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Le tabagisme a couté 122 milliards de francs Cfa à l’Economie sénégalaise en 2017. Parallèlement, l’industrie du tabac n’a participé que de manière négligeable aux recettes fiscales du pays et n’a créé que 530 emplois. Devant ce tableau, une étude du Consortium pour la recherche économique et sociale (Cres) préconise comme moyen de lutte, l’utilisation de la fiscalité en augmentant les taxes sur les produits du tabac.

En 2017, le tabagisme a coûté 122 milliards de francs Cfa à l’Economie sénégalaise. Selon le Consortium pour la recherche économique et sociale (Cres), les coûts directs du tabagisme ont représenté 74 milliards de francs Cfa. Le Cres, qui a conduit une recherche sur la taxation du tabac en Afrique de l’Ouest, informe que ces coûts directs sont constitués de dépenses directes médicales pour 69 milliards de francs Cfa. La recherche a également permis de voir que les pertes de revenus, dues à l’absentéisme des patients et leurs accompagnants au travail et celles liées au décès des patients avant la retraite, s’élèvent à 48 milliards de francs Cfa. Ces coûts financiers ont ainsi une répercussion sur la croissance du Produit intérieur brut (Pib). En se basant sur six maladies liées au tabagisme dont les cancers du poumon, du larynx et des cavités buccales, les recherches du Cres montrent que «ces six maladies ont empêché l’Economie sénégalaise de réaliser 1,42 point de Pib en 2015». Selon les évaluations, ce pourcentage correspond à 135 milliards de francs Cfa. Sur le long terme, ces maladies feront perdre à l’Economie sénégalaise 4 points de Pib en 2035.
Selon le Pr Abdoulaye Diagne, directeur du Cres, ces résultats ont été obtenus grâce  à des enquêtes auprès de plus de 2000 personnes atteintes de maladies liées au tabagisme dans 14 des 20 hôpitaux les plus importants du pays.

Contribution négligeable
Paradoxalement, l’industrie du tabac met toujours en avant le fait qu’elle contribue aux recettes publiques et crée des emplois. La recherche menée par le Cres vient démentir ces affirmations. En effet, les études montrent que l’industrie du tabac a «une contribution très faible voire négligeable sur les recettes fiscales». Avec une moyenne de 18,6 milliards de contribution, les deux principaux acteurs sur le marché sénégalais n’ont guère créé plus de 530 emplois sur la période 2011-2015. «Nous avons voulu voir comment l’instrument fiscalité pouvait être utilisé pour augmenter de façon sensible le prix du tabac. Pour cela, il fallait s’assurer que lorsqu’on augmente le prix du tabac, cela a un impact sensible sur la décision de fumer, de s’arrêter de fumer ou cela permettrait une réduction sensible de la quantité de tabac que l’on consomme par jour. Mais pour que les prix baissent, il ne suffit pas d’augmenter les taxes, mais aussi que cette augmentation se répercute sur les prix. Et là, ce qui est en jeu, c’est le pouvoir de marché de l’industriel qui fabrique le tabac. S’il a la capacité de réduire sa marge bénéficiaire et comprimer ses coûts pour ne pas répercuter cette augmentation de taxe sur le prix, le consommateur ne verra pas une variation importante», explique le Pr Diagne.
L’étude a ainsi montré que «l’Etat du Sénégal doit utiliser la fiscalité en augmentant les taxes sur les produits du tabac et veiller au respect des mesures non fiscales, particulièrement l’interdiction de fumer dans les espaces publics et l’interdiction de la publicité des produits du tabac».

Taxes et prix faibles
L’Organisation mondiale de la santé a fixé un seuil de taxation de 70% sur chaque paquet de cigarettes vendue. Or, en Afrique de l’Ouest, on est autour de 30%. «Les taxes sont faibles, les prix sont faibles et il faudrait que les Etats voient maintenant, comment mettre en pratique la nouvelle directive régionale de la Cedeao qui donne des indications précises sur comment procéder pour avoir des augmentations significatives et progressives dans tous les pays de la région», indique le Pr Diagne.
Les études montrent bien qu’une augmentation des prix du tabac permettrait de dissuader les couches les plus pauvres. Selon le directeur de la Douane de la Communauté économiques des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), M. Salifou Tiemtore, «un paquet de 20 devrait coûter 200 francs de plus que le prix qu’on a aujourd’hui».
mamewoury@lequotidien.sn

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