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La compagnie théâtrale Kaddu Yarakh s‘est saisie de la question de l’émigration clandestine. Et la Journée internationale des migrants a été une belle occasion pour l’exprimer par le théâtre.

Tentés de prendre des embarcations de fortune à la recherche de l’eldorado en Europe au prix de leur vie, des jeunes ont été sensibilisés sur les risques au cours de la Journée internationale des  migrants, célébrée avant-hier par la compagnie Kaddu Yarakh du directeur artistique Mamadou Diol. Animatrice de causeries et actrice comédienne au sein de la compagnie théâtrale qui pratique le théâtre-forum, Maty Sarr était bien placée pour parler de l’émigration clandestine pour l’avoir vécue dans son existence. Animant une causerie sur «Femmes et émigration», Maty Sarr dit avoir été piquée par une «folie de jeunesse» quand elle a, en compagnie d’autres femmes et jeunes hommes, embarqué dans une pirogue en 2008 pour se rendre en Espagne.
Mais mal leur en avait pris et l’aventure avait échoué en Mauritanie. Effrayés par une forte houle qui menaçait de renverser la pirogue dans l’océan, Maty Sarr et l‘un de ses compagnons de fortune ont rebroussé chemin par la route, en laissant les autres  poursuivre leur périple à destination de l’eldorado. C’est en frôlant la mort qu’elle s’est rendu compte du danger que cela représente de vouloir tenter l’aventure en eaux troubles. Partageant son expérience avec des jeunes suspendus à ses lèvres, elle a indiqué que des pièces de théâtre suivies de causeries sur l’émigration clandestine pourraient aider à les faire réfléchir dans leur volonté de vouloir coûte que coûte émigrer pour se tailler un avenir. «Et Dieu sait que ceux qui sont là-bas en situation irrégulière vivent le calvaire. Rester chez soi sans travailler est mieux que d’aller s’aventurer là où ta sécurité n’est pas garantie. Certains passent la nuit à la belle étoile et ont du mal à trouver de quoi se nourrir. Ce sont les jeunes qui passent par la Libye qui ont remis à l’ordre du jour la traite des êtres humains. J’ai offert 5 euros à un jeune migrant pour qu’il mange, alors que ce dernier n’avait que cette somme pour n’avoir rien vendu en exerçant sa profession de marchand dans une ville européenne», avertit la comédienne.
Ayant eu l’opportunité de se rendre en France et en Italie à plusieurs reprises après sa tentative avortée de se rendre en Espagne par pirogue, la comédienne déclare travailler avec des Ong dans des projets qui consistent à convaincre les jeunes à croire que c’est possible de rester au Sénégal et se bâtir un avenir radieux, pourvu que l’on croie en son étoile.
Maty Sarr souhaite voir la mise en œuvre d‘une politique qui viserait à convaincre de rentrer au bercail les migrants qui ne font rien en Europe. Pour montrer sa force de conviction, elle explique que son fils a pleuré en la serrant dans ses bras, parce qu’il pensait que sa mère voulait se rendre encore en Espagne par pirogue lors d’une représentation.
Célébrant la Journée internationale du migrant en compagnie de Kaddu Yarakh et en partenariat avec Rosa Luxembourg, le vice-président de l’Association migration et développement du Sénégal, Mamadou Sy, révèle que c’est à «Yarakh qu’a démarré la migration clandestine». Rien que pour une année, souligne-t-il, «il y a eu 32 pirogues qui ont quitté Yarakh à destination de l’Italie. Avec à leur bord 2 100 personnes.» Demandant que les associations qui s’intéressent à la question soient associées dans la lutte contre le fléau, Mamadou Sy invite l’Oim à s’ouvrir aux autres dans la recherche des solutions à ce problème.
Les promesses non tenues et le sous-emploi constituent, selon lui, les causes de l’émigration clandestine qui a favorisé le fait que l’esclavage ait été rétabli à travers la traite des migrants en Libye. Face à la pollution de la mer et à l’expropriation des terrains qui servaient à faire de l’agriculture, Mamadou Sy souhaite la modernisation de la pêche à Yarakh, non sans souhaiter que les acteurs comédiens comme ceux de Kaddu Yarakh soient associés dans des spots publicitaires pour conscientiser les jeunes sur l’émigration clandestine. Massamba Lô a eu une idée géniale qui a consisté à faire une exposition des habits des migrants disparus au large des côtes méditerranéennes avec des tableaux où figurent leur nom et la date de leur disparition.

ambodji@lequotidien.sn

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