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Nous voici devisant avec des Montalbanais de toutes sortes, gens fins et subtils, très avertis du fléau dont nous recher­chons les causes, le dénonçant, le déplorant même, le vitupérant, le décrivant, l’analysant, l’exécrant, l’accablant d’imprécations, mais s‘en tenant là. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde)
Le phénomène de l’émigration clandestine s’est peu à peu installé dans l’imagerie collective des jeunes africains depuis les années 1996, où il a été noté les premières arrivées de migrants à travers la Méditerranée au sortir des années d’ajustement structurel qui ont rétréci le marché de l’emploi et de la dévaluation du franc Cfa qui a fini de convaincre cette masse de chômeurs, rejetons des institutions de Bretton Woods que leur avenir n’était plus assuré sur le continent.
De 1996 à 2001, l’irruption de «l’immigration» dans la politique intérieure en Europe, avec la montée en puissance des parties nationalistes, a entrainé des restrictions drastiques sur les entrées dans l’espace Schengen avec pour effet de piéger les clan­destins entre Ceuta et Manilla, enclaves espagnoles, servant de tête de pont à l’offensive sur les frontières européennes et en même temps de premières lignes de défense contre la déferlante venue du continent.
Après le 11 septembre, redoutant les effets pervers d’une immigration au forceps susceptible de charrier un désordre dont les spécialistes du terrorisme international pourraient tirer profit, l’Europe, dans un réflexe sécuritaire, a progressivement sanctuarisé l’émigration clandestine dans les pays riverains du bassin Méditerranéen, no­tamment la Libye et dans une moindre mesure, la Tunisie.
A partir de ce moment, l’émigration est entrée dans sa phase asymétrique, avec pour conséquence la recherche effrénée de voies de contournement vers l’Euro­pe à bord d’embarcations de plus en plus petites pour échapper aux contrôles du «Frontex» abandonnant une masse de plus en plus importante de candidats à l’émigration à quai.
Le Printemps arabe de 2011 et surtout la chute de Kadhafi, qui a laissé la Libye aux mains de forces occultes, a ouvert la boite à pandore, piégeant les milliers de clandestins entre les contrôles des frontières extérieures de l’Europe et les groupes armés sans foi ni loi qui contrôlent des pans entiers du pays.
Ce qui devait arriva avec la maltraitance, les viols, les assassinats de noirs souvent considérés dans la tradition arabe comme «des moins que rien», taillables à merci comme dans la nuit des temps, où les bourreaux de Kadhafi ont précipité la Libye.
Pendant ce temps, l’Afri­que reste dans son exercice favori, la politique de l’autruche, laissant aux Euro­péens le soin de déployer des trésors d’énergie pour régler leur problème avec les migrants.
Il fallut (comme ils savent si bien le faire) un reportage de Cnn, considérée comme le «quinzième membre du Conseil de Sécurité», pour que l’Afrique sorte de sa torpeur et comme d’habitude, ceux qui se sont tus pendant si longtemps, s’emparent du crachoir pour s’épancher sur une crise qu’ils ont vu venir, s’installer, se envelopper et se transformer en fléau des temps modernes sans lever le plus petit doigt.
Prenant cette occasion au vol, l’Ua se décide enfin à organiser avec les partenaires européens, un sommet sur la crise après tant d’années de mutisme. Basta !
Mais que faut-il donc faire aujourd’hui pour éviter que la prochaine rencontre ne soit qu’un sommet de plus ?
En tous cas, jamais une si belle occasion n’a été offerte à l’Ua pour mettre en œuvre les dispositions de l’Archi­tec­ture paix et sécurité en Afrique (Apsa) et la crédibiliser aux yeux des peuples africains.
L’Apsa prévoit le déploiement de forces militaires pour faire cesser les violations des droits de l’Hom­me.
Le problème des migrants est le cas typique du «Sce­nario 6 » qui dispose qu’en cas de «violation grave des droits de l’Homme, de génocide» l’Ua peut, par engagement subsidiaire, agir conformément aux dis­po­sitions du l’Article 4 (h) de l’Acte constitutif de l’union, par la mise en œuvre de la Capacité africaine de réponse immédiate aux crises (Caric), groupement tactique de 1 500 hommes, dé­ployable en 10 jours, conçu comme un mécanisme transitoire en attendant l’opérationnalisation de la Force africaine en attente (Faa), annoncée en avril 2013.
La Caric met l’accent sur la capacité militaire, en s’appuyant sur quelques Etats membres dotés d’une capacité militaire éprouvée, au lieu d’inclure des forces de chaque Etat membre, ce qui lui confère une plus grande réactivité face à la dynamique des crises en Afrique.
Dans le contexte actuel, cette force de réaction peut s’appuyer sur les forces régulières libyennes, les unités tchadiennes ayant fait leurs preuves lors de «l’Opération Fatim» (Force ar­mées tchadiennes au Mali) en soutien à «Serval» pour chasser les «Djiadistes» de Tombouctou et Gao et exploiter le succès dans la profondeur en ratissant de larges espaces occupés au Nord Mali, les forces armées sénégalaises, ghanéennes, nigérianes, algériennes dont les autorités ont montré un vif intérêt à soutenir la «Caric».
Cette force serait déployée pour pourchasser, arrêter et mettre hors d’état de nuire les groupes armés et créer des «safe haven» pour les  «otages» libérés qui se­raient pris en compte en base arrière dans des zones de transit par des «humanitaires» puis évacués dans des camps aménagés dans les pays limitrophes (Algé­rie, Niger, Tchad, Soudan) en attendant les opérations de rapatriement ou de réinstallation dans des pays d’accueil avec pour nom de code «Amistad» qui évoque l’histoire de ce navire utilisé par des Espagnols dans la traite des Noirs aux Ca­raïbes, et dont le capitaine a été tué lors d’une mutinerie par des captifs africains en 1839, qui seront ensuite acquittés suite à un procès devant la Cour suprême des Etats-Unis et renvoyés en Afrique avec le soutien de l’opinion publique américaine favorable à l’abolitionnisme.
Les capacités existent, à l’image de l’Ouganda en Somalie et du Tchad au Mali, les compétences ne font pas défaut et il n’est donc nul besoin d’attendre la France ou les Etats-Unis, qui viendront en soutien pour le «renseignement» et la logistique des opérations d’évacuation et de rapatriement.
Le temps presse, le Rwanda est un exemple des conséquences désastreuses d’une attitude trop attentiste et les opérations «Licorne» en Côte d’Ivoire face à l’offensive des «Forces nouvelles», «Serval» face aux «Djihadistes» du Nord Mali, «Sangaris» en Rca sont là pour montrer combien les choses peuvent aller vite quand les intérêts de la France en Afrique sont en jeu.
Pour une fois, nos chefs d’Etat peuvent faire preuve de leur capacité à assumer leur titre de «chefs des Armées» pour sauvegarder la dignité d’Africains piétinée sur leur propre sol !
Le sommet des chefs d’Etat c’est peut-être pour demain …et le temps d’agir c’était hier !

Colonel (er) Mamadou ADJE
Expert des «Affaires Civiles»
Spécialiste «Information de défense»
Facilitateur West African Disaster Preparedness Initiative (Wadpi)
makoumba4@yahoo.fr

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