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Le ministre Oumar Youm a affirmé avoir expédié par voie diplomatique une lettre de protestation au gouvernement français pour se plaindre de l’attitude de son ambassadeur à Dakar, ainsi que de certaines déclarations du directeur général de la société Senac Sa, qui gère l’autoroute à péage. En réalité, le courrier en question n’a jamais quitté Dakar.

Dans son édition du mercredi dernier, 12 février, le journal L’Observateur avait fait état d’une lettre de protestation envoyée au gouvernement français à la suite des sorties du directeur général de Senac Sa, la société con­cessionnaire de l’Au­toroute de l’Avenir (Dakar-Aibd), ainsi que de l’ambassadeur de France, sur la date de mise en circulation du Train express régional (Ter).
L’Observateur a indiqué que la lettre en question était signée du ministre des Infras­tructures, des trans­ports terrestres et du désenclavement, M. Oumar Youm, et qu’elle avait été adressée au secrétaire d’Etat français, chargé des Transports, M. Jean-Baptiste Jebbari. Nos confrères ont précisé que ladite missive a été expédiée par voie diplomatique.
Interpellé par le journal «pour authentifier la lettre», le ministre en a profité pour préciser le sens de sa sortie : «J’ai saisi directement le secrétaire d’Etat chargé des Transports de la République française pour lui manifester carrément le désagrément du ministère et de tout le gouvernement du Sénégal.» Puisqu’aucun média n’en avait plus parlé, Le Quotidien a voulu savoir quelle a été la réaction à cette missive diplomatique présentée par le journal comme étant «les mises en garde du Sénégal à la France».
Des membres du cabinet du ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, saisis par la rédaction du journal, ont affiché leur surprise quant à l’existence de cette lettre. Ces fonctionnaires français travaillant au Quai d’Orsay, à la section de l’Afrique de l’Ouest, ont avoué n’avoir jamais vu la lettre du ministre Oumar Youm. Or ce dernier a affirmé dans sa sortie à L’Observateur que sa lettre a suivi la voie diplomatique. Donc, quelques coups de fil auprès des services du ministre Amadou Ba devaient clarifier les choses, pour connaître le fin mot de l’histoire. Et là, c’est un autre son de cloche qui a retenti.
A ce niveau, Le Quotidien a appris que la lettre signée par le ministre des Infras­tructures, des transports terrestres et du désenclavement est bien arrivée, et… a été retournée à l’expéditeur.
Il a été fait comprendre au ministre Oumar Youm que sa lettre de protestation était sans objet. Si le gouvernement sénégalais, comme il le dit, avait voulu exprimer son mécontentement par rapport à l’attitude du chef de la mission diplomatique française à Dakar, il aurait été loisible au ministre des Affaires étrangères de convoquer ce diplomate et de lui exprimer de vive voix les sentiments de l’Etat du Sénégal. Or jusqu’à plus ample informé, des membres du gouvernement, et pourquoi pas leur chef, ont estimé que Philippe Lalliot, dans l’émission radiodiffusée où il s’est exprimé sur la date de circulation du Ter, n’avait apporté aucune contradiction. Répondant à une question du journaliste sur la mise en circulation de ce train en avril, le diplomate, disant se fonder sur les déclarations des entreprises françaises travaillant sur cet ouvrage, avait affirmé qu’il était possible que des tests se fassent à cette période, mais qu’on ne pouvait espérer voir une «mise en service commerciale du Ter» au mois d’avril. Cette sortie pourtant pas hors des rails de la diplomatie n’a pas eu l’heur de plaire au ministre des Transports qui, sur la Tfm quelques jours auparavant, avait été péremptoire en disant que le train en question allait être fonctionnel en avril.
Pour le ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, il n’était pas nécessaire d’écrire à Paris pour laver l’honneur de Youm. Encore moins pour se plaindre des entreprises françaises travaillant sur le Ter, ou de celle à qui a été concédée l’Autoroute à péage. Les fonctionnaires auxquels Le Quotidien s’est adressé l’ont bien dit : «Si les entreprises ne respectent pas le contrat qui les lie au gouvernement du Sénégal, ce dernier a tous les moyens de le leur faire savoir. Mais aller se plaindre au Quai d’Orsay pourrait s’assimiler à une plainte d’un gouvernement d’un quelconque pays voisin, qui aurait un contentieux commercial avec une entreprise sénégalaise comme la Cse par exemple. Quels seraient les moyens de pression du gouvernement dans ce cas ? Les entreprises françaises travaillant au Sénégal ont passé un contrat qu’elles sont tenues de respecter, et elles le savent mieux que n’importe qui.»
Ce qui fait que, contrairement à ce qu’il a fait croire, le ministre Oumar Youm n’a jamais pu expédier son fameux courrier de protestation à Paris.

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