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Les acteurs de l’économie sociale et solidaire et du secteur de la microfinance n’ont pas été épargnés par les impacts de la pandémie du Covid-19. Face à cette situation, plus de 600 millions de francs Cfa ont été à ce jour, distribués à travers les institutions de microfinance isolées et des subventions. Zahra Iyane Thiam, ministre de la Microfinance et de l’économie sociale et solidaire, fait le point.

Expliquez-nous la politique du ministère de la Microfinance et de l’économie sociale et solidaire que vous dirigez.
Dans le cadre de la Microfinance et de l’économie sociale et solidaire, l’ambition du Président Macky Sall est d’avoir un secteur de la microfinance fort, développé, adossé à un modèle entrepreneurial de l’économie sociale et solidaire qui pourra à terme, sur la base de mécanismes durables, nous permettre d’atteindre l’inclusion sociale économique ou financière. C’est vraiment faire de l’inclusion économique avec des incidences sociales. C’est pourquoi lorsque nous sommes venus, nous nous sommes attelés à d’abord avoir le plan stratégique à travers la Lettre de politique sectorielle microfinance économie sociale et solidaire. Parce que le secteur de la microfinance quoi qu’on puisse dire, est un secteur assez ancré au Sénégal. C‘est un secteur qui ne date pas d’aujourd’hui et il a fait des résultats. C’est un secteur dynamique avec plus de 303 points de services financiers décentralisés, donc des institutions de microfinance qui polarisent plus de 900 points de services. C’est également un capital bénéficiaire de plus de 3 millions 500 de membres. C’est un secteur qui est bien structuré et bien dynamique. L’autre sous-secteur qui est celui de l’économie solidaire, quand bien même nous avons des traditions de vie de solidarité, des traditions de vie communautaire, ce n’était pas aussi élaboré ni conceptualisé comme dans les autres pays. En France, au Canada, ce sont des secteurs dynamiques, au Maroc où vraiment l’activité de l’économie sociale et solidaire contribue pour beaucoup à la création de richesse. Mais ici au Sénégal, ce n’était pas bien structuré, ce n’était pas bien élaboré et le président de la République, dans sa vision d’inclusion sociale, en a fait une deuxième initiative nationale qu’il a adossée à la microfinance pour donner au modèle entrepreneurial tous les moyens de son développement.

Quel est l’objectif du programme d’appui sectoriel de la microfinance et de l’économie sociale et solidaire ?
Le programme d’appui sectoriel microfinance et économie sociale et solidaire est un programme ponctuel. Nous vivons depuis le mois de décembre la pandémie du Covid-19, avec ses effets aussi bien sanitaires, sociaux que surtout économiques. Et le secteur que je dirige, surtout le secteur informel, où vous avez des acteurs informels, les coopératives, les mutuelles, les exploitations familiales, les Gie, qui sont dans la finance solidaire, etc. La particularité de toutes ces couches-là, c’est que ce sont des acteurs qui mettent ensemble leurs potentialités pour être résilients face à des situations économiques. Cela veut dire que ce sont des personnes qui doivent êtes accompagnées, encadrées, renforcées, parce que c’est une part importante de la population active qui y est concentrée. Et donc avec les effets économiques que nous connaissons tous du Covid-19, il fallait, dans le cadre du Programme de résilience économique et sociale, leur créer leurs conditions de résilience. C’est ce que le président de la République a compris en mettant à la disposition du ministère, 800 millions de francs répartis entre le Force covid-19 pour un montant de 500 millions et 300 millions du Fonds d’appui à l’économie sociale et solidaire. C’est dans ce cadre que nous avons initié une tournée nationale pour aller vers les acteurs à la base au niveau de toutes les localités sur la base d’un fichier bien maîtrisé pour accompagner le maximum d’acteurs de l’économie sociale et solidaire dans le cadre de la relance de leurs activités, ça concerne des acteurs dans le maintien de l’activité de financement et cela c’est à travers les mutuelles et particulièrement les mutuelles isolées qui sont fortement impactées par la pandémie.

Quel est l’objectif de la tournée que vous êtes en train de mener à l’intérieur du pays ?
L’objectif de la tournée c’est de distribuer l’accompagnement de l’Etat, encadrer la résilience des acteurs de l’économie sociale et solidaire et du secteur de la microfinance face à la pandémie. Ce sont 800 millions qui sont injectés et nous l’avons fait en deux phases. II y a une partie consacrée au secteur de la microfinance à travers les mutuelles isolées. Les institutions de microfinance, ce qui leur permet de maintenir leur activité c’est surtout l’épargne. L’épargne des bénéficiaires qui viennent déposer leurs ressources. Ces ressources-là sont réutilisées pour générer du crédit. Cette épargne-là a été fortement réduite du fait de la pandémie. D‘abord, il n’y avait plus d’épargne à déposer mais surtout les gens sont allés retirer le peu qu’ils avaient au niveau des mutuelles. Ce qui a détérioré le portefeuille de crédit. Donc, il fallait essayer de maintenir l’activité de financement donc la production de crédit. Mais, nous avons ciblé les mutuelles isolées qui étaient plus vulnérables. Par mutuelles isolées on entend des populations locales qui se retrouvent autour d’une initiative locale pour avoir leur institution de microfinance locale et faire l’activité de crédit entre les membres. Nous en avons dénombré plusieurs à travers le Sénégal. Nous avons pourvu un financement pour leur permettre de continuer l’activité de création de crédit. Les acteurs de l’économie sociale et solidaire ont bénéficié de subvention pour leur permettre de faire face à des charges d’exploitation, de production ou de commercialisation.

