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La liste des responsables politiques qui mettent un terme à leur compagnonnage avec Idrissa Seck s’allonge au fil des mois. Elle devient même interminable. De hauts responsables, notamment des anciens députés, des ministres, des responsables nationaux dans les structures du parti, expriment à chaque fois leur ras-le-bol pour quitter le navire du parti Rewmi. Les raisons  invoquées par les uns et les autres peuvent être variées et diverses, mais il reste une constante qui lie les départ des Thierno Bocoum, Samba Thioub, Léna Sène, Oumar Sarr, Oumar Guèye, Pape Diouf, Talla Diouf, Youssou Diagne, Ousmane Thiongane, Waly Fall, Oulimata Seck Faye, Fatou Diop, Oulimata Sarr, Samba Bathily,  Fatou Sock, Daouda Faye, Modou Gning, Nafissatou Diop Cissé, Awa Guèye Kébé, Maïmouna Dieng, Ndiagne Diop, Badou Ba, Vieux Sandjiry Diop et Pr Papis Ndoye. Et on en oublie ! Au point que l’on se demande si, en dehors de Yankhoba Diattara, il reste encore un ancien membre de Rewmi aux côtés de Idrissa Seck. Tous ces partants évoquent des ressentiments et accusent gravement le leader du parti d’attitudes et de comportements qui traduiraient même aux yeux de nombre d’entre eux une suffisance ou un mépris que manifeste Idrissa Seck à l’égard de ses lieutenants. Tout le monde ne peut pas mentir. Le cas de la notaire Me Nafissatou Diop Cissé est le plus illustratif. En démissionnant de ce parti en 2013, elle avait prévenu : «Si j’en arrive à quitter Idrissa Seck, il ne restera plus personne. Tout le monde finira par le quitter.» Nafissatou Diop Cissé avait fait l’objet de toutes sortes d’attaques, d’invectives et d’injures, suite à sa démission fracassante. Elle s’amuse aujourd’hui que ses plus virulents détracteurs lui ont emboîté le pas en quittant le parti Rewmi et son leader Idrissa Seck.
L’histoire de la détérioration des relations entre Idrissa Seck et Me Nafissatou Diop Cissé mérite d’être contée. Nafissatou Diop Cissé était très liée à Idrissa Seck et avait conduit, pour le compte du leader du parti Rewmi, les tractations avec le Président Wade pour sortir de prison l’ancien Premier ministre et maire de Thiès, inculpé par la Haute cour de justice dans le cadre de la procédure dite «des chantiers de Thiès». En compagnie de l’avocat Me Ousmane Sèye qui agissait comme mandataire du Président Abdoulaye Wade, Me Nafissatou Diop Cissé s’était personnellement investie pour tirer d’affaire celui qu’elle semblait placer au-dessus de tout le monde. Cet engagement lui aura valu de gros ennuis et déboires familiaux. Sans doute qu’elle croyait en l’homme et à son destin politique. A la veille de l’élection présidentielle de 2007, Me Nafissatou Diop Cissé était sur le point, à la demande pressante de Idrissa Seck, d’hypothéquer sa maison, sise au quartier Point E, pour financer la campagne présidentielle du candidat Idrissa Seck. Il avait fallu l’intervention de tous ses proches pour l’empêcher de commettre une telle «folie». Ses amis et proches lui disaient : «Hypothéquer une maison pour hypothéquer une maison, pourquoi Idrissa Seck n’hypothéquerait-il pas sa propre maison, sise au même quartier du Point E ?» Idrissa Sek ne gagnera pas l’élection présidentielle de 2007. Alors, Me Nafissatou Diop Cissé entra dans l’œil du cyclone. Le ministre de la Justice, Cheikh Tidiane Sy, initiera une procédure pour demander la radiation de la notaire. Le Conseil de discipline proposera une suspension de la notaire pour une période de cinq ans. Par un arrêté en date du 17 avril 2007, le ministre de la Justice entérina la proposition et la charge notariale numéro 9 de Dakar a été confiée à Me Boubacar Seck pour en