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Le Palais de justice de Louga a refusé du monde hier dans le cadre du procès du maitre coranique et ses présumés complices. Serigne Cheikhouna Guèye, qui avait enchaîné des enfants talibés, risque 2 ans dont 2 mois ferme. En attendant le verdict prévu le 4 décembre prochain, le Palais de justice de Louga a été saccagé par les souteneurs du marabout.

Que reste-t-il du Palais de justice ? Un bâtiment nu où a eu lieu le procès du maitre coranique Cheikhouna Guèye et ses 5 présumés complices, jugés par le Tribunal de grande instance dans l’affaire dite des talibés enchainés de Ndiagne, dans l’arrondissement de Kok, qui risquent 2 ans dont 2 mois ferme. Un réquisitoire qui a plongé les soutiens du marabout dans une colère noire. Ils saccagent le mobilier, les baies vitrées et éructent des menaces, entonnent des slogans à la gloire du maitre coranique. Sans oublier plusieurs blessés. Vers 12h 40. Le procureur termine son réquisitoire, le juge met l’affaire en délibéré jusqu’au 4 décembre, après avoir rejeté la demande de liberté provisoire introduite par les avocats de la défense. Soudain, ses souteneurs, venus d’un peu partout à travers le pays, font irruption dans le Tribunal, forcent les portes qui étaient barricadées par les Forces de l’ordre. Mais, elles n’ont pas pu contenir la foule furax qui voulait laver l’affront. Finalement, les éléments de la gendarmerie sont venus en renfort pour essayer de calmer les partisans du marabout, qui voulaient solder leurs comptes avec la justice. Ils scandent en chœur : «Libérez Khadim Guèye.»
2 ans dont 2 mois ferme
Il a fallu l’intervention du marabout, Serigne Mouha­madane Mbacké ibn Serigne Mourtalla Mbacké, pour calmer l’ardeur des talibés, qui entonnent des khassaïdes et réclament la libération des prévenus. En compagnie d’une forte délégation, le guide religieux a eu un long tête-à-tête avec les autorités judiciaires de Louga mises sous pression.
C’est une histoire qui relègue au second plan les délits reprochés à M. Guèye, qui s’est défendu de ce qu’on lui reproche dans une salle bondée, à savoir mise en danger de la vie d’autrui, violence et voie de fait et complicité. Les faits qui lui sont reprochés remontent au vendredi dernier. Ce jour-là, un élève de l’école coranique qui tentait de fuguer, les jambes enchaînées, a croisé, sur son chemin, des inconnus non loin du village de Guet Ardon distant de quelques kilomètres de Ndiagne.
Interpellé, le talibé a expliqué sa mésaventure. Ils ont photographié et posté les images sur les réseaux sociaux. Suffisant pour que le procureur saisisse la gendarmerie de Coki pour faire une descente sur les lieux et procéder à l’arrestation du maitre coranique et plus tard de son soudeur et de six membres de la famille du jeune talibé.
Cette affaire est un caillou dans la chaussure du ministre de la Justice, Garde des sceaux, car au plus haut sommet de l’Etat, frappé au cœur, on essaie de trouver une solution à cette affaire, qui passionne finalement tous les foyers religieux. Mardi, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké avait reçu une délégation des maitres coraniques, qui lui ont demandé son appui. Il disait : «Je pense comme vous. J’attends juste la décision de la justice par rapport à ce cas précis et je saurai quoi faire. Soyez rassurés, ils vont faire ce que nous voulons ou on change de position parce que trop c’est trop. Pour le cas du maître coranique si la décision de la justice est clémente temps mieux au cas contraire, nous allons prendre nos responsabilités.» De toute façon, son avis définitif sur la question est attendu après la lecture du verdict du Tribunal, qui est prévue le 4 décembre prochain. «On va alors organiser une large concertation avec les acteurs de l’éducation coranique où nous dirons nos attentes. Des attentes qui seront respectées même si elles nécessitent d’être portées à l’Assemblée nationale ou à la Présidence. Parce que c’est une affaire de pays et nous sommes à 95% des musulmans donc il faudrait prendre en compte nos valeurs car nous n’avons que l’islam», estimait le patriarche de Touba.

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