Avez-vous une idée de l’impact de ce programme sur les bénéficiaires que vous venez de citer ?
Si nous partons des mutuelles isolées, vous avez pour chaque mutuelle sélectionnée, le nombre de membres et ces mutuelles n’ont pas moins de 4000 ou 5000 membres minimum. Il y en a qui ont 7000 membres. Nous en avons qui interviennent dans plusieurs régions, des fois elles polarisent trois ou quatre régions, nous avons à peu près une dizaine au moins de mutuelles accompagnées. Ça c’est l’impact que nous pouvons avoir à partir du nombre. La même chose également pour les acteurs de l’économie sociale et solidaire. Pour ces acteurs-là, nous partons sur la base du groupement parce que le premier principe de l’acteur de l’économie solidaire c’est d’être en groupe. C‘est pourquoi on dit c’est solidaire et c’est social. Donc, il faut des regroupements allant entre dix, vingt et trente personnes. Des fois, on a des fédérations de 3000 membres, par exemple à Tamba avec la mutuelle Aprovac de la fédération de producteurs de petits producteurs de bananes. Ils sont 728 membres producteurs. Ce sont des groupements comme ça qui font que l’impact dépasse largement les 40 mille personnes impactées par le programme et c’est un programme en cours. A la fin de la tournée, nous ferons l’état exhaustif de l’effet de ce programme. Mais, nous pourrons dire d’ores et déjà qu’injecter autant de ressources dans le secteur devra très certainement impacter positivement les acteurs du secteur. La part est importante par rapport à la population active.

Quelles sont les conditions pour bénéficier de ces subventions et financements ?
Proprement parlé, il n’y a pas de conditions, parce que chaque acteur devrait valablement bénéficier de cette subvention-là. Par contre, j’insiste sur le mot acteur. On ne peut pas rester chez soi, n’avoir aucune activité et prétendre bénéficier du programme d’appui sectoriel. Il faut être en activité. Et pour ça, nous avons un fichier élaboré depuis l’année dernière sur la base du Salon économique et social des acteurs de l’économie sociale et solidaire que le ministère avait organisé. Un Salon international qui avait vu la participation de plusieurs pays, mais également qui avait vu la participation régionale. Toutes les 14 régions du Sénégal étaient représentées à ce salon-là à travers les chambres consulaires, que ce soit les chambres de métiers ou de commerce et ces acteurs qui avaient été choisis au niveau régional l’ont été sur la base de critères définis par le ministère, parce qu’il nous fallait avoir vraiment des acteurs de qualité, qui pouvaient représenter dignement leur pays et donc ça c’est un fichier que nous avions. Nous avions, également lors des 14 tournées, des 14 Crd que j’avais organisés à l’échelle nationale en rapport avec l’Administration territoriale qui avait pris le soin d’identifier et de convier des acteurs à ces Crd-là, mis ensemble tous ces deux fichiers en plus du fichier du ministère que nous avons et donc c’est sur la base de ce fichier unifié que nous avons segmenté et nous avons fait des choix équitables en fonction des régions, des départements, en fonction de la diversité et de l’orientation même du programme qui devait allier financement mutuelles isolées et subvention aux acteurs. Sur cette base-là, nous avons fait les choix. Maintenant nous allons dans la perspective d’avoir une plateforme qui va recueillir d’autres structures et d’autres acteurs qu’on pourra également ajouter dans la base de données et qu’on pourra encadrer et aligner sur le modèle entrepreneurial et de l’économie sociale et solidaire dont nous avons en charge la promotion.

Quel est à mi-chemin le bilan que vous tirez de votre tournée nationale : l’itinéraire, le nombre de structures financées ?
Nous pouvons faire un bilan partiel puisque nous en sommes à la dixième  étape de notre tournée. Nous avons commencé par la région de Thiès ensuite Dakar pour aller à Matam, Kaffrine, Kaolack et Fatick, nous avons fait la région sud avec Kolda, Sédhiou et Ziguinchor et nous avons fait la région de Tamba. Donc ça ce sontles dix étapes que nous avons faites et pour ces étapes-là, il y a eu des mutuelles isolées qui ont été accompagnées et des subventions aux acteurs. Nous sommes dans le processus de paiement des bons avec le groupe de La Poste. D’après les informations que nous avons, les paiements sont en cours dans plusieurs régions. Déjà à Dakar, Thiès, Matam, Tamba, Fatick, Kaolack, ça se déroulent très bien. Il y a quelques petites défaillances techniques qui peuvent être constatées par-ci et par-là mais c’est normal, parce que ce sont des données qu’il faut implémenter, il faut que cela soit traçable, il faut qu’on ait toute la rigueur et toute la sécurisation nécessaire pour que le processus se déroule très bien et là vraiment le paiement se passe très bien. Très bientôt, je serai en conférence de presse pour faire le bilan exhaustif de la tournée, mais au jour d’aujourd’hui, ce que nous pouvons dire, c’est que nous avons quasiment plus de 600 millions qui sont injectés à travers les institutions de microfinance isolées et les subventions aux acteurs de l’économie sociale et solidaire et pour le moment, nous avons dix régions impactées par le programme. Le 30 du mois prochain, nous serons dans les régions de Kédougou, Diourbel, Saint-Louis et Louga pour boucler la tournée.

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