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Alice Dakouo Guéguen est membre du Syndicat d’initiative et du tourisme à Tambacounda, par ailleurs directrice de l’hôtel Oasis oriental de Tambacounda et gérante de l’hôtel de Simenti dans le Parc national Niokolo Koba. Cette dame de fer se donne corps et âme pour restaurer l’hôtel de Simenti qui était en état de dégradation avancé. Dans cet entretien accordé au journal, Le Quotidien, Mme Guéguen demande à l’Etat du Sénégal d’accompagner la réhabilitation de l’hôtel qui, selon elle, est un patrimoine national qui doit être sauvegardé.

Le ministre des Transports aériens et du développement des infrastructures aéroportuaires a annoncé le lancement de la réhabilitation des aéroports régionaux d’ici la fin du premier semestre 2018. Quelle conséquence cela peut avoir sur le tourisme ?
Je trouve que la réhabilitation des aéroports régionaux fait partie de cette vision de désenclavement et de démocratisation des infrastructures aéroportuaires. Cette réhabilitation arrive à point nommé. Cela va contribuer à combler un gap qui était là. Les clients nous demandent souvent si on dispose d’un aéroport. C’est donc une très bonne idée d’avoir pris l’initiative de réhabiliter certains aéroports régionaux comme le nôtre. Cette action ne peut avoir qu’une conséquence positive sur le tourisme. Lorsque par exemple les touristes internationaux sauront qu’ils peuvent atterrir directement à l’aéroport de Tambacounda ou celui de Simenti, cela va les motiver davantage à venir. De la sorte, cela va les permettre de gagner non seulement du temps, mais aussi les épargner des journées entières sur la route. C’est le même cas pour les nationaux. Au lieu de passer une journée en voiture, il leur suffira juste de prendre un vol pour atterrir à Tamba et vaquer à leurs besoins en un temps record. La réhabilitation des aéroports régionaux va non seulement booster le développement du secteur touristique dans le Sénégal des profondeurs, mais cela va contribuer fortement au désenclavement de l’intérieur du pays.

Le manque d’infrastructures routières, aéroportuaires est l’une des faiblesses du tourisme au Sénégal. A l’heure du Pse, la situation est-elle évolutive ?
Je pense que la situation est évolutive. La route Tambacounda-Kédougou est déjà en chantier. Cet axe était tellement dégradé qu’il fallait y penser à plusieurs reprises avant de l’emprunter. Mais, l’Etat a pris cette vieille doléance à bras-le-corps et les travaux vont bon train. L’Etat est conscient que s’il n y a pas de routes, il n’y a pas de développement.
Entre autres mesures prises par l’Etat du Sénégal, il y a l’exonération des taxes pour développer le tourisme. Cela contribue-t-il effectivement à la relance du secteur ?
L’Etat a réduit la Tva à 10%, c’est une bonne mesure pour les acteurs du tourisme. Le problème dans nos régions est que nos fournisseurs travaillent pour la plupart dans l’informel. Ce qui ne nous permet pas de récupérer la Tva sur nos achats. Tous les appuis au secteur touristique dans ce domaine contribueront à développer le secteur et créer des emplois.

Le tourisme balnéaire est le plus développé au Sénégal. Est-ce qu’il ne faut pas promouvoir le tourisme de décou­verte, culturelle dans une zone comme le Sénégal oriental ?
Je l’ai toujours dit. J’en parle depuis des années. Il faut un peu de tout pour développer un Pays. Si l’on se bat pour développer une seule destination au détriment des autres sites touristiques, les touristes ne connaîtront que cette destination, alors que le Sénégal regorge de potentialités touristiques énormes. Dans la promotion des destinations touristiques, le Séné­gal oriental est vraiment laissé pour compte. Cela fait des années que je demande à ce qu’on fasse la promotion de la région de Tambacounda et Kédougou avec tout ce qu’on a ici comme potentiel touristique. On a beaucoup de choses à proposer ici : Parc national Niokolo Koba, Pays Bassari et Bédik, nombreuses chutes d’eau, etc. Ensuite, la Petite-Côte est très médiatisée par rapport aux autres zones touristiques comme le Sénégal oriental. C’est pourquoi, il faut promouvoir le tourisme dans nos régions. Faire de Tamba­counda un pôle touristique, et une vitrine du Sénégal, telle doit être notre ambition.

