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Observations sur le projet du Ter

Permettez-nous tout d’abord de sacrifier à la tradition, en vous présentant, à vous-même, à votre famille, ainsi qu’à tous vos proches, tous nos vœux de bonne et heureuse année 2017.
Le but de la présente lettre ouverte, Monsieur le Président, est cependant de vous exprimer publiquement nos inquiétudes et observations sur le projet du futur Train Express Régional (Ter).
Monsieur le Président, force est de relever que l’importance de ce projet de Ter, d’un montant de 568 milliards pour 57 kms, est toute relative en comparaison avec l’accord qui avait été signé l’année dernière par votre gouvernement avec l’entre­prise «China Railway Cons­truction Cor­poration», en vue de la construction du chemin de fer Dakar-Bamako pour des montants de 754 milliards, côté Sénégal et de près de 800 milliards, côté Mali. Aussi, nous sommes-nous de­mandé si un tel projet aux retombées économiques si évidentes, ayant un  potentiel de transformation économique beau­scoup plus important que le TER, car pouvant ouvrir le grand marché ouest- africain à nos exportations, ainsi qu’à nos débouchés portuaires, n’avait pas été sacrifié sur l’autel de projets plus tape-à-l’œil pouvant laisser espérer des dividendes politiques, tels que ceux de ce Ter, de la cité ministérielle, de l’autoroute Ilaa Touba et d’autres.
Monsieur le Président, qu’est ce qui justifie le coût de ce Ter, estimé à 568 milliards de francs CFA pour 57 kms, là où le Tgv du Nigéria n’a coûté que l’équivalent de 532 milliards pour 187 kms? Pourtant, il s’agirait au Nigéria d’un Tgv, c’est à dire d’un train autrement plus rapide et sophistiqué que le Ter. N’y avait-il pas d’autres solutions alternatives privilégiant l’efficience, qui auraient permis, notamment, d’éviter les immenses surcoûts technologiques, ainsi que ceux liés à des infrastructures additionnelles telles que la construction d’ouvrages de franchissement en remplacement des passages à niveau et de passerelles pour les piétons ?
Par ailleurs, en dépit de l’étude environnementale et sociale réalisée avec l’appui de certains partenaires, dont les résultats ont été, au demeurant, fort limités sur le tronçon Dakar-Diamniadio et insuffisamment vulgarisés, il n’est pas sûr que les questions-clés relatives aux impacts de ce projet aient été bien identifiées et, en conséquence, les mesures indis­pensables de prévention, d’atténuation et de compensation des impacts négatifs sur les populations.
A cet égard, compte tenu de la haute densité des populations riveraines de cette future voie et en l’absence d’une campagne de communication préalable -en dehors de quelques mises en garde sous forme de boutades – leur prise de conscience sur les enjeux de la préservation des équipements, tout comme de leur sécurité, constitue un réel défi.
Sur un autre plan, les objectifs définis dans les études et plans préalables disponibles, en particulier ceux consistant à susciter une large mobilisation sociale autour du projet, notamment à travers les collectivités traversées, les organisations communautaires et les «leaders d’opinions», ainsi qu’à assurer la transparence du processus, n’ont pas été atteints. Par ailleurs, au regard des retombées économiques du projet, par exemple, il n’apparaît nulle part que les orientations aient décelé des opportunités d’affaires significatives dans l’exploitation de ce Ter et qu’elles aient dépassé la simple mise en place de services primaires autour des réa­lisations, alors que c’était l’occasion d’envisager une promotion des implantations industrielles et commerciales et le développement d’emplois et d’activités génératrices de revenus durables.
Mais, par-delà toutes ces questions liées aux mesures préparatoires, c’est la justification technique même du projet, ses options technologiques et son rapport coût/avantages, qui sont à questionner et, ceci, dès la première phase du projet pendant laquelle les travaux ne seront menés que dans les départements de Dakar, Pikine et Rufisque.
En effet, comment ne pas s’interroger, Monsieur le Président, sur le phasage le plus adéquat possible des opérations, ainsi que sur les différentes variantes possibles des choix technologiques ? Pourquoi ne pas abandonner l’option de l’alimentation électri­que, l’outillage et le matériel de maintenance ne le justifiant pas sur le plan économique et financier, sans parler des contraintes énergétiques ? Pourquoi ne pas maintenir «l’écartement métri­que» de notre réseau actuel, en optant pour des rames diésel électriques qui rouleraient dès leur arrivée sur les voies existantes pour le Petit Train Bleu (Ptb) jusqu’à Diamniadio et, plus tard, en direction de l’Aibd, mais aussi de Diourbel, Kaolack, Tamba­counda, voire Bamako ?
