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Amadou Ba, ministre de l’Économie et des finances.

Le poids des différents engagements pris par le gouvernement pour apaiser un front social en totale ébullition cette année se combine aujourd’hui aux tensions sur le baril du pétrole. La Loi de finances rectificative (Lfr) qui a été présentée hier à l’Assemblée nationale reflète cette situation. Elle s’établit en effet à 3 774,7 milliards de francs Cfa contre 3 709,9 pour la Loi de finances initiale (Lfi), soit une hausse de 65,6 milliards dont les 50 concernent la masse salariale.

Pour calmer les tensions sur le front social, l’Etat du Sénégal a accordé d’importantes compensations financières aux travailleurs grévistes. Ces mesures plombent aujourd’hui considérablement le budget du pays. C’est ce que révèle la Loi de finances rectificative (Lfr) adoptée hier par les députés, lors d’une session plénière. Celle-ci qui s’établit à 3 774,7 milliards de francs Cfa contre 3 709,9 pour la Loi de finances initiale (Lfi) connaît une hausse de 65,6 milliards, soit 1,77%. Cette hausse porte essentiellement sur la masse salariale des agents de l’Etat qui croît de 50 milliards de francs Cfa, soit une hausse de 7,9%. Et pour tenir ses engagements, le gouvernement a écorné certaines dépenses. «II s’agira de tempérer le niveau ainsi que le rythme des investissements financés sur ressources internes dont l’enveloppe va baisser de 112,6 milliards», note le rapporteur. Mais le ministre de l’Economie, des finances et du plan précise qu’il s’agit pour l’essentiel de nouveaux projets n’ayant pas encore démarré ou ceux en cours et qui ont un avancement timide.
D’un autre côté, la hausse du prix du baril du pétrole qui tourne autour de 75 dollars actuellement pèse sur les finances publiques à hauteur de 166,2 milliards. Selon les précisions de Amadou Ba, il s’agit de la compensation tarifaire de 52 milliards à la Senelec et 14 autres aux distributeurs de produits pétroliers au titre des pertes commerciales. Au total, «l’Etat devait à la Société africaine de raffinage (Sar) 37,2 milliards à la fin 2017 auxquels s’ajoutent les 60 milliards qu’il devra payer pour les mêmes raisons en 2018». Toutes ces dépenses creusent davantage le déficit budgétaire qui passe de 367 milliards à 475,7 milliards, soit une hausse de 108,7 milliards et 0,6 points en valeur relative. Aujourd’hui, le déficit se situe à 3,5% contre 2,9% en 2017. Et il convient de noter que les recettes fiscales connaissent une baisse de 65,2 milliards pour s’établir à 2 145,8 milliards de francs Cfa. De même, les ressources internes passeront de 2 439,8 milliards à 2 396,7, soit une baisse de 43,1 milliards de francs Cfa.

Les acquis des grévistes
Globalement, ce sont les engagements de l’Etat pour mettre fin aux grèves cycliques dans les secteurs de l’éducation et de la santé qui pèsent sur le budget à un moment où la hausse du prix du baril a rendu nécessaire l’augmentation des compensations faites par l’Etat pour maintenir les prix de l’électricité et ceux du carburant. Il s’agit aussi de la régularisation immédiate des arriérés d’indemnité pour les heures supplémentaires du secteur de la santé pour 675 millions, la sécurisation totale des salaires des contractuels de la santé pour 1 milliard, la prise en compte de l’augmentation des indemnités dites globales de 1,7 milliard et aussi pour des raisons d’équité au profit des secteurs de la justice et de la sécurité pour 1,4 milliard. Dans le secteur éducatif, les efforts de l’Etat concernent une allocation supplémentaire de 23 milliards pendant trois ans, afin de régler définitivement la question des rappels des enseignants et l’augmentation à partir d’octobre de l’indemnité de logement des enseignants qui va passer de 60 à 75 mille francs par mois. Il s’y ajoute la prise en charge de l’incidence financière de la réforme du régime de retraite des enseignants du supérieur dans le but de leur octroyer des pensions plus favorables, mais aussi de l’augmentation du montant des bourses et aides sociales des étudiants qui passent de 18 mille et 36 mille à 20 mille, 40 mille et 65 mille F pour 6,5 milliards et 1,8 milliard au titre de la baisse des prix des tickets.
Le secteur sécuritaire n’est également pas en reste, puisqu’il est prévu 8,4 milliards pour l’alimentation et le paquetage de 1 000 auxiliaires de police et 1 370 élèves gendarmes. L’acquisition d’avions et d’équipements de transport pour la gendarmerie, les forces de police et la lutte contre le terrorisme se chiffrent, quant à eux, à 15,6 milliards de francs Cfa.

Relèvement des pensions des hauts fonctionnaires
Les hauts fonctionnaires de l’Etat, inspecteurs généraux, hauts gradés de l’Armée et Professeurs d’université peuvent pousser un ouf de soulagement. Hier, l’Assemblée nationale a adopté un projet de loi abrogeant et remplaçant certaines dispositions du Code des pensions civiles et militaires de retraite. Cette nouvelle loi permet en effet d’atteindre un taux de remplacement de 45% pour ces corps. Selon le ministre de l’Economie, des finances et du plan, Amadou Ba, entre 2000 à 2011, beaucoup d’indemnités n’ont pas été ajoutées au calcul de la pension pour ces corps de l’Etat. Une revendication des enseignants du supérieur notamment qui trouve un aboutissement heureux.
mamewoury@lequotidien.sn

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