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La sortie de Emmanuel Macron sur la fécondité en Afrique n’émeut pas les parlementaires de la Cedeao, de la Mauritanie et du Tchad. Lors d’une rencontre régionale de haut niveau sur la démographie ce samedi à Ouaga, ils ont plaidé pour la maîtrise de la croissance démographique et demandé aux différents pays de faire baisser leurs indices synthétiques de fécondité respectifs à trois enfants au plus par femme d’ici 2030.

Depuis quelques jours, la fécondité en Afrique alimente les fantasmes et charrie des polémiques après la sortie du Président français. En répondant à une question d’un journaliste ivoirien à Hambourg lors du dernier sommet du G20 (combien les pays du G20 sont prêts à mettre dans l’enveloppe pour sauver l’Afrique ?), Emmanuel Macron avait répondu sans trembler : «Le défi de l’Afrique est différent, il est beaucoup plus profond, il est civilisationnel. Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien.» Plus de 15 jours après cette sortie très commentée, les parlementaires de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), de la Mauritanie et du Tchad ont décidé de parrainer une politique de natalité réduite à 3 enfants par femme afin de faire baisser de moitié, d’ici 2030, le taux de fécondité dans ces Etats. Ils ont pris cette position ce week-end à Ouagadougou lors d’une rencontre régionale sur la démographie.
Selon le président de la Commission de la Cedeao, Marcel Alain de Souza, cité par plusieurs médias burkinabè et l’Afp, cette politique vise à «baisser de moitié» le taux de fécondité et d’«arrimer le taux de croissance démographique, trop fort, avec le taux de croissance économique trop modéré». «La jeunesse représente les deux tiers de la population. Cette jeunesse, lorsqu’elle ne trouve pas de solutions, devient une bombe : elle traverse le désert ou la Méditer­ranée, meurt par mil­liers pour l’émigration clandestine», insiste-t-il. En écho, le président du Parlement burkinabè, Salifou Diallo, renchérit : «Les parlementaires de la Cedeao, de la Mauritanie et du Tchad ont convenu que, d’ici 2030, les Parlements devaient inciter les gouvernements à mettre en place des politiques tendant à faire en sorte que chaque femme (…) ait au plus trois enfants pour maîtriser le boom démographique.» Il ajoute en invoquant des raisons économiques : «Nous estimons que quand on a des taux de croissance économique des pays qui est de l’ordre de 5 à 6% avec un taux de fécondité située à 6 ou 7%, nous sommes dans une situation de démographie non maîtrisée et nous ne pouvons pas espérer de développement avec une telle situation», a martelé M. Diallo. Salifou Diallo estime par conséquent qu’il «est urgent de contenir la poussée démographique dans l’espace Cedeao pour promouvoir un réel développement viable et durable». Selon les résolutions de cette rencontre de haut niveau, portées par le Burkinabè, les parlementaires des différents Etats devraient adopter des stratégies afin de «faciliter un déclin rapide et volontaire de la fécondité grâce à l’accès universel à la planification familiale, l’augmentation du niveau d’éducation des femmes et le renforcement des efforts pour améliorer la survie de l’enfant».
En tout cas, cette politique antinataliste fait l’unanimité chez certains présidents de Parlement. A l’image du Béni­nois Adrien Houngbédji qui estime que «c’est à nous qu’il appartient de définir l’équilibre optimal qu’il est indispensable de trouver entre la régulation des naissances et l’amélioration de la qualité de vie de la population active». Il faut savoir que le taux de fécondité général de 5,6 enfants par femme est le plus élevé au monde. Selon les Nations unies, la population de l’espace Cedeao se situera en 2050 autour d’un milliard d’habitants, dont la moitié sera constituée de jeunes. Une bombe à retardement ou une bénédiction ? Demandez à Emmanuel Macron !
bsakho@lequotidien.sn

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