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Durant trois 3 jours (14, 15 et 16 février), plus de 300 participants venus de toutes les régions du Sénégal ont échangé dans un climat enthousiaste et laborieux. Des femmes et des jeunes, impliqués profondément dans des actions de développement économique, social et culturel ainsi que des chefs religieux issus de l’Eglise et de la Oumma islamique, se sont rencontrés au King Fahd Palace pour contribuer à l’édification d’une société civile forte et avisée à travers des assises nationales. Le président du bureau desdites Assises de la société civile, Amacodou Diouf, dresse le bilan.

Après la clôture du dernier atelier sur les Assises nationales de la société civile, quel bilan peut-on en tirer ?
Pour la première fois dans notre pays, la société civile a eu l’idée de mener à bon port cette vaste concertation nationale. Je crois que c’est extrêmement important qu’on ait un cadre d’échanges de cette envergure. Il fallait l’avoir. Là où 300 participants venus de toutes les régions du Sénégal ont convergé, là où on a produit une vingtaine de rapports, des rapports de 14 régions qui posent les préoccupations des organisations de la société civile et qui touchent du doigt des questions clés de notre développement économique et social. On a suscité une réflexion stratégique. L’autre élément parallèlement à cela, c’est justement le fait que nous ayons pu au niveau des groupes thématiques poser des questions transversales, la question de la paix et sécurité. Cela a été un élément important en termes de réflexions et de propositions. La question était aussi liée à la gouvernance des ressources naturelles, le foncier agricole, entre autres. On a mobilisé des comités régionaux pour réfléchir autour des problèmes réels que les Sénégalais vivent dans le secteur du foncier, les questions du pétrole et du gaz, celles des mines, le pastoralisme, etc. C’est un événement particulier et malgré les mécanismes que nous mettons souvent en vogue dans le cadre de la concertation de la société civile, on n’a jamais pu regrouper plus de 70 organisations, tel que nous l’avons fait autour de ces questions. Donc c’est un bilan extrêmement positif. Nous avons eu des assises avec une production scientifique immense, colossale, des assises avec une diversité extraordinaire…

Est-ce que le défi de la mobilisation a été relevé ?
Nous avons mobilisé des gens qui étaient membres des comités régionaux de suivi des assises et cela nous a permis d’avoir une représentation tout à fait ouverte. Les gens étaient très motivés à prendre le micro. Je n’ai jamais vu autant de personnes se ruer vers un micro pour exprimer leurs préoccupations, donner leurs points de vue par rapport à la marche du Sénégal, et cela est extrêmement important pour nous. Le défi aussi de l’appel à la paix et à la sérénité par rapport à la chose politique au Sénégal a été gagné. Indirectement, nous avons lancé un appel pour des élections de paix, transparentes et calmes.

Quelles sont les résolutions les plus saillantes qui ont été formulées ?
Il y a eu plusieurs propositions. Dans chaque région, il y a eu un thème spécifique. Et à travers chaque région, il y a eu des recommandations fortes. Si on les résumait, on peut les regrouper en trois sections. La première section, relative à la gestion des ressources naturelles, les propositions qui ont été faites sont l’inclusion dans le cadre de la gestion des ressources naturelles, le respect des dispositions constitutionnelles qui ont été évoquées. Pour la question du gaz et du pétrole, il y a une position forte autour de l’utilisation des ressources issues du pétrole et du gaz et l’autre élément par rapport à cela, c’était justement la prise en charge du contenu local. Je crois que c’est stratégique et que les organisations de la société civile ont évoqué tout cela. Il y a eu aussi la question foncière avec la problématique de l’accaparement des terres, où les gens ont proposé désormais la mise en place d’un cadre concerté qui puisse effectivement la prendre en charge. L’autre proposition forte, c’était d’appliquer la recommandation faite par la Commission nationale de réforme foncière (Cnrf).

Qu’allez-vous faire pour que toutes ces propositions soient prises en compte par le gouvernement ?
Nous allons travailler sur un rapport général des assises. Elles ont démarré depuis plusieurs années en termes de conception, d’amélioration de la conception… Maintenant, nous allons prendre tout ce processus et le mettre dans un rapport général des assises. Ce dernier devrait être aussi annexé d’un plan d’action, c’est-à-dire des propositions concrètes qui ont été faites pour matérialiser cette orientation. Ce programme qui sera budgétisé sera mis à la disposition des autorités étatiques, car ce document peut être une base de discussion sur comment est-ce que l’Etat du Sénégal devrait, en partenariat avec la société civile, faire quelque chose pour le développement du pays. Nous allons aussi demander à la délégation de l’Union européenne, avec le groupe des bailleurs de fonds, de nous asseoir, de discuter pour que ce document soit un référentiel dans le cadre du financement des organisations de la société civile de notre pays.

Le processus a été long. Alors, quelles sont les contraintes auxquelles vous êtes confrontés ?
La première contrainte, c’était l’appropriation du concept. Ce n’était pas facile. Certains ont pensé que c’était un peu péjoratif compte tenu de ce qu’il y a eu (les Assises nationales qui ont précédé les élections de 2012). On a dit non. On est une partie intégrante dans ces Assises. Les nôtres ne sont pas du tout politiciennes. Ce sont des Assises de la société civile tout court. Con­trairement à celles nationales qui avaient impliqué toutes les forces vives de la Nation, on va se limiter uniquement aux organisations de la société civile pour travailler et c’est ce qu’on a fait.
Avec les disparités de la société civile, certains se demandaient si l’idée était réalisable. Pour cela, on a dit qu’il n’y a pas de difficulté. On a créé le mécanisme permettant la réalisation, on avait le défi de l’inclusion. Et c’est pour cela que c’était dur, parce qu’il fallait que tout le monde participe. Il ne fallait pas tout de suite mettre en place le bureau. Il fallait d’abord pousser à ce que tout le monde se retrouve pour mettre en place les organes de gouvernance des assises et ça nous a pris 1 an. C’est-à-dire que ces contraintes de patience dans le temps pour mûrir cette idée-là, c’est ce qui fut un élément très difficile. L’autre contrainte était liée à la précision dans la gestion des ressources financières. Au départ, j’avais opté pour que nous ne gérions pas l’argent

