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A l’indépendance, l’Inde sous la houlette de grands hommes d’Etat visionnaires, comme Jawaharlal Nehru, choisit la voie de la laïcité, de la diversité et surtout le respect de l’Etat de droit (le plus précieux et le plus grand héritage de la tradition britannique) pour se lancer dans le combat pour le développement. Dans sa longue marche vers le développement, l’Inde s’appuya sur deux leviers : ses traditions asiatiques et l’Etat de droit. Par contre, le Pakistan, après la disparition de Muhammad Ali Jinnah, s’éloigna du grand héritage britannique de l’Etat de droit pour jouer avec le feu de la manipulation identitaire, avec l’instrumentalisation de l’islam à des fins politiques. Résultat : pendant que l’Inde, sa grande rivale historique, décollait vers l’émergence grâce à la vitalité de sa société ouverte, le Pakistan qui s’est éloigné de l’héritage de Jinnah est resté longtemps entre le marteau de l’Armée et l’enclume de l’islamisme.
Avec cette nouvelle loi qui accorde la nationalité indienne à des refugiés sauf s’ils sont musulmans, l’Inde a emprunté de commettre les mêmes erreurs que le Pakistan, il y a des décennies, en cédant à la tentation identitaire et extrémiste. Les politiciens indiens qui instrumentalisent la question identitaire pour corriger l’histoire en revenant sur le partage de l’empire britannique des Indes n’ont aucune chance de réussir. Leur grand dessein historique et politique est l’Inde pour les hindous, comme le Pakistan a été créé pour les musulmans. Ce projet utopique et dangereux n’a aucune chance de réussir pour deux raisons. La première est politique. L’Inde qui est la plus grande démocratie au monde est une société ouverte et de décennies de démocratie ont produit une opinion et une société civile très forte, qui est le plus grand rempart contre la folie des extrémistes indiens, comme le montrent les manifestations contre cette loi. La jeunesse indienne, dans sa diversité hindoue comme musulmane, manifeste pour dire au gouvernement que le combat est ailleurs et l’instrumentalisation identitaire est anachronique.
Deuxièmement, le projet est voué à l’échec pour des raisons historiques. Les nationalistes hindous veulent d’une Inde hindoue en extirpant de l’histoire et de la politique de l’Inde l’héritage musulman. Ce qui est un rêve impossible. On ne peut effacer par la politique, par l’instrumentalisation identitaire et pis encore par la loi un héritage de plusieurs siècles. L’héritage de l’empire moghol est un des piliers de l’histoire de l’Inde, comme la révolte de Cipayes. Qui peut effacer de l’histoire et de la culture de l’Inde le Taj Mahal, cet héritage moghol donc musulman, devenu un des symboles et des fiertés de l’Inde ? Le Taj Mahal que le grand poète indien, le Bengali Rabindranat Tagore, qualifia de «larme sur la joue du temps», parce que c’est un mausolée qu’un sultan édifia pour sa femme.
Les nationalistes hindous acceptent que l’Inde est plurielle, c’est-à-dire hindou, bouddhiste, farsi…, mais pas musulmane. Ce qui est une cécité historique et politique, mais l’idéologie extrême rend souvent aveugle. Et il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. L’élite politique extrémiste hindoue ne veut pas voir les musulmans, même s’ils sont 200 millions. Gandhi a payé de sa vie pour avoir souligné cette évidence : l’Inde est hindoue, bouddhiste farsi, mais elle est aussi musulmane.

1 COMMENTAIRE

  1. Vous n’êtes pas comme ces analystes politiques sénégalais qui passent tout leur temps a nous rabâcher les oreilles d’argumentaires en fonctions de leur appartenance politique. A la limite vous élevez l’analyse a un niveau de rêve pour eux. La qualité de cette page doit en faire un document de recherche. Merci beaucoup

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