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Rien de ce que je dirais ici ne pourrait être retenu contre moi. Ce n’est que pure spéculation d’un homme divorcé, désenchanté par le mariage. Je pense que l’union de deux personnes qui s’aiment, qui ont un projet de vie commun, est magnifique, mais c’est une pure utopie. Maintenant à l’engagement, chacun y va de ses motivations, qui peuvent reposer sur des fondements solides, réalistes et raisonnables ou plutôt des motivations sans fondement. Tu t’es marié pourquoi ? As-tu épousé le profil qui te correspondait ou plutôt la gentille petite fille rangée du coin, le fameux modèle de femme à épouser ?
Le mariage a bon dos mon ami. Interroge plutôt tes motivations et choix, la réponse sera de ce côté. Avis d’inexpert. Il y a que je suis quelqu’un de très libre et il y a beaucoup de contraintes dans le mariage. Bizarrement, ce qui me plaît le moins dans la vie conjugale, c’est qui semble faire plaisir aux autres : l’idée qu’on s’occupe de toi, qu’on te range tes habits, qu’on te serve ton repas. Les femmes sont conditionnées pour être heureuses dans la servitude, les hommes se complaisent dans ce bichonnage. Autant épouser sa bonne.
Quand tu es en couple, tu n’as plus le droit de garder le silence… La femme à côté se croit obligée de parler et toi quand tu n’ouvres pas la bouche, on pense que t’es fâché…
Et moi qui avais l’habitude de me parler tout seul dans ma chambre ou de lire tes livres à voix haute… Oui franchement, mais le mariage te fais entrer dans un jeu de rôles… Je me comporte comme mon père sans m’en rendre compte… On est formaté par des siècles d’éducation.
Je comprends pourquoi les gens prennent une deuxième femme… C’est pour desserrer l’étau. Ce face-à-face est usant. C’est paradoxal, on se lie deux fois pour être plus libre.
Pour les femmes éprises de liberté comme toi, la polygamie est géniale. Avoir un mari à mi-temps et à côté gérer ta vie tranquille.
J’ai compris maintenant : une réalisatrice de télé m’a dit qu’elle est heureuse comme troisième femme. Il y a des formats où tu trouves du temps pour toi-même. Et ce n’est pas plus mal.
Il faut accepter ne pas être toujours heureux. L’ennui fait partie d’une vie à deux ; tout comme le doute est dans la foi. Etre toujours heureux est impossible. Moi avec soi, on a des sauts d’humeur. Un jour t’es fier de toi, un autre jour tu as envie de te casser la tête à coup de hache, alors que t’as la même tronche depuis toujours.
Le bonheur perpétuel n’existe pas. Les moments de bonheur sont des moments rares. C’est pourquoi ils sont précieux, il faut savoir les détecter et les apprécier. Le problème, ce n’est pas l’ennui, c’est accepter l’ennui.
En toute chose il faut savoir apprécier les deux côtés. Le bon pour en profiter, le mauvais pour apprendre davantage. On ne peut pas attendre de l’autre ce que l’on ne se donne pas : la constance. On est drôle et intéressant un jour, ennuyant et chiant un autre. Et that’s life.
Donc arrête de culpabiliser le mariage, le problème ce n‘est pas lui, c’est nous. On a créé le mariage à un moment où le bonheur individuel n’existait pas. Le couple légal est juste un instrument d’harmonie sociale. La société a besoin de règles, d’ordre, de repères, de lois. Tout ça, c’est synonyme de routine, d’ennui.
Notre liberté dépend de notre capacité à respecter l’ordre social, être libre à deux c’est possible ; le bonheur à deux, c’est plus compliqué.
Mais ces choses ne sont pas inamovibles. Et heureusement. On confond souvent. En te mariant, cherche plus la liberté que le bonheur. Est dans l’erreur fatale celui ou celle qui arrime son bonheur à l’autre. Le bonheur est une affaire strictement et égoïstement individuelle. Pour être heureux à deux, il faut d’abord être en phase avec soi-même. Ce que beaucoup ne sont pas. Le miracle n’existe pas. On n’est pas mieux à deux si on ne s’aime pas seul.

Par Abdou Rahmane MBengue

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