Qui gérait l’argent ?
C’est le Programme d’appui aux initiatives de la société civile qui gérait l’argent. C’était à notre demande. J’ai dit à l’ambassadeur, chef de la délégation de l’Union en son temps, que nous ne gérerons pas l’argent, soit on recrute une agence fiduciaire qui va s’occuper de ces questions, soit on travaille avec les mécanismes de l’Union européenne, mais on n’a pas besoin de toucher à cet argent. Ce qu’il y a, c’est qu’on travaille sur un schéma de planification de l’utilisation des ressources et là, les gens émettent la demande et selon les procédures de passation de marchés et on exécute. La démarche était andragogique. En réalité, cela a constitué des difficultés, parce que nos collègues ne comprenaient pas pourquoi il fallait restreindre certaines dépenses, pourquoi il fallait faire ceci, pourquoi il faut faire des marchés… Maintenant, il fallait gérer ces difficultés entre collègues et les gens qui avaient les ressources. Et ce n’était pas facile, mais quand même ils ont compris en fin de compte et ça s’est passé comme sur des roulettes. L’autre problème réel qu’on a eu, c’était qu’il fallait tout faire avant la fin du mois de février parce que le défi programme était terminé. Les gens ont fait un avenant de 2 mois et celui-ci prenait fin en février. Voyez-vous la charge de travail qu’on avait avec toute la pression que cela a constitué ! Vraiment c’était ça un des grands problèmes qu’on a rencontrés.

Au-delà du rapport général, est-ce qu’il y a d’autres actions phare qui sont prévues ?
Oui, nous allons travailler sur le rapport général, le document référentiel pour synthétiser et ressortir les grandes orientations qui font forces de propositions dans le cadre de la mise en œuvre d’un programme d’appui aux organisations de la société civile du Sénégal et certainement ça sera budgétisé. L’autre élément, c’est de travailler à la production de la charte de bonne gouvernance ou du code d’éthique des organisations de la société civile. Évidemment, ce n’est pas un travail mince, mais quand même, il est de notre devoir de proposer ça et la manière dont ça sera élaboré, ça va prendre les mêmes principes d’inclusion que nous avons respectés à propos de l’organisation des assises. On ira consulter le maximum d’organisations, discuter avec elles, élaborer un draft, replonger le draft dans le circuit des organisations, qu’on ait les feed-back et qu’on essaye d’avoir au moins un consensus autour des questions clés de la vie des organisations de la société civile. Il serait important dans la même foulée de mettre en place un cadre de coordination, de dialogue permanent entre l’Etat et nous. C’est quelque chose qu’on va certainement renforcer parce que ça existe, mais c’est juste en ébullition à travers le cadre d’intervention des Ong. Le cadre de dialogue qui existe pour les Ong, on va travailler à l’élargir aux organisations de la société civile qui ne sont pas forcément des Ong ou à mettre en place un dispositif qui prenne en compte ces autres types d’organisations de la société civile.
Nous lançons encore un appel en direction du secteur privé national. Nous sommes souvent invités à partager lui des réflexions, à nous associer avec ce secteur privé autour de certaines politiques, mais nous pensons qu’on doit aller au-delà. On a toujours dit et considéré dans nos démarches, nos programmes que le secteur privé est un acteur essentiel du développement économique et social de notre pays.

On ne les a pas vus aux assises…
Je crois que les uns ont envoyé des représentants. Il faut qu’on exploite la feuille de présence pour mieux voir s’ils étaient présents ou ont envoyé des représentants. A l’atelier de lancement, je l’avais dit, il faut que nous ayons un cadre de concertation entre le secteur privé et les organisations de la société civile. A l’intérieur des organisations de la société civile, nous avons des organisations, c’est vrai, qui défendent les droits humains, mais à côté nous avons aussi d’autres organisations qui veulent se spécialiser sur les questions du développement économique etc. Nous pensons que le secteur privé est dedans. Pourquoi ne pas mettre en place un cadre de concertation entre les deux acteurs ? Nous ne pouvons pas comprendre cela, c’est-à-dire quel que soit alpha, c’est une nécessité.

Vous aviez lancé un appel. Est-ce que vous avez reçu un feed-back ?
Je ne sais pas. Peut-être qu’il faut davantage sensibiliser pour que l’on comprenne que la société civile, ce n’est pas carrément ces gens qui revendiquent, qui ripostent, qui rouspètent. Non ! La société a une autre dimension. C’est visible tous les jours. Je crois que pour tous Sénégalais, les assises devraient édifier beaucoup de gens à changer de comportement, mais aussi à comprendre qu’il y a une dimension de la société civile qui n’était pas connue jusqu’ici, mais qui, à travers les assises, est là et qu’il faille prendre en compte. Je crois que mes amis du secteur privé m’entendront encore parce que nous allons souvent à leurs invitations. On discute avec eux. Sur la question par exemple de l’entrée du Maroc à la Cedeao, on a travaillé à plusieurs reprises avec ces gens-là autour de cette question. On a eu des points de vue communs. On a signé des lettres ou déclarations communes. Quand on est société civile et qu’on traite des questions liées au développement économique et social du Sénégal, il est important que le secteur privé prenne conscience de cela.

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