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Peu désireux de se retrouver dans une ambassade comme le lui souhaitait Macky Sall, Sory Kaba a orchestré les conditions de son limogeage, afin de se faire passer pour un martyr, faute de pouvoir en retarder l’échéance. Et le piège tendu à Macky a fonctionné au-delà de ses attentes.

Et au final, Sory Kaba a fini par piéger Macky Sall. Et d’un départ qui était acté depuis un certain moment, il a réussi à faire un «limogeage pour crime de lèse troisième mandat présidentiel». Bêtise ou calcul politique bien réfléchi ? Seul l’avenir pourra nous le dire. Mais une chose est certaine, le ci-devant Directeur général des Séné­galais de l’extérieur a joué gros.
M. Kaba se sentait gêné aux entournures depuis la nomination de Moïse Sarr au secrétariat d’Etat chargé des Sénégalais de l’extérieur. Au ministère, tout le monde savait que les deux hommes se marchaient littéralement sur les pieds, chacun voulant préserver son territoire de souveraineté. Et le ministre Amadou Ba se refusait à trancher en faveur de l’un ou de l’autre. De toutes les manières, cela avait toujours été le cas avec les différents secrétaires d’Etat chargés des Sénégalais de l’extérieur, comme Souleymane Jules Diop, Seynabou Gaye Touré, ou même avec le ministre Mankeur Ndiaye, en son temps. C’est dire que, ayant trop longtemps occupé le poste, Sory Kaba prenait ce service comme son pré carré.
Est-ce l’une des raisons qui avaient poussé Amadou Ba à opérer des changements ? En tout cas, il avait initié un projet de réforme du ministère des Affaires étrangères et des départements qui en dépendent. Dans cet ordre d’idée, il était déjà acquis que la Direction générale des Sénégalais de l’extérieur allait être ravalée au rang de simple direction. Ce qui entraînait de fait, le départ de l’actuel titulaire du poste, parce qu’il ne devait pas être lui, rétrogradé.
Le ministre des Affaires étrangères en avait fait part au chef de l’Etat qui avait donné son accord, mais avait tenu à demander que «l’on trouve un point de chute convenable» à M. Kaba. Dans l’attente de la représentation diplomatique qui devait lui échoir, Sory Kaba avait été convoqué, comme tous les chefs des services des Affaires étrangères, à la réunion de coordination qui devait se tenir le mardi 15 octobre dernier, et où devait être discuté ce projet de réforme. Il n’y a pas déféré. De même, il savait que son remplaçant désigné était déjà à Dakar, et s’apprêtait à prendre fonction.
L’attitude de défiance de Sory Kaba avait du mal à prospérer, parce que bien d’éléments se dressaient en sa défaveur. Ses relations avec les services de la Commission européenne étaient si exécrables que ces derniers ne souhaitaient plus continuer à collaborer avec lui. Les services de la coopération espagnole avaient suspendu leur appui, n’ayant plus confiance en lui. Par ailleurs, au ministère des Affaires étrangères, circulait un rapport l’incriminant sur des numéraires reçus de manière indue de la part de la diplomatie turque.
De même, au ministère, on n’avait pas apprécié qu’il mette en place, au sein de sa direction, une Cellule spéciale de passation des marchés, et il lui avait été demandé d’en suspendre les activités et de bloquer tous les marchés passés par ce biais.
Quand on additionne ces éléments au fait que Sory Kaba s’est présenté à l’émission de la Rfm sans en informer sa hiérarchie et son administration, même par courtoisie, et qu’au cours de l’émission, il se soit permis de se prononcer sur des questions comme le rétablissement du visa pour les étrangers, en prenant une position différente de celle de son supérieur hiérarchique qui est opposé à Aly Ngouille Ndiaye sur cette question, on se dit que le personnage était dans une position de défiance. Donc, sa sortie sur le troisième mandat de Macky Sall, un sujet sur lequel le président de son parti et président de la République avait demandé à ses partisans de ne plus se prononcer, «pour ne pas se laisser distraire dans leur travail», ressemble aujourd’hui, très fortement, à un piège. Comme si le personnage savait que cela allait précipiter sa chute, et lui permettre ainsi de se présenter en «martyr de la transparence»».
Et malheureusement pour la communication gouvernementale, on pourra dire qu’il a bien réussi son coup, même si cela le grille pour longtemps dans le «Macky» de l’Etat.

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