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Aly Ngouille Ndiaye, ministre de l’Industrie et des mines.

Messieurs les ministres,
Je voudrais, à l’entame de cette missive, vous marquer ma reconnaissance pour tout le travail que vous abattez chaque jour au service de la Nation. J’imagine les charges qui pèsent sur vos épaules et vos consciences ; pour tout cela, je voudrais vous dire mon respect !
A plusieurs reprises, l’Etat s’est insurgé contre les nombreux accidents de la route survenus ces dernières années et hélas, mortels dans beaucoup de cas. Tout dernièrement, plus particulièrement dans la semaine du 6 au 11 mars 2017, c’est Monsieur le président de la République en personne, en tournée dans la région Nord, qui est monté au créneau pour s’insurger contre cet état de fait, en déclarant solennellement que nous avions dépassé les limites en matière de tolérance. Dans la foulée, il prônait une immobilisation des véhicules de transport défectueux en disant : «Le moment est venu de prendre toutes les mesures vis-à-vis du parc automobile et sur la nécessité de procéder momentanément à l’arrêt de tous ces véhicules qui, présentement, ne devraient jamais disposer de visite technique leur permettant de circuler et de transporter des personnes.»
Faisant suite à cette sortie de Monsieur le président de la République, l’Etat, par le biais du ministère des Infrastructures, des transports et du désenclavement, a informé le 16 mars 2017, de la mise en place de dix (10) mesures, sans délai, pour lutter contre les accidents de la route. Ces mesures sont censées atténuer, à défaut de mettre un terme aux accidents récurrents de la route au Sénégal.
Je salue cette initiative dont j’espère qu’elle est déterminée et qu’elle va s’inscrire dans la durée et se matérialiser sans faiblesse. Pour autant, je ne la trouve pas à même de lutter efficacement contre ce fléau, par rapport à ce que nous constatons, subissons et vivons sur les routes, dans nos quartiers, bref, dans notre pays.
Messieurs les ministres,
Le problème des accidents de la route au Sénégal ne se situe pas fondamentalement sur la vétusté ou l’âge des véhicules, même si cet aspect en est un. Il est beaucoup plus profond. C’est un problème d’éducation, de discipline, de comportement, j’allais dire de mentalité. C’est l’homme sénégalais ! Il ne concerne pas seulement les pouvoirs publics ; c’est la société tout entière qui est interpellée, les pouvoirs publics en premier, parce que dépositaires du pouvoir régalien et garants de la sécurité des personnes et des biens. S’il y a une chose qui frappe dans ce pays, c’est l’indiscipline caractérisée qui est érigée en mode de vie.
Messieurs les ministres,
Vous voyagez beaucoup, vous avez vu ce qui se passe dans les pays dits développés et j’imagine certainement que vous souhaitez, au fond de vos cœurs, que notre pays arrive à ce niveau. Vous savez donc, quand vous retournez chez vous, après un séjour dans ces pays, que vous êtes revenus dans un chaos indescriptible. Même le déplacement des personnes dans les rues est en lui-même un chaos ; les gens traversant les routes et ruelles comme bon leur semble. La saleté est un chaos ; l’occupation des trottoirs un chaos, la demande d’un service dans les structures publiques et même privées, un chaos. Quant à la circulation, je ne trouve pas de mot en mesure de signifier ce qui s’y passe.
L’indiscipline érigée en mode de vie, c’est là où il faut agir, de manière rigoureuse et sans faiblesse, Messieurs les ministres, pour éradiquer le mal.
Il est récurrent de constater des entorses flagrantes au Code de la route, sans que personne ne s’en émeuve, à commencer par les forces de sécurité censées faire appliquer la loi :
Surcharge dans les transports en commun, malgré la leçon du Joola ;
Non-respect du Code de la route par les automobilistes (aussi bien par les transports en commun que par les particuliers) ;
Absence de signalisation routière dans beaucoup d’endroits ;
Méconnaissance du Code de la route et de la signalisation routière par les usagers ; il n’est pas rare de voir des citoyens traverser la route ou les ronds-points, aidés en cela par des agents en faction ;
Passages piétons ignorés par les automobilistes et les piétons ;
Automobilistes empruntant les trottoirs ou faisant demi-tour sur la route sans soucis ;
Automobilistes obstruant allégrement les intersections ou créant une deuxième file là où elle ne devrait pas exister ;