Est-ce que c’est ce qui a motivé le festival culturel que vous avez initié à Tamba­counda, il y a de cela quelques années ?
Tout à fait. C’était un peu pour répondre à cette préoccupation, mais aussi pour mettre en valeur le patrimoine culturel que nous partageons avec la région de Kayes au Mali. La culture traverse les frontières. Avec ce festival, nous avons pu promouvoir la destination Tamba­counda et son riche potentiel culturel, mais aussi la région de Kayes pour un tourisme inter-Etats. Cela a aussi permis d’animer la ville de Tambacounda pendant plusieurs jours. J’ai initié un évènement pour attirer les touristes dans ces deux régions complémentaires.

Certains acteurs se plaignent de la faiblesse du crédit hôtelier. Est-ce un frein au développement de ce secteur stratégique ?
Ce n’est pas du tout un frein, c’est plutôt un accélérateur. Mais, il faut savoir que tout le monde ne peut pas en bénéficier. Il faut un dossier crédible et être capable de faire face aux remboursements. Ce n’est pas un don. C’est un crédit subventionné avec un taux d’intérêt préférentiel. Lorsque le Président Macky Sall est arrivé au pouvoir, il a bien dit qu’il allait développer les secteurs du tourisme pour donner une autre vision du Sénégal. Cette déclaration, il l’a fait lors de sa campagne présidentielle en 2012. Il avait promis de développer une nouvelle politique pour aider les hôteliers à travers des prêts à taux préférentiels. Le crédit hôtelier correspond à la vision du Président. L’objectif est d’améliorer nos structures d’hébergement afin de mieux accueillir les touristes jusqu’au fin fond du Sénégal. Sa vision était d’offrir les mêmes conditions d’accueil et d’hébergement du tourisme même s’il est au fin fond du Sénégal. Le ministère du Tourisme est en train d’élargir pour satisfaire davantage des demandes.

Quelle est la conséquence de la faible implication des nationaux dans le secteur du tourisme ?
Je pense que pour vendre son pays, il faut d’abord le connaître. Pour ce faire, nous devons voyager et aller à la découverte de notre Pays. Il faudrait que les nationaux voyagent de plus en plus à l’intérieur du pays pour mieux le connaître. Le tourisme national représente un grand potentiel pour le développement du secteur du tourisme. En visitant nos régions, nous procèderons à des améliorations et formulerons des remar­ques constructives pour développer notre Pays. Ce sera dans une approche participative et dans une démarche holistique.

