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Louise Cord, Directeur des opérations de la Banque Mondiale au Sénégal.

Les autorités sénégalaises ne cessent d’exhiber les nouvelles infrastructures que sont le Train express régional Dakar-Aéroport international Blaise Diagne ou encore la mise en activité de la compagnie aérienne Air Sénégal Sa. Mais il semble bien que ces projets ne fassent pas l’unanimité. La directrice des Opérations de la Banque mondiale, Mme Louise Cord, a laissé échapper sa désapprobation pour certains de ces projets à l’occasion de la présentation du Livre blanc de la Banque sur les transports et la logistique.

Le Sénégal a initié ces dernières années de grands chantiers d’infrastructures tels que l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd), le Train express régional (Ter) ou l’autoroute Ila Touba. Si les autorités exhibent fièrement ces réalisations, elles sont loin de faire l’unanimité. Lors de la présentation du Livre blanc de la Banque mondiale sur les transports et la logistique au Sénégal, la directrice des Opérations de la Banque mondiale au Sénégal, Mme Louise Cord, a laissé échapper sa désapprobation pour certains de ces projets. Selon Mme Cord, les projets de Ter reliant Dakar à l’Aibd, le projet de nouvelle compagnie aérienne Air Sénégal Sa, mais aussi le projet de ligne ferroviaire à grand écartement entre Dakar et le Mali «ne sont pas nécessaires». Ces projets qui nécessitent de gros investissements – par exemple l’achat d’avions pour le démarrage d’Air Sénégal Sa – ne convainquent pas la banque qui a d’ailleurs choisi de ne pas participer à leur financement. Selon Mme Cord, des doutes pèsent sur la rentabilité de ces projets alors même que des régions entières du pays souffrent de l’enclavement. «Est-ce que ça vaut le coût ?», s’est interrogée Mme Cord. Selon la directrice des Opérations de la Banque mondiale, «le danger c’est d’avoir beaucoup de projets, mais qui ne sont pas rentables et qui, de ce fait, demandent des investissements supplémentaires pour leur maintenance».
Auteur du Livre blanc, Eric Lancelot, responsable sectoriel Infrastructures et développement durable de la banque, précise que celle-ci a, quant à elle, opté pour le projet de bus rapides. «Le Ter, c’est un projet sur lequel la banque n’a pas forcément été associée. La banque s’était plutôt focalisée sur un projet de bus rapides, un projet important et structurant pour l’amélioration de la gestion du trafic de la ville de Dakar et qui devrait donner lieu à des projets du même type pour faire basculer le transport de l’usage de voitures particulières vers du transport en commun», dit-il.
Le Livre blanc initié par la Banque mondiale vise, selon Mme Cord, «à examiner les atouts et les contraintes du secteur des transports et de la logistique au Sénégal».

Manque de vision globale dans les transports et logistique
Il faut dire que selon l’indice développé par la Banque mondiale, notre pays n’est pas très bien placé. «Tous les deux ans, la Banque mondiale publie un indice de performance logistique qui fait le benchmark entre les différents pays du monde. Il y a 160 pays qui sont évalués pour analyser un certain nombre de paramètres sur l’efficacité du transport et de la logistique dans le pays. En 2016, le Sénégal n’était pas parmi les meilleurs. Mais il y a beaucoup de pays qui se retrouvent dans une fourchette assez étroite. Le plaidoyer, c’est que pour être à l’avant de la scène, le Sénégal devrait s’atteler à l’efficacité de l’ensemble du secteur des transports et de la logistique», souligne Eric Lancelot. L’expert diagnostique en effet un manque de vision stratégique. «Il y a beaucoup de visions sectorielles pertinentes. Ce qui manque, c’est une vision globale qui implique des infrastructures selon leur secteur, mais également l’ensemble des infrastructures de façon multimodale la route, le port etc. Il faut aussi une bonne articulation sur la question des services logistiques. Le transport, ce n’est pas les infrastructures seulement, c’est aussi tous les services de gestion».

mamewoury@lequotidien.sn

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