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«Quand un grand homme meurt, ses actions ne sont pas vaines», disait Ndongo Lô dans son dernier album intitulé «Aduna». Déthié Ndiaye en est conscient et a sorti un ouvrage intitulé «La face cachée de Ndongo Lô». Ce, pour lui rendre hommage et que les générations futures puissent se souvenir du défunt artiste afin que son œuvre ne tombe pas dans l’oubli. A travers ce livre, l’auteur retrace la vie de Ndongo jusqu’à sa mort, ses derniers jours sur terre, sa maladie et ses dernières confessions à l’aide des témoignages des parents et proches du defunt l’artiste.

Il avait eu l’idée le lendemain du décès du chanteur Ndongo Lô, mais il lui a fallu 12 ans après la disparition de l’artiste pikinois pour que Déthié Ndiaye puisse réaliser son souhait qui est d’écrire un livre sur le défunt artiste. Parce qu’avant, les prédispositions intellectuelles n’y étaient pas pour le faire. «Mais c’est trois ans en arrière que je me suis senti à le faire. Je n’ai pas attendu 12 ans, mais la bonne heure. Depuis 7 ou 8 ans, à chaque anniversaire de sa disparition, j’écris une contribution qui sort dans les journaux», explique-t-il.
Dans le livre en question intitulé La Face cachée de Ndongo Lô, l’auteur Déthié Ndiaye a essayé de retracer la vie jusqu’à la mort de l’artiste en 2005 des suites d’une maladie. Ce, depuis ses origines en allant au village natal de son père, Kheli, et à celui de sa mère, Diadji. Son parcours durant les périodes de «simb» (cérémonies de danse des faux lions) et de «mbapatt» (séances de lutte traditionnelle sans frappe) où il était accompagné de Yves Niang, un autre chanteur de Pikine, a été retracé. «J’ai mis aussi la place de la famille dans l’œuvre de Ndongo Lô. Parce que quand même dans son œuvre comme dans sa vie, on remarque que sa famille comptait beaucoup pour lui ainsi que son marabout, Serigne Fallou, et Pikine», mentionne-t-il.
Sa vie amoureuse avec sa femme, Adji Goumbé Ndiaye, les difficultés auxquelles le couple faisait face étaient aussi racontées. En outre, Déthié n’a pas laissé en rade les derniers jours de la vie de Ndongo sur terre dans cet ouvrage composé de 200 pages et tiré aux éditions Wisson qui se trouvent en Allemagne.

Des témoignages inédits
Il a révélé des témoignages inédits des proches de Ndongo, sur sa maladie et ses derniers aveux. «Trois semaines avant son décès accompagné de quelques-uns de ses amis, Ndongo gravement malade consulte un grand guérisseur traditionnel qui habite derrière Diamniadio. Le marabout demande au chanteur et à ses amis de tirer des coups de feu. Si quelqu’un tire et qu’on n’entend pas la détonation, ce sera le présage qu’un malheur le guette. Ils entrent dans la brousse. Plusieurs fois, Ndongo appuie sur la détente et aucune balle ne part. Curieusement, tous les coups de feu tirés par ses compagnons ont l’effet escompté. Subitement, tout le monde fait triste mine sauf Ndongo qui cherche à noyer le poisson», écrit-on. Ces quelques lignes de la page 162  du chapitre 9 de l’ouvrage intitulé «Le dernier voyage de Ndongo Lô, de Saint-Louis à Touba», comme d’autres d’ailleurs dans le même chapitre, plus complexes, n’éveilleraient-elles pas la tristesse chez sa famille ? A cette question, M. Ndiaye a tenu à rassurer que la famille du défunt a accueilli à bras ouverts le livre. «Ce n’était pas ce qui était prévu. Au contraire, on a voulu lui rendre un vibrant hommage. On a voulu aussi le rendre éternel, faire en sorte que les générations qui viennent se remémorent de Ndongo Lô», fait-il savoir car, ajoute-t-il, on a remarqué que le Sénégalais oublie vite. Après son décès, il y avait beaucoup de promesses, mais un an après les gens commençaient à le ranger aux oubliettes. «Je pense que sa famille est très contente. Ils ne sont pas tristes, mais fiers que cet ouvrage vienne à son heure», poursuit-il. Même si Déthié n’était pas totalement ami avec Ndongo qu’il connaissait comme ça à travers ses soirées et leurs amis en commun, il a su gagner la confiance des parents et amis proches du défunt artiste. Ce qui était un peu difficile. Et pour ne pas faire dans la dentelle, il a fait plus de 100 à 170 interviews. «Ça n’a pas été facile du début à la fin. Les gens étaient très réticents, mais avec l’aide de son manager Djily Niang, de son ami Malick, de Dj Koloss et de sa veuve, j’y suis arrivé», confie-t-il. «Ils ne voulaient pas formuler certains thèmes, mais avec le temps j’ai fini par gagner leur confiance. Parce que j’ai mis trois ans pour écrire le livre. Il y a ses amis qui étaient à l’extérieur. Je me suis déplacé jusqu’en Europe pour qu’ils me voient et aient confiance, car par téléphone ils doutaient», dira-t-il, informant qu’il a eu à interviewer le père de Ndongo Lô avant son décès. «J’ai eu la bénédiction de son père et de Serigne Abdou Karim Mbacké.»

Montrer au public ce qu’il ne savait pas de Ndongo
L’ambition de Déthié Ndiaye, en écrivant sur Ndongo Lô, est de rendre hommage à cet illustre fils de Pikine. Pour le titre, M. Ndiaye a soutenu que  c’est dû au fait qu’il a voulu montrer au public ce qu’il ne savait pas de Ndongo Lô. «Donc à travers le livre, on a essayé d’illustrer des choses qui étaient méconnues du public. C’est pourquoi on l’a choisi. Mais ce qui m’a le plus poussé à l’écrire, c’est le fait d’être né à Pikine et qu’il ait marqué l’histoire de la musique sénégalaise. Ndongo Lô avait aussi vraiment des textes très riches qui enseignaient et, avec le temps, j’ai vu qu’ils étaient en train d’être rangés dans l’oubli», constate-t-il.
Il faut noter que les fonds récoltés de la vente de l’œuvre qui est disponible dans les stations Shell, à Didactika et dans la diaspora seront remis à sa fille, une partie sera distribuée à ses frères, une autre au ministère de l’Enfance afin d’être reversée aux enfants déshérités. «Parce que Ndongo Lô aidait beaucoup les déshéritées ; donc c’est pour continuer  son œuvre. Une autre partie de l’argent servira à la construction du monument, un gigantesque monument que je vais construire à Pikine en hommage à Ndongo Lô», renseigne l’écrivain.
Pour ses projets, Déthié Ndiaye est en train de dérouler une campagne dénommée «Ndongo Lô batay» qui vise à mieux internationaliser son ouvrage. «A travers ça, on va faire le tour du monde, visiter tous les pays que Ndongo Lô a eu à visiter et faire des séances de dédicace. Ce sera en août et ça se terminera en décembre de 2018», informe-t-on.
Né à Dakar, l’écrivain Déthié Ndiaye est titulaire d’un master 2 en Politiques et négociations commerciales internationales et d’un master 2 spécialisé en banque. Doctorant en Sciences économiques à l’Université de Bordeaux, il est aussi étudiant en Relations internationales au Centre d’études diplomatiques et stratégiques de Paris (Ceds). Il est banquier multicartes et consultant international.
mfkebe@lequotidien.sn

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