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69 ans, homme respecté partout, conseiller avisé de chefs d’Etat, Babacar Touré, après une vie remplie, a été inhumé hier à Touba. Lors de la cérémonie de levée du corps du fondateur de Sud communication en présence de son marabout Serigne Abdourahmane Mbacké, l’émotion avait étreint toute l’assistance qui a rendu hommage à un visionnaire.

C’est un homme d’exception qui a eu droit à une cérémonie de levée du corps d’exception. Bien sûr, ce pays ne pouvait pas refuser à Babacar Touré un hommage digne de son rang, du service rendu à sa Nation inconsolable. Une vie bouclée dans l’unanimité.
A la morgue de l’hôpital Principal de Dakar, personne ou presque n’a vu hier la dépouille du fondateur du Groupe Sud communication qui repose désormais au cimetière de Touba. Dans ce contexte de propagation de la pandémie de Covid-19, l’ambulance s’est placée devant le portail de la morgue pour récupérer le corps de Babacar Touré. Sous le regard vigilant des gendarmes, cameramen et photographes qui voulaient immortaliser l’événement. Mais il leur a été demandé de ne pas enregistrer la scène.
Figés dans la douleur, les proches du défunt accompagnent le départ du véhicule avec des cris d’hystérie. Ils viennent de faire leurs adieux à «BT» qui a été conduit à Touba où il repose depuis hier.
Derrière les masques et les turbans se cachaient des yeux embués de larmes qui traduisent une peine incommensurable. Oui, Babacar Touré est parti. A jamais. Cette référence de la presse sénégalaise a quitté un monde qu’il a marqué de son empreinte et de son aura. Pionnier de la presse privée, Babacar Touré a rendu étroite la morgue de l’hôpital Principal de Dakar. Journalistes, politiques, magistrats, universitaires, hommes de culture, sportifs… se sont mobilisés, dans le respect strict du protocole sanitaire dicté par le coronavirus, pour rendre un dernier hommage à l’ancien président du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra), rappelé à Dieu à 69 ans. Abdou Latif Coulibaly, l’un de ses ex compagnons au Groupe Sud, chagriné par la disparition de ce mentor, témoigne avec un trémolo dans la voix : «Sud communication était un idéal, une façon d’être et de comprendre le métier de journaliste. A l’époque, nous étions en plein dans ce qu’on appelait le débat sur le numérique, un nouvel ordre mondial de l’information et de la communication. L’idée de Sud était que nous devons combattre pour avoir un ordre international meilleur. Mais il était aussi important d’avoir un ordre national de l’information qui ne soit pas ce qu’il était à l’époque. Babacar Touré a été un pilier dans ça. Il fait partie des vrais piliers qui ont fait que les journalistes sénégalais peuvent exercer leur métier comme ils le font aujourd’hui.»
En écho, son successeur à la tête du Conseil national de régulation de l’audiovisuel s’évertue à marcher sur les traces de ce monument. «Si son legs est bien préservé, Babacar Touré sera bien content. Il a eu à diriger le Conseil national de régulation de l’audiovisuel. Il n’a jamais quitté le Cnra. Depuis le 10 septembre 2018 que je l’ai remplacé, il ne s’est pas passé une semaine que Babacar ne m’a pas appelé. Il y a 20 jours, il était chez moi pendant deux heures. Il a cessé de m’appeler le 15 juillet dernier parce qu’il était malade. Sinon il m’appelait constamment et échangeait avec moi sur les entreprises de presse, le sort des journalistes, leurs conditions de travail. Tous ces sujets intéressaient Babacar Touré au plus haut point. Nous devons préserver son legs et c’est à la jeune génération de le faire. Il faut maintenir cette passion, cette flamme qu’il a pour le journalisme, dans la rigueur et la dignité», soutient-il.
Par ailleurs, la cérémonie de levée du corps a montré la dimension africaine de Babacar Touré avec la présence de l’ambassadrice de Guinée dont le Président était son ami intime. Adja Ami­nata C. Keïta explique : «Je suis venue représenter le Prési­dent Alpha Condé pour qui le défunt était un jeune frère, un ami et vraiment un parent tout court. Ils étaient très intimes. Quand j’ai pris service au Sénégal, il m’a demandé de rendre visite à Babacar Touré. Ce que j’ai fait. Depuis ce jour, jusqu’à son dernier souffle, presque chaque deux semaines, je l’appelais.»
Aujourd’hui, Babacar Touré, qui a rempli sa vie, laisse derrière lui un héritage colossal qui doit lui survivre.

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