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L’opposition, vent debout, avait tout fait pour empêcher l’instauration d’un système de parrainage citoyen des candidatures aux élections nationales. Les dispositions législatives et réglementaires organisant ce système ont été adoptées selon les règles et procédures régulières. Il ne reste plus alors aux personnes qui nourrissent l’ambition de diriger le Sénégal, au lendemain de l’élection présidentielle de février 2019, que de chercher à recueillir le nombre nécessaire de signatures de citoyens pour parrainer leurs candidatures.
Dans une chronique en date du 11 juin 2017, intitulée «Des élections foldingues», nous voyions venir que les élections législatives du 30 juillet 2017 allaient se révéler une belle pagaille. Au lendemain de ce scrutin, qui avait vu la participation de quelque 47 listes de candidats, dans un papier titré «Le carton jaune des urnes», nous déplorions la pléthore de listes dont la plupart n’arrivaient pas à engranger un millième du fichier électoral soit quelque 6500 électeurs. Ainsi, dans une chronique en date du 16 avril 2018, nous encouragions l’idée de mettre en place un système de parrainage des candidatures, notamment à l’élection du président de la République. Les conditions d’organisation du dernier scrutin des élections législatives montraient, de façon on ne peut plus pertinente, l’urgente nécessité de rationaliser les candidatures aux élections nationales. Il faut dire que cette idée avait d’ailleurs recueilli l’assentiment, lors de concertations nationales ouvertes en 2016 sur le processus d’organisation des élections, des principaux responsables des partis politiques de l’opposition, en l’occurrence du Parti démocratique sénégalais (Pds), de Rewmi, du Grand Parti, entre autres. En effet, ces différentes formations politiques partageaient l’analyse selon laquelle la floraison de candidatures ou de listes de candidats empêchait des regroupements politiques et participait à brouiller le débat public. Il s’avéra donc opportun de rationaliser ce système.
Le Président Abdoulaye Wade lui-même était assez conscient de cette situation pour tenter de réguler, tant soit peu, le processus de qualification des candidatures aux élections nationales. De ce fait, avait-il par exemple, augmenté la caution financière exigée de tout candidat à l’élection présidentielle. La mesure préconisée n’avait sans doute pas donné les résultats escomptés, car de nombreux candidats à la Présidentielle, non moins farfelus, avaient pu trouver les moyens financiers nécessaires ou des subterfuges quelconques pour déposer la caution exigée. Il s’y ajoutait que la mesure ne manquait pas de donner un caractère censitaire à l’élection du président de la République.
Le Président Macky Sall a donc préconisé un modèle qui passe pour être plus démocratique et plus inclusif pour le citoyen. Seulement, contre toute attente, l’opposition refusa de souscrire au système du parrainage. Le prétexte de la rebuffade de l’opposition tenait, il faut le rappeler, à la revendication qui consistait à la récusation du ministre de l’Intérieur Aly Ngouille Ndiaye. La même revendication avait été formulée, en vain, contre son prédécesseur, Abdoulaye Daouda Diallo.
La loi instaurant le parrainage citoyen intégral aux élections nationales a fini par être votée le 19 avril 2018. Des réformes pertinentes du Code électoral ont aussi été adoptées par la suite.

