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Deux dieux de la scène pour un des concerts les plus chaleureux du Festival de jazz de Saint-Louis. D’abord Lokua Kanza avec sa guitare, sa voix et cette petite magie qu’il sert avec douceur. Puis Marcus Miller, avec son petit galurin sur le crâne, sa fender bass en main, T-shirt noir et jean… Pour le reste, cela ne se raconte pas si bien. Il faut le vivre.

En l’invitant, pour sa 25e édition, à offrir un concert très intimiste, le Saint-Louis Jazz a frappé un grand coup. Lokua Kanza à la place Faidherbe était majestueux. Guitare en bandoulière, il a, en une heure, partagé une savoureuse sélection de son riche répertoire. Le public était transpercé, scotché sur des sièges pour mieux ressentir la douceur de sa voix paisible et caressante. Cette voix qui monte et descend dans un style assez soft. Lui, Lokua Kanza, en véritable maître de scène, fait voyager son auditoire vers diverses contrées africaines, avant de poser sa valise pour des rythmes typiquement congolais. Un vrai régal qui permet de (re) goûter à des mélodies puisées de ses différents albums : Wapi Yo (Bmg), Toyebi Te, Plus Vivant, Nkolo… Lokua Kanza n’a pas déçu. Au contraire…. Il termine sa prestation sous les ovations du public conquis.
En réalité, sur scène, Lokua Kanza avait des airs d’un petit roi qui est tout beau, tout simple avec une voix suave. La dimension dramatique de ses chansons charme son auditoire. De sorte qu’on se surprend d’ailleurs à siffloter chacun de ses titres où viennent se mêler la flûte et l’harmonica. L’ex-arrangeur de Papa Wemba et de Manu Dibango est non seulement une virtuose mais il se révèle être surtout l’une des pierres angulaires de l’édifice culturel africain. Lokua a marqué les esprits. Saint-Louis ne l’oubliera pas de sitôt. L’artiste congolais pense, lui aussi, revenir bientôt, pour proposer son prochain album. Le rendez-vous est donc pris.

Marcus, le jazz dans les os
Quant à Marcus Miller, après son faux bond de l’an dernier, le jazzman américain est venu présenter un spectacle de haute facture. Il a comblé l’attente des férus de jazz, prouvant que sa réputation n’est pas usurpée. Sous son éternel chapeau noir, il a véritablement sorti de ses tripes ce qu’il avait en lui : le jazz pur et dur. En réalité, ce jazzman, au fil du spectacle, a fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire durant des siècles. Avec à la clé les souvenirs de son mentor : Miles Davis.
Marcus Miller a surtout proposé à son auditoire, diverses compositions de sa dernière production Afrodeezia (Blue note records). Cet album, constate-t-on, «fait largement appel aux traditions ancestrales africaines, mais aussi caribéennes et sud-américaines». Il faut dire que c’est après son passage au Sénégal en 2012, qu’il a été inspiré et a produit Afrodeezia. Les tubes qui le composent confirment sa réputation de génie du jazz.
Profondément ému par sa découverte de Dakar, et notamment par sa visite de l’île de Gorée, il avait, dit-on, pris conscience du lien indestructible qui unit les Afro-Américains à la terre de leurs ancêtres et a réalisé cet opus qui révèle son militantisme pour la cause africaine.

Le souffle Souleymane Diamanka
Pour ce spectacle très attendu, le plus funky des bassistes, Marcus Miller, avec la moue rigolote et la gestuelle qu’on lui connaît, dialogue avec les notes, joue à la guitare avec une dextérité qui laisse sans voix, à l’image de celui qui l’a toujours inspiré, Miles Davis. Il improvise et parle de l’Afrique et du Sénégal avec une émotion qui met le public en transe. Du jamais vu sur la scène du Saint-Louis jazz. Et lorsque le Franco-Sénégalais, Souleymane Diamanka, «le gardien slameur de la mémoire peule», monte sur scène pour offrir musicalement à Marcus, la «teranga sénégalaise», l’instant devient magique. Un instant de poésie  et d’un romantisme à donner des frissons. Les mots de cet artiste résonnent comme des notes de trompette, pour dire en rimes tout le bonheur et le sentiment du Sénégal entier.
Avec une phrasée fluide et toujours en mouvement à l’image du fleuve qui traverse Saint-Louis, la «poésie parlée» de Souleymane Diamanka, déclamée avec une voix grave et une envoûtante chaleur, convainc à l’idée que le jazz n’est finalement ni une musique élitiste ni une musique de vieux. La musique de Marcus Miller en est aussi une preuve palpable. Une affiche à remettre absolument !

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