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Une litanie de feuilles empilées, Thierno Daouda Diallo, est concentré à corriger ses copies dans la salle des professeurs du Lycée Blaise Diagne. Ce professeur d’allemand a souffert lorsqu’il a été amené à évoquer la suppression des langues allemande, italienne et russe des programmes scolaires du moyen. L’homme au teint clair, se lâche d’un ton ferme : «C’est une décision qui n’honore pas les professeurs d’allemand. Ça nous inquiète. On parle de suppression progressive. Maintenant on étudie l’allemand qu’au niveau secondaire, c’est-à-dire en 3 ans et, naturellement, ce sera très difficile pour les élèves.» Pour la suite de sa carrière, M. Diallo entrevoit l’avenir avec une kyrielle d’incertitudes. Il ne se fait pas d’illusions : «Nous n’avons aucune perspective. Pour notre avenir, on est à l’écoute de la tutelle.» Il bat le rappel des troupes. «Venez témoigner par rapport à cette forfaiture», indique-t-il à ses collègues d’un signe de la main.
La catharsis s’organise chez les profs concernés. «Qu’on nous dise la vérité ! Pourquoi pas les autres langues ? Sur quelles bases se sont-ils appesantis pour prendre une telle mesure ? C’est discriminatoire !», enrage Co­dou Ndiaye, professeur d’italien. Sa consœur Hélène Diatta refuse de verser dans le découragement. Elle évoque d’autres issues lorsque ces langues seront totalement supprimées du système scolaire. «On peut faire d’autres formations. Avec cette disparition progressive, on ne peut plus être utile. Ce n’est pas en supprimant des langues qu’on promeut les sciences», soutient-elle. Chez les professeurs de russe, c’est la même rengaine. «On a été formés pour enseigner la langue russe. Que vont devenir les professeurs et les étudiants qui suivent ces langues ?», s’inquiète Souley­mane Ndour. Au niveau du Lycée Lamine Guèye, les professeurs rencontrés déclarent voir im­puis­samment le ciel de leur avenir s’assombrir.

bgdiop@lequotidien.sn 

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