Insultes à la bouche ;
Etc. la liste n’est pas exhaustive !
Face à tous ces comportements inciviques et particulièrement face au non-respect du Code de la route, nous vous proposons d’ajouter à votre stratégie les mesures suivantes :
Insérer l’enseignement du Code de la route dans l’Edu­cation nationale dès l’école élémentaire en le renforçant à partir de la seconde et jusqu’en terminale ;
Mettre à plat les licences d’auto-école et les délivrer désormais sur la base de critères rigoureux pour aider à bien former les futurs conducteurs ;
Refaire les panneaux de signalisation sur toute les routes et bien matérialiser les passages piétons dans toutes les villes ;
Mener des campagnes de formation, d’information, de sensibilisation et de communication à grande échelle, à travers les médias, l’affichage sur la sécurité routière et sur les mesures prises pour lutter contre les accidents de la route ;
Augmenter la contravention et la placer entre 50 et 100 000 mille francs, suivant les types d’infractions commises ;
Informatiser le système de telle sorte que toute contravention soit désormais payée au niveau d’un ou des établissements financiers de la place ; après payement de la contravention, l’usager sera informé de l’endroit où il peut récupérer son permis de conduire ;
Doter les forces de sécurité de système informatique qui enregistre directement la contravention pour rendre toute négociation et intervention impossibles ;
Permettre à tous les hommes de tenue, de pouvoir constater et dénoncer toute infraction commise par un automobiliste en prenant le soin de noter toutes les informations utiles pour corroborer l’infraction (numéro d’immatriculation, heure, lieu, type d’infraction, etc.) ;
A défaut de radars, caméras de surveillance, placer des hommes de tenue en civil (gradés ou non) dans la circulation, les transports en commun, etc. pour lutter contre toutes les formes de corruption et d’indiscipline ;
Sanctionner sévèrement tout homme de tenue pris la main dans le sac, radier au besoin, s’il récidive et punir également le corrupteur (prison, travail d’intérêt commun ou forte amende de 100 000 francs par exemple) ;
Permettre aux citoyens de dénoncer les infractions constatées, notamment si les précisions fournies ne souffrent d’aucun doute (constituer des témoins au besoin) ;
En cas d’accident, faire réparer le véhicule endommagé qui a subi le tort, dans les 48h, chez un garagiste ou concessionnaire (suivant l’état du véhicule) que l’assurance du fautif va immédiatement payer. Cette dernière se chargera de répercuter après la note auprès de son assuré ;
Libérer les trottoirs de manière définitive, pour permettre aux citoyens d’avoir un endroit où marcher ;
Sanctionner tout citoyen qui dispute la chaussée aux automobilistes (amende, travaux d’intérêt général, etc.) ;
Sanctionner lourdement les surcharges dans les transports publics, punir au besoin les citoyens comptables de ce type de fait, sans le dénoncer ;
Sanctionner lourdement tout conducteur, responsable d’un accident jugé grave, de la circulation (prison, forte amende, travaux d’intérêt général, retrait de permis de conduire pour «n» années), suivant la gravité de l’accident et l’occurrence du mis en cause ;
Interdire les charrettes dans la circulation urbaine.
Ceux qui nous lisent peuvent compléter cette énumération, tellement les constats sont multiples.
Messieurs les ministres,
Je pense que nous aimons tous notre pays et nous aimerions qu’il ressemble en bien, à tout ce que nous voyons comme aspect positif, dans les pays développés. Pour y arriver, il faudra faire mal ! Pas dans le sens de vouloir du mal aux gens, mais dans le sens de travailler pour l’intérêt commun des citoyens. On ne peut pas faire des omelettes sans casser des œufs, tout comme qui aime bien châtie bien !
Je vous en conjure, prenez les mesures idoines, si vous voulez que ce pays émerge. C’est à vous qu’on a confié la destinée de cette Nation.
En espérant que mon cri du cœur a été bien saisi et compris,
Je vous prie d’agréer, Messieurs les ministres, les sentiments respectueux d’un citoyen soucieux du devenir de ce pays.

Barthélémy SENE
Secrétaire Général de l’Association des Professionnels de la Communication des Entreprises et des Organisations (Aprocom)
Diplômé en Géographie

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