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Il y a quelque temps, le gouvernement théorisait la gestion sobre et vertueuse. Ce qui n’était qu’une théorie est devenu une réalité, au moins sur le plan sociologique. Macky Sall en a rêvé sur le plan politique, le corona l’a réalisé sur le plan sociologique. Le corona est certes devenu un «hôte étranger qui vit parmi nous». Un hôte encombrant qui s’est incrusté, nous cause beaucoup de tort sur le plan économique, entrave nos libertés, mais apporte beaucoup de bienfaits sur le plan sociologique. Le corona nous impose un comportement sobre et donc forcément vertueux. La Korité de cette année a été fort sobre et nous a donc permis de redécouvrir la vertu de sobriété. Pour cette Korité, point d’inflation en termes de dépenses. Probablement la Korité la moins chère de notre histoire récente. Il en a été de même pour le Ramadan. Pour les fêtes de Korité et de Tabaski, le Sénégal est une exception en matière de gaspillage et d’ostentation, et de légitimation sociale par les dépenses. Ce qui est exceptionnel au Sénégal pour cette Korité à cause du corona est souvent la norme dans les pays musulmans. Il n’y a qu’au Sénégal que les familles se ruinent pour les fêtes de Korité et de Tabaski. Cette sobriété forcée se retrouve aussi dans les baptêmes et autres mariages à l’heure du corona, où les Sénégalais sont obligés de s’en limiter à l’essentiel. Avant le corona, l’essentiel était noyé dans le superflu. Même pour la religion, les traditions, le folklore l’emportaient sur l’essentiel. Cette année, nous avons probablement eu le Ramadan le plus calme depuis longtemps. Dans les quartiers, personne ne s’est plaint des jeunes qui faisaient du terrorisme sonore la nuit, sous prétexte de réveiller les jeûneurs pour le «kheud» à l’heure où tous les téléphones portables sont équipés d’un réveil, en plus de l’appel du muezzin. Encore moins, de jeunes qui faisaient du «braquage» à chaque coin de rue sous prétexte de faire du café qu’ils vont offrir aux passants à l’heure du «ndogou». Depuis mars, personne ne se plaint de tapage nocturne causé par des chants religieux ou profanes. Le corona nous fait redécouvrir les vertus de l’essentiel et surtout comment notre société était paralysée par le virus du superflu.
Même si les dégâts économiques et sanitaires du corona sont immenses, sur le plan sociologique, il est riche en enseignements, dont le premier est que les traditions, même si elles semblent évidentes, n’ont souvent aucun fondement naturel ou logique, à commencer par celle du gaspillage lors de fêtes religieuses ou familiales qui sont devenues des moments de légitimation et de différenciation sociale. Ces cérémonies étaient plus des mesures sociales du poids financier de l’individu que des fêtes familiales ou religieuses. Un pays qui vit tout le temps entre des fêtes religieuses, des fêtes traditionnelles et familiales ne peut avoir des citoyens qui ont de l’épargne, parce qu’on y travaille pour les fêtes. Il y a un proverbe peul qui dit que «l’habitude est comme les cheveux, tu as beau raser, ça va revenir». C’est tellement vrai que les Français ont recommencé à protester et à manifester dès le lendemain du déconfinement. Au Sénégal, le naturel revient parce que depuis quelques jours on note un certain relâchement dans la lutte contre le Covid-19 chez les populations. Le ministre de l’Intérieur espère un retour à la normale pour la Tabaski. Ce retour passe par un sursaut dans la dernière ligne droite et par un rappel à l’ordre pour les masques et les mesures barrières.
Même en cas de retour à la «normale», qui est un mot polysémique, beaucoup de personnes auront la nostalgie de l’ordre et de la sobriété au temps du corona. Donc, même à la fin du corona, gardons-nous de jeter le bébé avec l’eau du bain ! Gardons les bons comportements hérités du corona qui nous a permis de faire la différence entre l’essentiel et le superflu. Si le corona nous permet de faire cette révolution sociale, on aura gagné doublement la guerre.

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