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Ces dernières années, nous n’avons cessé d’entendre de la part des autorités espagnoles l’affirmation suivante : «Le souverainisme catalan veut construire un nouvel Etat et dresser des frontières à l’heure du dépassement de ceux-ci dans des ensembles supranationaux comme l’Union européenne.» Il est saisissant de confronter ces allégations avec la réalité de l’Etat espagnol et de ses structures de pouvoir qui nient les recommandations de l’Onu sur les prisonniers politiques catalans ou qui méprisent les décisions prises par les instances juridictionnelles des autres pays européens, dès lors qu’il est question de la souveraineté espagnole.
Le dernier cas concerne la décision prise par le Tribunal suprême espagnol de refuser à Oriol Junqueras le droit de siéger au Parlement européen. Pour accéder à la condition de député, il est nécessaire de réunir trois conditions : être choisi par les électeurs, promettre de respecter la Constitution et prendre possession de l’acte de député. Comme la liste de Oriol Junqueras avait obtenu plus d’un million  de bulletins, la première condition était remplie. Pour la deuxième, le prisonnier en attente de jugement a demandé au Tribunal la permission d’effectuer sa déclaration solennelle comme il avait pu le faire peu de temps auparavant devant le Congrès, ce qui lui a été cette fois-ci refusé. Selon les juges, cela risquerait de mettre en péril l’issue du procès et la fin de la prison préventive qui l’affecte. Il fallait surtout éviter qu’il bénéficie de l’immunité parlementaire, droit qu’il avait pourtant gagné démocratiquement. On le voit ici en pleine lumière : l’Union européenne est un argument rhétorique de l’Etat espagnol contre l’indépendantisme catalan, mais dans la réalité, il veut garder à l’intérieur de ses frontières nationales le jugement des élus catalans et ainsi se protéger de toute immixtion européenne et transnationale dans les affaires qu’il estime intérieures.
Qu’est-ce qui leur fait peur ? Que soit rendu évident le manque de garanties de l’état de droit espagnol ? Que les accusés soient jugés sur ce qu’ils ont fait et non pour leurs idées ? Que les faux témoignages recueillis par le ministère public ne puissent passer la rampe du Tribunal, comme on l’a vu tout au long de cette farce de procès contre les indépendantistes ?
Manuel PEREZ – NESPEREIRA Sant Fructuós 10
08004 Barcelone Catalogne (Espagne)
pnespereira@gmail.com

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