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Des voix se sont levées pour décrier le licenciement pour faute grave du journaliste congolais Jacques Matand Diyambi, en service à Bbc Afrique à Dakar. Cette sanction fait suite à une interview qu’il a accordée en novembre 2019 à l’écrivain franco-camerounais Charles Onana, auteur du livre Rwanda, la vérité de l’opération turquoise. Ainsi, dans un communiqué de presse, Reporters sans frontières (Rsf) qui n’a pas caché son indignation trouve que c’est une «décision disproportionnée et dangereuse».
Selon Assane Diagne, directeur du bureau Afrique de l’Ouest de Rsf, repris par le communiqué, «cette décision est à la fois regrettable et disproportionnée». De l’avis de M. Diagne, «si la Bbc estime que son journaliste a manqué à son devoir d’équilibre, il y avait bien d’autres façons de pouvoir lui signifier ou de faire entendre d’autres voix sans prendre une sanction aussi lourde».
Dans cette même vague d’indignation, le responsable  du bureau Afrique de Reporters sans frontières, Arnaud Froger, ne s’explique pas l’attitude adoptée par l’organe de presse la Bbc. «Il est étonnant et dangereux qu’un média international réputé pour son indépendance cède aussi facilement aux pressions qu’auraient exercées le gouvernement rwandais ; et ce, d’autant plus que la Bbc a, elle-même, été victime de la censure à grande échelle de la part des autorités rwandaises contre celles et ceux qui s’écartent du discours officiel», a-t-il dit. Selon ses termes repris par Rsf, «cette décision contribue à terroriser les journalistes qui travaillent sur ce sujet sensible. Elle traduit aussi une dangereuse exportation de la politique de répression et d’intimidation contre le journalisme indépendant menée par les autorités rwandaises».
La section Bbc du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (Synpics) n’a pas fait dans la langue de bois. D’après le communiqué, Jacques Matand, qui dirige la section Synpics de la Bbc, «est monté au créneau pour dénoncer une fuite en avant de la directrice en chef». Pour lui, elle n’assume pas son rôle de premier responsable de la diffusion de tout sujet.
Le président de l’Union nationale de la presse du Congo (Unipc) n’est pas en reste. Boucard Kasonga Tshilunde «a menacé d’inviter tous les Congolais à ne plus suivre la Bbc et les médias qui prennent le relais de ne plus le faire», fait remarquer le communiqué de presse.
Mais le plus cocasse dans cette histoire est que le secrétaire d’Etat au ministère rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, contacté par Rsf, a laissé entendre que «Kigali ne s’est jamais formellement plainte de cette interview auprès de la Bbc». Selon lui, poursuit Rsf, «c‘est un problème interne du groupe de presse britannique».
Le communiqué de Rsf rappelle qu’à la suite de la diffusion d’un documentaire sur le génocide en 1994, les programmes de Bbc en kinyarwanda sont suspendus depuis 2014. Les autorités rwandaises l’ont qualifié de régionaliste. A en croire Rsf, «l‘enquête du média britannique soulevait notamment la thèse controversée d’une possible implication du Président Paul Kagamé dans l’assassinat de son prédécesseur Juvénal Habya­ri­mana, événement ayant déclenché le génocide qui a fait plus de 800 mille morts dans le pays».

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