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39 recommandations ont été formulées par la coalition «Idy 2019» à travers son «Rapport public sur l’élection présidentielle du 24 février 2019», rendu public le mardi dernier. Sur 58 pages, Idrissa Seck et ses alliés relèvent les «innombrables irrégularités» qui ont affecté la sincérité du scrutin du 24 février 2019.

Plus de 106 codes d’état civil «inexistants» ont été décelés dans le document du ministère de l’Intérieur à la suite de l’audit du fichier électoral par des experts de la coalition «Idy 2019». A titre d’exemple, ils révèlent avoir découvert un centre fictif à Dakar portant la codification alphanumérique 753, centre de l’avenue Emile Badiane (tantôt ministère des Affaires étrangères) et qui n’est rattaché à aucune collectivité territoriale. Dans un livre blanc de 58 pages, l’un des candidats malheureux à la Présidentielle crache sur les résultats du scrutin du 24 février, avec des «observations saillantes autour d’un hold-up électoral». Ce rapport a été présenté à la presse, le mardi dernier, au siège de Bokk gis gis, en l’absence du leader Idrissa Seck. Les lieutenants Déthié Fall, Mamadou Goumballa, Malick Ndiaye, Mamadou Diop Decroix entre autres, ont été chargés d’accomplir cette mission. Le rapport a été scindé en plusieurs parties, notamment «les actes préparatoires du hold-up, la réalisation du hold-up, les concertations sur le processus électoral, les propositions pour assurer la sincérité et l’intégrité des échéances électorales à venir, les contentieux à déclencher».
Toujours sur ce qu’ils considèrent comme des «fraudes» sur le fichier électoral, les experts ont relevé une inscription massive d’électeurs à travers des audiences foraines. Sur ce point, la commune de Boké Dialoubé dans le département de Podor a été donnée en exemple. D’après le rapport, cette commune a enregistré 381 inscriptions par audience foraine en 2013, 533 en 2014, 929 en 2015, 204 en 2016, 874 en 2017, soit un total de 2921 cas en cinq ans. Mais ils estiment que cela est «matériellement impossible. Le Tribunal départemental de Podor ne dispose bien évidemment pas de moyens matériels et humains lui permettant de traiter 2921 cas dans une seule des 22 communes du département de Podor en cinq ans». Par ailleurs, le document souligne que la Direction de l’automatisation du fichier (Daf) s’est arrogé la prérogative de créer des doublons dans le fichier électoral par apport à l’état civil, en ajoutant le chiffre 2 à la fin du numéro d’identité nationale si deux personnes détiennent le même acte d’état civil. Et il a été recensé dans le fichier électoral 155 248 doublons, c’est-à-dire des électeurs avec des Nin à 14 et non à 13 chiffres. Le rapport conclut que toutes ces personnes constituent des électeurs fictifs. Autre chose soulevée par les experts, c’est l’inscription massive à Goudiry, à partir de faux extraits. «Ce qui frappe avec les résultats de Goudiry lors de la Présidentielle de 2019, c’est qu’alors qu’il n’y a eu que 4973 nouveaux votants, le score de la coalition au pouvoir est passé de 13743 à 28756. Pire, le score obtenu par la coalition Taxawu Sénégal en 2017 (6474), représentée à la présidentielle de 2019 par la coalition Idy 2019, a paradoxalement baissé, avec seulement 1964 voix, soit une baisse de 4510 voix ! Donc, l’arrivée de nouveaux votants et l’augmentation du taux de participation n’a profité qu’à la coalition au pouvoir. Ce qui suffit à montrer à travers cet exemple de Goudiry, le caractère purement artificiel des résultats de ce département», a remarqué Idy 2019. D’ailleurs, le rapport considère que le transfert d’électeurs sur la base de faux extraits de naissance a été noté dans plusieurs autres départements.
D’après les investigations des enquêteurs de Idrissa Seck, il a été retrouvé sur des cartes, des lieux de naissance portant mention Sénégal tout court sans autre précision. En plus, s’indignent-ils, des numéros de carte d’identité antérieurs à la création du centre d’état civil ont été vus. A titre d’exemple, à Keur Massar, il y a eu des milliers de numéros de cartes d’électeur antérieurs à 1996, date de création des centres secondaires d’état civil.
Le directeur de la Daf, Ibrahima Diallo, a également reçu sa dose. Il lui est reproché d’avoir «participé à corrompre toute la branche informatique du processus électoral. C’est dire donc que monsieur Diallo a servi insidieusement à réaliser toutes les manipulations techniques sur le fichier et est au service exclusif du régime en place qui tenait systématiquement à le conserver». Et le président du Conseil constitutionnel, Pape Oumar Sakho, lui également, a été accusé de délit d’abus de pouvoir manifeste au moment du contrôle des parrainages. «Aujourd’hui, le Conseil constitutionnel sénégalais, c’est précisément le contraire de l’Etat de droit et de la démocratie, c’est une juridiction qui légifère et un juge qui applique les volontés de monsieur Macky Sall», affirment Idy et Cie. Le ministre de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, qui a autorisé en toute «illégalité» des électeurs n’ayant pas retrouvé leur nom sur la liste d’émargement à voter, en a eu pour son grade.
Après la frustration, la coalition Idy 2019 s’est résolument tournée vers l’avenir en proposant 39 recommandations pour les prochaines échéances électorales. Ainsi, elle demande la révision de la Constitution pour démocratiser la nomination des membres du Conseil constitutionnel, dont deux devraient être nommés par l’opposition. Relever Ibrahima Diallo de ses fonctions du fait de sa situation de retraité depuis 2015, la suppression du parrainage pour les partis politiques à toutes les élections, la nomination du directeur de la Daf qui devrait se faire par appel à candidature et après avis favorable de l’Assemblée nationale et pour une durée non renouvelable, figurent aussi parmi les suggestions. Sans oublier, la demande d’audit intégral et indépendant du fichier électoral et le vote anticipé des militaires, magistrats et journalistes au moins une semaine avant le scrutin, afin de lutter contre la distribution massive et incontrôlée d’ordres de mission.
msakine@lequotidien.sn

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