PARTAGER
Manifestants en Guinée.

«Les Sénégalais sont indisciplinés.» Qui n’a pas entendu cette phrase simple qui sonne comme un leitmotiv et tympanise inlassablement nos oreilles, à chaque fois que nous sommes confrontés à certaines situations ?
On dit que «les Sénégalais sont indisciplinés» quand certains d’entre nous urinent sur le bord de la voie publique. Le geste est commenté, mais le facteur causal est ignoré. On ne s’est pas posé la question : s’il y avait des toilettes publiques accessibles gratuites, est-ce que ces gens incriminés auraient eu le même comportement ?
On dit que «les Sénégalais sont indisciplinés» quand certains d’entre nous mangent et jettent leurs déchets (papier journal ayant servi à enrouler du pain, peau de banane) dans la rue. On peut fustiger le geste qui est condamnable. On ne s’est pas posé la question : est-ce que s’il y avait des poubelles disposées dans les artères de la ville, ces gens incriminés auraient eu le même comportement ?
On dit que «les Sénégalais sont indisciplinés» quand certains d’entre nous, dans la circulation, se bousculent pour trouver une place dans un véhicule. On ne s’est pas posé la question : pourquoi ces Sénégalais incriminés sont-ils pressés au point de courir et se bousculer dans la rue pour trouver une place dans un véhicule ?
Et pourtant, une réalité saute aux yeux de tous, mais que les gens ne veulent pas voir. C’est l’insuffisance de véhicules de transport en commun pour assurer la migration pendulaire entre le centre-ville et la banlieue. C’est l’obstacle de l’arrêt de péage à l’entrée de Pikine qui étrangle les populations et qui empêche la fluidité de la circulation.
S’il y avait assez de véhicules de transport en commun toutes destinations dans la banlieue, si le transport était mieux organisé et mieux contrôlé, avec une inscription systématique de tous les véhicules repartis selon les localités : est-ce que les gens se bousculeraient au niveau des points de départ et d’arrêt des bus, des cars rapides et de «Ndiaga Ndiaye» ?
Nous sommes dans un système de transport libéral où les transporteurs dans le secteur des «cars rapides» et «Ndiaga Ndiaye» font ce qu’ils veulent. Ils décident des destinations avec des arrêts interminables. Et les segmentent aux heures de pointe ou quand la demande est forte. Personne n’y peut rien. Les populations n’ont que leurs yeux pour pleurer.
On dit que «les Sénégalais sont indisciplinés», quand certains d’entre nous ne respectent pas le couvre-feu. Des jeunes de la Médina ont manifesté et défié les forces de défense et de sécurité, notamment la police. On ne s’est pas posé la question : est-ce que tout le monde a compris ce que signifie un couvre-feu ?
Des policiers ont frappé avec force de simples citoyens qui n’ont pas respecté le couvre-feu. On déplore que la pédagogie qui aurait pu accompagner le couvre-feu n’ait pas été faite par les pouvoirs publics.
Aussi, on déplore cette incompréhension qui n’a que trop duré entre la police et les populations, pourtant fortement liées. La police assure la sécurité, les populations le savent. Les populations participent à la sécurité publique, la police le sait.
En définitive, chaque occasion ne peut servir de moment pour stigmatiser les Sénégalais ou pour les étiqueter : «Les Sénégalais sont indisciplinés.» Certains d’entre nous sont disciplinés. D’ailleurs, la majorité des Séné­galais. L’indiscipline est partout. Mais on ne la laisse se développer sans rien faire. On la corrige.
Depuis belle lurette, on ne cesse de nous rabâcher les oreilles : «Les Sénégalais sont indisciplinés.» Qu’est-ce qu’on a fait pour changer les choses ? Rien. Donc, on doit changer de perception et de langage. Si on positivait maintenant ! Si on disait : les «Sénégalais sont des jambars». Au lieu de les stigmatiser, on doit chercher à comprendre et proposer des solutions.
Baba Gallé DIALLO
babadediana@gmail.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here