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Beaucoup d’informations ont circulé sur la maladie Covid-19 notamment sur les facteurs de risque et de traitement de la maladie. D’emblée, il est important de préciser que la maladie Covid-19 n’a pas de traitement étiologique mais un traitement symptomatique.
Dans ce flot d’informations qui submergent le monde comme une vague de tsunami et de discours contradictoires de la communauté scientifique, il y a des points sur lesquels tout le monde est tombé d’accord : l’âge et la comorbidité sont des facteurs de risque de létalité de Covid-19.
L’industrie et ses alliés ont mis en évidence plusieurs études qui font état d’une sous-représentation des fumeurs patients sous Covid-19 et qui émettent l’hypothèse d’un rôle thérapeutique de la nicotine chez les patients sous Covid-19.
Or, il est mondialement reconnu que le tabagisme est un facteur de risque pour la progression de la maladie de Covid-19, les fumeurs ayant plus de chances de voir leur Covid-19 progresser que les personnes n’ayant jamais fumé. Sur ce, les médecins et les professionnels de la santé publique devraient recueillir des données sur le tabagisme dans le cadre de la gestion clinique et ajouter le sevrage tabagique à la liste des pratiques visant à atténuer la pandémie de Covid-19.
Par ailleurs, l’industrie du tabac a investi dans des sociétés de biotechnologie et des produits pharmaceutiques. Ken­tucky BioProcessing, une filiale à part entière de British American Tobacco (Bat), a une histoire de développement de médicaments. La société a été rachetée par R.J. Reynolds en janvier 2014 et a attiré l’attention du public plus tard avec son médicament ZMapp Ebola. La société tente actuellement de produire un vaccin à partir de plants de tabac.
En ce qui concerne Philip Morris International (Pmi), il détient une participation de 40 % dans Medicago et tente également de produire un vaccin Covid-19 à partir de plantes apparentées au tabac. (Université Barth)
L’industrie du tabac a utilisé depuis longtemps la «responsabilité sociale des entreprises» (Rse), qui fait référence à la pratique des entreprises utilisant des normes de performance sociale volontaires et des investissements, comme stratégie pour gagner en légitimité, accroître la confiance du public et faire progresser ses intérêts commerciaux.
La Rse est également utilisée comme une stratégie par l’industrie du tabac pour faciliter son accès physique aux décideurs politiques, briser l’opposition à ses intérêts commerciaux et promouvoir une réglementation basée sur le volontariat.
Naturellement, l‘industrie du tabac met toujours un point d’honneur à annoncer les dons faits à la suite de catastrophes dans le monde entier. Entre 2018 et 2020, Philip Morris International (Pmi) et Japan Tobacco International (Jti) ont inclus dans leurs rapports d’entreprise, des dons destinés à l’aide aux victimes de catastrophes dans plus de 18 pays.
Au Sénégal, Philip Morris, pendant les inondations survenues en 2008, a fait un don de motopompes au Groupement national des sapeurs-pompiers. Et selon sa déclaration à la presse, ce don visait à soutenir les efforts du gouvernement aux sinistrés.
La pandémie du Covid-19 ne fait pas exception aux tentatives historiques de l’industrie du tabac de profiter des catastrophes pour promouvoir son propre programme, ses produits de Rse, soigner son image, et montrer qu’elle est sensible et a un bon cœur.
Un problème majeur qui a été constaté durant cette pandémie du Covid-19 a été le manque d’équipement de protection individuelle (Epi) et de désinfectant pour les mains. Il s’agit d’un problème particulier dans les pays à revenus faibles. L’industrie du tabac a profité de cette situation pour redorer son image en faisant des dons de ventilateurs, d’Epi et de désinfectant pour les mains au Bangladesh, au Nigeria et aux Philippines.
En effet, l’industrie du tabac investit dans un large éventail de causes, notamment dans des Ong, des universités et des institutions artistiques qui s’occupent de durabilité, d’environnement et de droits de l’Homme.
L’Oms dénonce l’implication de l’industrie du tabac dans la Rse comme étant «une contradiction inhérente». L’article 5.3 de la Convention-cadre de l’Oms pour la lutte antitabac (Cclat) interdit explicitement ce type d’activité et sa promotion. Elle met en garde les gouvernements contre toute collaboration avec l’industrie du tabac.
Le Sénégal est Partie signataire de la Convention cadre de l’Oms pour la Lutte antitabac (Cclat) en décembre 2004, adoptée par l’Assemblée mondiale de la Santé le 21 mai 2003 et entrée en vigueur le 27 février 2005. La Cclat a été élaborée à la suite de la mondialisation de l’épidémie de tabagisme. Elle est un traité fondé sur des données factuelles, qui réaffirme le droit de tous les peuples au niveau de santé le plus élevé possible.
Dans le préambule de la Cclat, les Parties ont reconnu «la nécessité d’être vigilant face aux efforts éventuels de l’industrie du tabac visant à saper ou dénaturer les efforts de lutte antitabac et la nécessité d’être informé des activités de l’industrie du tabac qui ont des répercussions négatives sur les efforts de lutte antitabac».
Conformément à la Cclat, le gouvernement du Sénégal doit faire attention aux dons empoisonnés de l’industrie de tabac sous la forme de Respon­sa­bili­té sociale d’entreprise (Rse).
Baba Gallé DIALLO
babadediana@gmail.com

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