L’hôtel Simenti a besoin d’investissements de taille pour répondre aux exigences des visiteurs et mieux vendre la destination du parc. Quelles sont les priorités, selon vous, pour mieux vendre la destination Simen­ti/Niokolo Koba ?
J’ai hérité de la gestion de l’hôtel de Simenti. Mais, je n’arrive même pas à trouver les mots pour expliquer ou décrire ce que j’ai trouvé sur place. Tellement que la situation est critique pour ne pas dire que c’est un désastre. Parce que personne n’en voulait. Plusieurs partenaires ont effectué des visites sur le site mais au finish, personne n’a voulu investir. L’hôtel était tellement dégradé qu’on ne savait pas par où commencer. Le financement pour remettre sur pied cet endroit est tellement lourd qu’une seule personne ne peut pas le faire. Personnellement, j’ai fini par accepter la gestion de cet hôtel. Parce que je me dis que c’est une image du Sénégal qu’il faut préserver. On ne peut pas et ne doit pas laisser les gens écrire du mauvais ou faire un mauvais procès à Simenti. C’est pourquoi, je me suis engagée à relever le défi de la remise en état de cet hôtel dont je suis fière de faire la promotion à travers le Sénégal et le monde entier. C’est le produit phare de la région. Les autorités étatiques et les hôteliers de la région doivent le comprendre. Parce que, c’est lorsque Simenti a sombré que cela a impacté aussi les visites au niveau du Parc national Niokolo Koba, puisque n’ayant pas un bon réceptif pour accueillir les visiteurs. A cela s’ajoute, la mauvaise image qui a été véhiculée de Simenti. Tout le monde disait que c’était fini pour Simenti. Qu’il n’y avait rien à faire. Pas plus tard que ce matin (Samedi dernier), j’ai conduit une haute autorité sur les lieux. Son épouse m’a dit : «Madame, si je ne vous avais pas rencontrée, je ne serais jamais venue dans le parc. Parce qu’on m’a fait croire qu’il n’y a pas d’électricité ni eau, bref rien.» Une manière de la décourager à venir visiter le Parc. Je lui ai fait comprendre qu’il y a beaucoup de choses à voir telles que la richesse de la biodiversité faunique et florique. En plus, je lui ai fait part de la visite récente du ministre de l’Environnement et du développement durable (Dr Mame Thierno Dieng : Ndlr) avec ses équipes techniques. Je lui ai fait comprendre que si c’était un désastre comme certains le disent, le ministre ne serait pas resté ici avec son staff plusieurs jours. Depuis le passage du ministre de l’Environ­nement, on ne cesse d’améliorer le service pour accueillir ce genre de personnalités et les autres. Malgré les efforts qu’on est en train de déployer pour restaurer Simenti, le gros du travail reste à faire. On a fait une infime partie afin de permettre aux visiteurs de disposer de quelques commodités pour leur séjour. J’ai débuté, j’ai montré la voie. Mais, seule, je ne peux pas porter ce projet. J’ai besoin de l’appui de l’Etat par le biais du ministère du Tourisme. Parce que c’est avant tout un patrimoine du Sénégal. J’ai été sur les lieux avec trois partenaires venus de l’Europe pour m’accompagner dans la rénovation, mais personne n’a accepté d’investir. Juste pour vous dire les conditions dans lesquelles j’ai hérité de la gestion de l’hôtel de Si­menti.

Qu’est-ce que vous attendez concrètement de l’Etat ?
Vous savez, ceux qui ont géré l’hôtel de Simenti au départ ont bénéficié des meilleures conditions possibles pour exploiter la structure. L’hôtel était à l’état neuf. Dans ces conditions, il est très facile de gérer. Mais, tel n’est pas le cas aujourd’hui, tout est à refaire. C’est là que je dis si l’Etat avait réfectionné tout et m’avait confié les lieux, ce serait vraiment différent. On ne serait pas là en train de parler. Présentement, tout est à refaire à Simenti pour encourager les visiteurs à se rendre au niveau du Parc national Niokolo koba. Parce que Simenti et le Parc sont indissociables. C’est pourquoi, l’Etat doit soutenir et accompagner la remise en état de Simenti. Sinon, c’est tout le Sénégal qui perd un trésor et on ne peut pas et on ne doit pas l’accepter. D’ailleurs, je profite de la tribune que vous m’offrez pour demander un crédit hôtelier pour la remise en état de Simenti. Cette demande doit être classée en priorité par les autorités. Comme je l’ai dit un peu plus haut, ce n’est pas l’affaire d’une personne. Parce que c’est l’image du Pays qui est en jeu et qu’il faut restaurer. On ne peut pas laisser un site stratégique comme Simenti périr comme ça. Beaucoup d’ambassadeurs sont venus ici récemment en visite. Je me suis débrouillée avec les moyens du bord pour leur permettre de passer un séjour agréable dans des conditions acceptables (…) J’en profite pour dire au ministre du Tourisme, Mame Mbaye Niang, de voir les dossiers de financement de la restauration de l’hôtel de Simenti pour que nous puissions commencer très tôt les travaux avant l’hivernage. Cela va nous permettre de pouvoir accueillir les clients qui ont déjà fait des réservations. Malheu­reusement, on ne peut pas les recevoir dans ces conditions. On a beaucoup de demandes qu’on ne peut pas honorer pour le moment. Tant que les conditions d’accueil ne sont pas réunies, je ne peux pas m’engager à recevoir des groupes importants de touristes. Je ne peux recevoir que de petits groupes. Mais, tout est urgence ici…

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