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L’acte de Guy Marius Sagna ne relève pas de l’audace mais d’une irresponsabilité illimitée qui n’est imaginable nulle part en Afrique et dans les grandes démocraties.
Il n’est pas un «héros» de la démocratie et son acte peut être assimilable à celui d’un «terroriste» qui a commis un attentat contre les libertés publiques car son acte irresponsable peut entrainer des restrictions de nos libertés.
Il n’est pas un combattant de la liberté (ce qui n’a pas de sens en démocratie) mais un Daesh pour les libertés publiques.
En d’autres termes, son «courage» est un simple abus de la liberté car il est facile d’être courageux quand on est protégé par les lois et règlements qu’on bafoue. Son «courage» aurait été salué dans une dictature ; mais dans une société ouverte et démocratique c’est une distraction politico-médiatique.
Il a fallu que Y en a marre aille jusqu’au Congo pour comprendre les vertus d’une société ouverte.
Le coup d’éclat de Sagna est une stratégie dans la lutte de positionnement entre groupuscules pour le leadership de l’activisme politico-médiatique, au détriment d’un symbole qui appartient à toute la nation.
Il n’y a que dans de très grandes démocraties comme aux Etats Unis, en France et au Sénégal (qui est une exception en Afrique) que l’on peut passer devant le Palais présidentiel et même s’y photographier avec les gardes rouges, comme en Grande Bretagne avec la garde royale. Donc une grande démocratie va de pair avec une grande liberté qui est consubstantielle à une grande responsabilité.
Ce qui s’est passé devant le Palais de la République est inimaginable ailleurs en Afrique, où on ne fait qu’apercevoir les Palais-bunker de loin, et encore moins dans les grandes démocraties d’Europe et d’Amérique, où les citoyens ont intériorisé que le pouvoir de la liberté est forcément limité par un grand sens des responsabilités.
En Afrique, on ne s’approche pas des palais-bunker parce que la sécurité tire à vue. En Europe et en Amérique, on passe devant sans oser profaner le plus grand symbole de la Nation. Au Sénégal, les activistes profitent des pouvoirs de la liberté d’une grande démocratie sans en assumer la responsabilité.
Apres avoir eu l’honneur de recevoir le passeport diplomatique sénégalais, Achille Mbembe a qualifié le Sénégal de «seule société ouverte» en Afrique, se référant ainsi à «la Société ouverte et ses ennemis » de Popper. L’irresponsabilité des activistes est une menace pour la société ouverte, qui se fonde sur le respect de la loi et des règles jeu démocratique. La désacralisation des institutions et une éventuelle restriction des libertés publiques est une menace pour notre société ouverte et notre démocratie. C’est pourquoi Majorité, Opposition, Société civile et citoyens ordinaires doivent dénoncer cette irresponsabilité, surtout dans un contexte mondial de lutte contre le terrorisme où, dans beaucoup de démocraties, la liberté a été sacrifiée à l’autel de la sécurité et le Sénégal est l’une des rares exceptions où on jouit encore pleinement des deux.
Aida DIALLO

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