Vivement le parrainage !
Une quarantaine de candidats se sont déclarés pour la prochaine élection présidentielle. Mais on peut considérer que le risque de vivre le ridicule au Sénégal avec des candidats les plus farfelus les uns les autres aura été évité. En effet, on sait bien que de nombreux candidats ainsi déclarés n’arriveront pas à recueillir le nombre de parrainages nécessaires pour pouvoir participer à la course présidentielle du 24 février 2019. Le Président Macky Sall aura ainsi raison de permettre au processus électoral sénégalais de s’épargner de tomber dans le ridicule et surtout d’éviter des couacs organisationnels qui pourraient entacher la crédibilité de ce scrutin. Cela a pu faire dire au Pr Ismaïla Madior Fall, ministre de la Justice, que l’histoire a donné raison au Président Macky Sall à propos du parrainage. La limitation du nombre des candidatures du fait du système du parrainage, devra aussi permettre une certaine lisibilité, une certaine clarté du discours politique. N’est-ce pas que tout le monde s’offusque de la floraison des formations politiques au Sénégal ? Au Sénégal, on dénombre plus de 270 partis politiques, selon le décompte des services du ministère de l’Intérieur. En outre, les mouvements politiques ou dits «citoyens» qui s’activent sur le champ politique se comptent par milliers. Chaque homme ou femme ayant une certaine notoriété tient à avoir sa propre chapelle, sa propre bannière pour s’assurer une identité visible ou une véritable existence politique. Ces personnalités de diverses envergures politiques ou sociales seront désormais condamnées à des regroupements pour pouvoir participer au jeu politique. Les candidats auront la latitude de pouvoir expliciter leurs programmes politiques et les électeurs pourraient faire des choix éclairés ou conscients. On a pu observer lors des élections législatives de juillet 2017, que les électeurs finissaient par bouder les temps d’antenne des candidats à la télévision pour ne pas continuer de souffrir de suivre des inepties pendant de longues heures d’antenne.
Dans un article en date du 4 juin 2018, intitulé «Ils veulent tous devenir président de la République», nous révélions l’histoire non encore racontée de la loi sur le parrainage. Nous écrivions que «le Pds et quelques alliés, instruits par la grosse pagaille des élections législatives du 30 juillet 2017, du fait notamment de la pléthore des listes, avaient prévu de rendre l’organisation du prochain scrutin (élection présidentielle de février 2019) encore davantage chaotique. Le Président Macky Sall a pu être mis au parfum du coup tordu que préparait le Pds. Une centaine de candidatures étaient en gestation pour compliquer encore plus le vote. Il suffisait simplement d’être investi par un parti politique légalement constitué et quelle que soit sa représentativité». Pourquoi tous ces subterfuges ? C’est parce que faute de pouvoir qualifier Karim Wade à la Présidentielle, le Pds chercherait à décrédibiliser le scrutin. Le parti de Me Wade semble maintenant se faire une raison. Ainsi va-t-il finir par abattre sa carte maîtresse, à savoir le boycott. Dans une chronique en date du 12 juillet 2018, nous indiquions que «le Pds prépare le boycott de la Présidentielle de 2019».
L’autre avantage du «parrainage pour tous» et qui ne sera pas des moindres, est que l’élection présidentielle prochaine est partie pour être le scrutin le moins onéreux de l’histoire politique du Sénégal.

Qui va continuer à donner la parole aux insulteurs ?
On ne le dira jamais assez, le système du parrainage devrait permettre un débat politique sain et approfondi. On ne voit pas les électeurs sénégalais donner leur parrainage à des candidats qui n’ont que l’injure ou l’invective à la bouche. Tous ceux qui jouissent d’une notoriété ou d’une quelconque existence médiatique, conquise grâce à la grossièreté de leurs propos, l’arrogance dans le discours et les comportements, verront bien qu’ils sont en total déphasage avec le citoyen sénégalais lambda. L’insulte et l’invective dans l’espace public heurtent dans notre société. Il s’y ajoute qu’on en arrive à la conclusion que tous les acteurs publics qui versent dans les travers de l’invective et de l’injure sont à court d’arguments. C’est toujours faute de pouvoir élaborer un argumentaire face à l’adversaire que d’aucuns recourent à l’arme facile de l’insulte. On se demande alors si les médias continueront à tendre leur micro, dans le débat à la Présidentielle, à des candidats recalés pour n’avoir pas pu réussir à trouver un nombre suffisant de parrains ? On augure ainsi que le débat public sera clarifié et surtout assaini. Une bonne expérience est en train d’être vécue dans un autre pays africain. A Madagascar, quelque 36 candidats ont finalement été retenus par la Cour constitutionnelle pour prendre part à l’élection présidentielle du 7 novembre 2018. La cacophonie née de cette pléthore de candidats a pour conséquence de désabuser les électeurs qui se détournent des débats politiques et ils sont nombreux, les électeurs malgaches, à vouer aux gémonies la classe politique de ce pays et annoncent ne plus s’intéresser à ce scrutin. Comparaison n’est pas raison mais la même situation a été vécue au Mali lors de la dernière élection présidentielle, qui avait enregistré la participation de 24 candidats. Les électeurs maliens, pour diverses raisons dont la vacuité du discours politique, se sont très largement abstenus lors des deux tours de scrutin.

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