti par la générosité et la crainte qui tient la soupape de sécurité. Tout ce qui ne bouge pas meurt.
Les eschares touchent même l’argent caché dans les coffres, c’est banal et presque limite, mais la vérité est dans les limites. Ce sont les limites qui assurent la conscience et le discernement.

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