assurer l’intérim. Le mercredi 18 avril 2007, lendemain de la décision prononçant sa suspension, Me Nafissatou Diop Cissé était inconsolable. Elle venait de raccrocher au téléphone avec Idrissa Seck. Nafissatou Diop Cissé s’était vue consoler par Idrissa Seck avec une désinvolture qui la stupéfie encore. «Je suis désolé Nafi. Je suis désolé. Je suis désolé pour ce qui t’arrive, mais je vais te rappeler plus tard. Je ne t’entends pas bien avec le bruit. Je suis dans un téléphérique avec mes enfants. Nous sommes en vacances. Je te rappelle quand je serai libre.» Tels étaient les mots de Idrissa Seck.  Nafissatou Diop Cissé avait senti la terre se dérober sous ses pieds. Elle disait penser à ses propres enfants orphelins qui n’auront pas la possibilité de poursuivre leurs études, encore moins de passer des vacances. Cette absence de compassion l’avait totalement détournée de Idrissa Seck. Elle prit ce jour-là la résolution de démissionner du parti Rewmi. Je dois dire que je fais partie de ses amis qui l’avaient retenue de passer à l’acte, lui conseillant d’éviter de donner l’impression d’avoir cédé à la panique. Idrissa Seck ne rappellera pas Nafissatou Diop Cissé et ne lui apportera aucun soutien. Il ne lui rendra pas non plus visite, même quand la notaire avait été hospitalisée pendant plusieurs semaines suite à une lourde intervention chirurgicale. Nafissatou Diop Cissé a vécu avec les moyens du bord durant tout le temps qu’avait duré sa suspension, sans jamais recevoir la moindre aide de la part de Idrissa Seck. La suspension sera levée à la faveur d’une demande de grâce, formulée par le magistrat Ousmane Kane, qui était en poste à Genève, au niveau du Tribunal arbitral du sport. La lettre adressée par le magistrat sénégalais au Président Wade avait ému le chef de l’Etat, au point que celui-ci décida d’accorder à Me Nafissatou Diop Cissé une grâce qui emporta la levée de la mesure de suspension. Nafissatou Diop Cissé n’oublia jamais cet épisode. Son compagnonnage avec Idrissa Seck deviendra de plus en plus heurté. C’est en 2013 qu’elle finira par rompre définitivement les amarres. Elle s’était décidée à la suite d’une remarque d’un de ses enfants, faite au cours d’un dîner familial. En effet, les autres membres de la fratrie reprochaient au jeune Birame de rouler pour un autre responsable politique. La ligne de défense de Birame avait fait mouche : «Maman, je veux bien, mais Idrissa Seck ne connaît que toi. Jamais il n’est venu nous rendre visite et s’enquérir de notre sort, en dépit de tout ce qui t’est arrivé du fait de ton engagement à ses côtés.» Nafissatou Diop Cissé rabroua son fils. Seulement la remarque avait déjà fait mouche. Nafissatou Diop Cissé n’a pas dormi de la nuit et réalisa cette vérité, sortie de la bouche de son plus jeune fils. Elle décida de quitter Idrissa Seck. Dans une interview accordée au journal Le Quotidien, elle essuyait encore ses larmes en disant : «J’ai regretté d’avoir connu Idrissa Seck. Il est un leader qui ne respecte personne, il n’a de respect que pour sa propre personne et sa famille. Je pense qu’il n’a pas changé entre-temps. En général, c’est lui qui appelle les gens quand il en a envie, mais personne ne peut le joindre. Il y a peu de gens qui ont des contacts avec lui. Il continue à diriger son parti comme sa maison, où les gens font ce qu’il dit. Il fait ce qu’il veut et ne consulte personne. Donc, cela ne me surprend pas que des gens partent. Je vous dis que d’autres départs suivront, et sous peu», disait Mme Cissé. L’histoire lui donne encore raison avec la démission de Thierno Bocoum qui avait violemment pourfendu la notaire.

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