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Prévenir le terrorisme, c’est lutter contre la pauvreté, le chômage, l’exclusion sociale, mais également veiller à une justice effective, impartiale et l’instauration d’un Etat de droit. Il s’agit, entre autres, des points qui ont été relevés lors de l’audience solennelle de la rentrée des Cours et tribunaux dont le thème du discours d’usage portait sur «La lutte contre le terrorisme, un défi pour les Etats africains».

«La lutte contre le terrorisme, un défi pour les Etats africains» : c’est le thème du discours d’usage de l’audience solennelle de la rentrée des Cours et tribunaux. Lors de cette rencontre, les intervenants ont insisté sur les mesures à prendre par les Etats pour prévenir ce fléau. Mayé Diouma Diouf Diop, qui a prononcé le discours d’usage, a relevé la nécessité de «garantir à tous les citoyens l’effectivité de leurs droits fondamentaux et l’accès à une justice effective et impartiale». D’après la présidente du Tribunal pour enfant près le Tribunal de grande instance hors classe de Dakar, «c’est un défi majeur que les Etats africains doivent relever». D’après Mme Diop, il s’agit d’empêcher «que certains de nos concitoyens tombent dans le piège tendu par les groupes qui profitent de leur ignorance pour leur faire croire à une illusion de vie contraire aux valeurs de la République». Soulignant que l’ignorance du droit est un facteur réel d’exclusion sociale, la présidente du Tribunal pour enfant constate pour le regretter qu’en Afrique «la majeure partie de la population est peu scolarisée, la minorité instruite n’est pas attirée par le droit» ; d’où l’importance pour elle «d’assurer l’accès effectif au droit en développant des projets d’assistance juridique pour les populations les plus démunies, surtout dans le monde rural et les zones frontalières». Autre recommandation faite par Mayé Diouma Diouf Diop dans son discours d’usage lors de cette cérémonie, c’est d’assurer «l’effectivité du droit dans les rapports entre particuliers». D’après elle, «la préservation des droits des populations sur les ressources locales est un facteur important de stabilisation sociale et de prévention contre la radicalisation». De même, Mme Diop a fait savoir qu’il est question également de «garantir les droits des populations contre les abus de l’Exécutif». Poursuivant son exposé, elle soutient qu’il s’agit «de faire en sorte que dans l’esprit des populations, l’idée de service public l’emporte sur celle de puissance publique». «Que le sentiment d’impuissance qui empêche d’exercer ces droits face à l’Etat cède la place à la croyance à l’Etat de droit, c’est-à-dire la soumission de l’Etat au droit», a-t-elle indiqué.

«Eviter que les prisons deviennent des lieux de radicalisation»
Tout en plaidant pour une meilleure prise en charge de la victime durant tout le procès, la présidente du Tribunal pour enfant estime qu’il ne faudrait pas «non plus perdre de vue la prise en charge pré et post condamnation du délinquant pour éviter la déshumanisation, autre cause de la radicalisation violente». Selon la présidente du Tribunal pour enfant, «il est important de transformer nos prisons en des lieux de redressement et de préparation à la réinsertion sociale des détenus». D’après la magistrate, «il faudrait éviter qu’elles deviennent des lieux de radicalisation comme cela a été vu dans certains pays européens». Pour Mme Diop, au-delà de «la politique de prévention, la justice devrait également réadapter ses procédures et ses pratiques pour l’efficacité de la répression». Elle conseille de «repenser la prise en charge judiciaire» par le «changement de paradigme en matière de politique pénale, la redéfinition du rôle du procureur de la République dans les stratégies de lutte contre le terrorisme et la mise en place de plateforme automatisée de partage d’informations à but judiciaire». Mayé Diouma Diouf Diop a aussi insisté sur la question du renseignement qui est essentielle dans la lutte contre ce fléau. Elle a ainsi plaidé pour «la judiciarisation du renseignement qui est une préoccupation majeure».
Outre les mesures judiciaires, le Procureur général près la Cour suprême estime pour sa part que les Etats doivent aussi s’attaquer aux causes profondes, notamment «la pauvreté, le chômage, la marginalisation économique et politique d’une partie de la population, la violation des droits de l’Homme, la faiblesse des institutions étatiques». Cheikh Ahmed Tidiane Coulibaly a appelé également à rompre avec «avec la mal gouvernance qui gangrène nos Etats et freine leur développement». D’après lui, «la lutte contre le terrorisme doit se faire dans le respect de l’Etat de droit». Il a par la même occasion attiré l’attention sur le fait que les lois inopportunes ou inappropriées, l’instrumentalisation de la justice peuvent favoriser «un sentiment d’injustice», tout en soulignant par ailleurs que «le terrorisme se nourrit du désespoir, des humiliations, de la pauvreté (…)». Au-delà de ces aspects, Cheikh Ahmed Tidiane Coulibaly souligne que «le terrorisme est un état d’esprit avant d’être une action». Pour lui, «il faut le combattre militairement s’il le faut et judiciairement par l’adoption de mesures de prévention et de poursuite, mais plus que tout idéologiquement par l’adoption de mesures visant à annihiler sa propagation».

 

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