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Le ministre guinéen de la Justice, qui a présidé la cérémonie officielle d’ouverture des Assises de l’Upf, a voulu montrer que dans son pays, il n’y avait aucun journaliste emprisonné. Ce qui, selon lui, ne serait pas le cas du Sénégal.

Le pouvoir guinéen, ou du moins, certains de ses représentants, semble avoir un problème avec le Sénégal. Lors de la cérémonie d’ouverture des 46ème Assises de la Presse francophone, le président de l’Union internationale de la presse francophone, le Sénégalais Madiambal Diagne, a au cours de son discours, souligné que ces Assises s’ouvraient dans ce pays, «dans un contexte lourd de tensions entre les médias guinéens et les pouvoirs publics dans ce pays». Tout en souhaitant que des solutions soient rapidement trouvées à cette situation, M. Diagne a déclaré, devant le ministre de la Justice de la Guinée, M. Cheick Sako, accompagné par ses collègues du Commerce et du Tourisme, que «le soutien de notre organisation à l’endroit des confrères et consœurs qui souffrent des entraves du pouvoir politique dans leur profession, ne saurait souffrir d’aucun doute. Nous avons déjà appelé le gouvernement guinéen et les organes de régulation et des professionnels des médias, à faire preuve d’ouverture, afin de juguler des difficultés qui ne peuvent pas manquer d’accompagner le processus de déve­loppement démocratique». Cela, avant d’ajouter : «Toute violence exercée à l’endroit des journalistes nous heurte et ne saurait être acceptable à nos yeux.»
Ces mots, qui ont été applaudis par une salle remplie par plus de 300 professionnels des médias venus de 48 pays membres de la Francophonie, ainsi que par des organes de presse de Guinée venus couvrir la manifestation, n’ont pas dû passer facilement dans la gorge de Cheick Sako. Le Garde des sceaux de la Guinée, lors de son tour de parole, a tenu à souligner que «tout en réitérant la considération que j’ai pour la presse guinéenne, j’espère qu’elle ne peut ignorer la loi». Il a ensuite rappelé que le pays s’est doté depuis 2010, de textes de lois et des organes de régulation de la presse et a appelé tous les acteurs à se tenir informés de leurs dispositions. Intervenant dans l’après-midi, dans une table-ronde portant sur les «enjeux, limites et perspectives du journalisme d’investigation», Cheick Sako est revenu implicitement sur le cas des journalises guinéens qui se sont fait molester par les Forces de l’ordre de son pays, pour tenter une comparaison mal à propos.
Cherchant sans doute à présenter son pays sous un beau jour, le ministre a affirmé que dans son pays, il n’y avait aucun journaliste en prison, «contrairement au Sénégal». Interpellé par la salle, il a réitéré pour dire : «En Guinée, contrairement au Sénégal, il n’y a pas de journaliste en prison.» Quand une consœur sénégalaise lui a fait remarquer son erreur, en lui affirmant qu’il n’y avait pas de journaliste dans les prisons sénégalaises, le Garde des sceaux de la Guinée a persisté en donnant le cas de Oulèye Mané, enfermée une fois pour avoir détourné une image de Macky Sall de manière obscène. Ce qui lui a valu la réplique que Mme Mané était plus une bloggeuse qu’une journaliste, et que d’ailleurs elle et ses complices avaient recouvré la liberté. Le ministre n’a toutefois pas voulu en démordre. Ce qui fait qu’une bonne partie de l’assistance s’est posé la question de savoir si Cheick Sako ou son gouvernement avaient des griefs personnels envers les dirigeants sénégalais ou leur Peuple. Reste aussi à savoir si cette peau de banane sous les pieds des relations entre les deux pays ne va pas les faire déraper.

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