PARTAGER

Au-delà de la liberté d’expression où le Sénégal coiffe même certains pays développés, la marche reste le droit le plus usité pour ne pas dire abusé du citoyen sénégalais au point que le constituant soit amené à devoir en faire une curiosité constitutionnelle, redondante en sus de ce que dit la Déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen de 1945, sa Convention dérivée sur les droits civils et politiques de 1966, toute référée dans la même Constitution. Cette insertion constitutionnelle à relent populiste ne fait que davantage désordre dans la gouvernance du pays, car tout le monde la convoque pensant qu’en tout et pour tout et quelles que soient les circonstances de temps et de lieu, l’on doit être autorisé à tout faire, à tout dire. Et curieusement, ce sont les organisations de la Société civile qui devaient s’ériger en censeurs des consciences, boucliers contre les dérives, régulateurs entre acteurs politiques, sentinelles de la paix et de la stabilité pour la mise en œuvre des politiques, qui se fondent dans les clans politiciens et sont aujourd’hui devenues adeptes de la Rue, initiatrices de mouvements de protestation.
Qu’est-ce qui peut justifier dans une démocratie, en dehors des joutes électorales, cette obsession des «grilles du Palais» en dehors d’un sentiment viscéral de rancœur, d’un manque de sportivité, de lucidité politique, mais surtout de responsabilité, car le palais de la République, quel que soit celui qui l’occupe, reste un sanctuaire national dont tout citoyen démocrate devrait veiller à l’inviolabilité au prix du sacrifice suprême. Il reste le premier et le dernier carré de notre souveraineté. Que les gens fassent beaucoup attention et qu’ils n’oublient pas que nous sommes une jeune Nation dont la construction inachevée ne saurait souffrir de risques de compte à rebours, avec la désacralisation des symboles, la banalisation des institutions de la République, comme certains aventuriers s’y emploient ces temps-ci avec un langage mal à propos, sarcastique et même roturier, un comportement déviant et défiant, voir subversif !
Non, une démocratie saine ne se mesure pas à l’aune de ce qui se fait ailleurs ou à son caractère débridé, mais plutôt à la qualité, aux vertus, au sens des responsabilités des acteurs, à la foi à un destin commun et au respect strict des lois et règlements que le Peuple s’est librement et démocratiquement donné. Chers compatriotes, il est donc erroné, démagogique, mais parfois hypocrite, car on aime souvent nous flageoler pour conformisme, de comparer les Etats-Unis et le Sénégal en matière de droits ou de libertés. Nous avons à prendre d’eux, mais beaucoup à leur vendre malgré un rapport gérontocratique en termes de démocratie qui frise le quadruple en faveur des Usa.
Nous Sénégalais avons, par paresse intellectuelle ou snobisme, une manie à la comparaison souvent non documentée. Ainsi aime-t-on comparer pour accréditer des thèses, des infrastructures dans des pays différents, construites à des époques différentes, avec des réalités géophysiques et impacts sociaux, environnementaux différents, des opportunités différentes, des maîtres d’ouvrage différents, des pays, des démocraties, des histoires, des économies, des cultures incomparables. C’est comme si l’on était impotent pour évaluer objectivement nos réalités et nous construire nous-mêmes une identité et une conduite propres.
Aujourd’hui, le clou du débat politique reste l’interdiction des marches vers le palais de la République. Et pour «convaincre», on va outre Atlantique chercher l’exemple aux Etats-Unis et pour cause, car le cas est introuvable sous nos tropiques et dans beaucoup de démocraties européennes. Je cite à titre illustratif deux exemples non loin de nous : dans l’un des pays visités, toutes les rues qui convergent vers les bureaux du Pr sont frappées de sens interdit à tout piéton et voiture. Dans l’autre, le Palais est inaccessible (isolé), mais quand le Président sort et doit emprunter une artère, les citoyens avoisinants arrêtent toute activité et détalent comme des lapins dans tous les sens au bruit du gyrophare et les deux pays se targuent pourtant d’être en démocratie.
Même aux Etats-Unis les choses ne se passent pas comme on veut le présenter, le bureau ovale est au moins à cinq cents mètres de l’Avenue Roosevelt où se trouve la grille de lamentations et non à un jet de pierre comme à l’avenue Roume, en outre la Maison Blanche n’est pas au cœur d’une place d’affaires, elle n’a comme vicinité que le Washington Square, les stèles de la Bm et du Fmi, le département d’Agriculture, des Musées (Art africain, Aéronautique, le Congrès Etc., pas de circulation). En outre, qui manifeste et pour quels motifs, quelle intention ? Des exclus, des marginaux, des victimes de calamités ou d’ostracisme et rarement les citoyens ordinaires pour des raisons de risques de péril national. Qui ose déclarer aux Etats-Unis, organiser une marche pour aller faire plier le Président sur une décision déjà prise à défaut le déloger ? Soyons sérieux, soignons notre discours et arrêtons les enfantillages politiciens avant qu’il ne soit trop tard !
L’enjeu mondial aujourd’hui est avant tout sécuritaire, les périls sont à nos portes et nous devons éviter tout ce qui peut servir de prétexte et offrir d’opportunité à l’ennemi. Avec le temps qui court, il est impensable d’autoriser des marches politiciennes jusqu’aux grilles du Palais qui ne se justifient qu’aux yeux de soupirants en crise de représentativité et en quête frénétique de visibilité et de notoriété. Aussi les patriotes doivent-ils rester vigilants, car l’heure est grave. A l’époque, j’ai combattu avec véhémence l’arrêté Ousmane Ngom, mais aujourd’hui qu’on parle de cellules dormantes de jihadistes et d’escouades dans les pays limitrophes, il devient un dispositif sécuritaire stratégique à appuyer plutôt qu’à faire sauter. Comme dit l’autre, celui qui ne sait pas changer ses propres idées ne peut pas transformer le monde.
 Walmaak NDIAYE 
wandiaye @gmail.com 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here