En sus des gros bouleversements à prévoir dans la chaîne de transport pendant les travaux prévus, puisque les 48 trains journaliers actuels du Ptb, des Ics et de Gco seront obligés de circuler en voie unique, ce qui constitue en soi une gageure, il faudra appréhender les difficultés suivantes : de gros soucis de sécurité de circulation, du fait de la présence simultanée des engins de construction de la nouvelle voie (grues, chargeurs, pelles mécaniques, engins de voie); des coûts élevés d’entretien d’une telle voie rapide, qui ne sont pas compatibles avec les niveaux de tarifs applicables à la clientèle visée, sauf subvention permanente de la part de l’Etat ; la complexité et le niveau de qualité requis pour l’entretien de la voie rapide ; et les besoins en engins de mesure, de détection et d’entretien, dont les coûts et le niveau de précision sont disproportionnés par rapport aux cinquante-sept kilomètres du projet.
Le retour à la voie métrique permettant de supporter une vitesse somme toute appréciable de 120 km /h, constitue une option technologique parfaitement réalisable, qui présenterait l’avantage majeur d’assurer une intégration de l’ensemble de notre réseau ferroviaire national, tout en le reliant plus facilement au réseau sous-régional, notamment vers le Mali. Il suffit, pour cela,  de réhabiliter les voies tronçon par tronçon, à l’identique, l’augmentation de la vitesse intervenant à la fin de la réhabilitation, avec un maintien des 2 voies disponibles pour tous les trains circulant au Sénégal, y compris ceux en partance ou en provenance du Mali.
Si tout le monde est d’accord sur l’urgence de résoudre l’épineux problème de la mobilité urbaine, péri-urbaine et interurbaine, les choix technique et technologique que vous privilégiez sont économiquement insoutenables et socialement dangereux, car débouchant, d’une part, sur un endettement massif qui alourdit sans raison le fardeau de la dette et, d’autre part, sur des coûts de transport sur le Ter qui pourraient être hors de portée pour les populations, dont près de 47% vit encore dans la grande pauvreté, surtout en banlieue.
Aussi, nous invitons-vous, Monsieur le Président, à faire procéder instamment à la relecture de ce projet en privilégiant notamment l’efficience, afin de pouvoir tenir compte, valablement, des exigences en matière de coûts, de rentabilité, d’accessibilité des citoyens aux installations et équipements, ainsi que de sécurité quant aux conditions de leur utilisation et du voisinage.
Monsieur le Président, écoutez la voix de la sagesse et faites prévaloir l’intérêt général et la promotion de l’équilibre social sur les calculs politiciens. Si vous êtes attentif aux pulsions du peuple, vous devriez veiller à ce que vos collaborateurs, votre gouvernement, les différents directeurs de service, ainsi que vos souteneurs et divers obligés, mettent les intérêts du pays au-dessus de tout. Le Sénégal a surtout besoin, en priorité, de mesures de politique économique sensées réduire la cherté du coût de la vie et assurer la satisfaction de la demande sociale, bien plus que de la réalisation de gros projets mirobolants, financés par un endettement excessif et dont la plupart risquent de ne devenir, à terme, que des « éléphants blancs ».
Puisse cette nouvelle année qui commence vous apporter l’inspiration, la clairvoyance et la sérénité nécessaires, pour conduire les destinées de notre pays dans l’abnégation, l’objectivité, le souci de l’équité sociale et la générosité !
Vous remerciant par avance de l’attention que vous voudrez bien porter à la présente, nous vous prions d’agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

Plateforme
«Avenir,
Senegaal bi ñu bëgg»
Le Secrétariat Exécutif

1 COMMENTAIRE

  1. Ter au Sénégal : 568 milliards de FCFA pour 57 kms
    Tgv au Nigéria : 532 milliards de FCFA pour 187 kms
    Une grosse différence de coût au kilomètre ? Mais vous avez oublié que nous sommes au Sénégal, il ne faut pas oublier les faux frais de commissions, réunions, colloques, assemblées …dans les meilleurs hôtels et aux putes… avant de prendre les décisions de démarrer chaque mètre de travaux ! On est au Sénégal, le pays ou le pognon s’envole dans les airs dès la pose de la première pierre et après, on attend…que ça finisse de se construire. C’est l’émergence qui tourne en rond !

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