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Après l’installation par le Président Abdoulaye Wade du Conseil économique et social qui remplaça le Sénat du Président Abdou Diouf en 2009, son président feu Ousmane Masseck Ndiaye décida de rendre visite aux différents marabouts du pays. Il me mit dans la délégation devant aller à Ndiassane, Tivaouane et Touba. Naturel­lement, je fus heureux de cette opportunité me permettant de rencontrer les khalifes de Ndiassane, des Tidiane et des Mourides.
Pour faire ce circuit, nous quittâmes Dakar un vendredi vers 8h du matin. Notre première destination fut Ndiassane où le khalife général Mame Bouh Mama­dou Kounta et ses talibés nous attendaient. L’accueil fut très chaleureux. Après un discours élogieux du défunt président du Ces Ousmane Masseck Ndiaye, un grand homme, le khalife répondit très amicalement en nous demandant de bien vouloir passer la journée à Ndiassane pour y déjeuner avant de repartir. Je sentis que la délégation était favorable à la proposition, mais le chronogramme de la tournée ne permettait pas de rester plus longtemps dans cette belle ville religieuse. Après des prières intenses, le khalife Mame Bouh Mamadou Kounta nous libéra finalement. Cette étape à Ndiassane révéla à la délégation que le guide religieux des Khadres était un homme généreux, ouvert, cultivé et très simple. J’avais beaucoup aimé la sainte Ndiassane et je n’attends qu’une nouvelle occasion pour y retourner.
Après Ndiassane, cap sur Touba de Khadim Rassoul. A notre arrivée dans la capitale du Mouridisme, nous fîmes reçus par le khalife Serigne Bara Falilou Mbacké. Je fus impressionné par la simplicité du guide religieux et par son chaleureux et amical sourire. A chaque membre de la délégation, il eut un mot spécifique. Il me mit je ne sais pourquoi à côté de lui. Après les discours d’usage, il pria pour nous et pour le Ces. Au moment de le quitter, il écrivit quelque chose sur mon front. Cette visite au khalife des Mourides me révéla que le président Ousmane Masseck Ndiaye était un grand talibé de cette grande confrérie.
Après Touba, nous nous dirigeâmes vers Tivaouane, la ville de Maodo Malick Sy. C’est vers 13h que nous foulâmes le sol de cette ville sainte. Nous fîmes reçus très chaleureusement par Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine. Il était en deuil, il venait de perdre sa sœur. Le marabout était visiblement très occupé et semblait fatigué, mais il prit de son temps pour prier pour nous après des échanges courtois avec notre président. Nous quittâmes le khalife vers 14h, heure de prière du vendredi.
Après la sainte ville de Serigne Babacar Sy, nous prîmes une direction que je ne connaissais pas en tant que Saloum-Saloum. Mon voisin me souffla à l’oreille qu’on allait à Keur Nganda rendre visite à un grand marabout mouride. La piste qui menait à cette bourgade était longue, sablonneuse et on avait très faim et soif. Keur Nganda me rappelait la commune de Nganda, dans la région de Kaffrine. Lorsque nos véhicules s’immobilisèrent à Keur Nganda, on nous invita à rentrer dans une grande concession aux caractéristiques des maisons des grands marabouts mourides. Sous un abri rustique, en tôle, nous trouvâmes un homme assis sur un petit lit ordinaire, avec des tapis de prière en face de lui. Beaucoup de talibés tenaient compagnie au marabout. Je compris immédiatement que j’étais dans la maison d’un très grand marabout. Cet homme ressemblait à mon père comme deux gouttes d’eau, surtout avec son bonnet noir. Après les salutations d’usage, on nous installa dans une grande salle en attendant le repas. Au moment où la plupart des membres de la délégation se mirent à dormir, je suis allé voir le marabout pour lui dire qu’il ressemblait à mon défunt père et que j’ai senti que j’avais en face de moi un homme de Dieu. A ma grande surprise, j’ai trouvé mon président Ndiaye agenouillé aux pieds du lit du marabout. J’avais parlé au saint homme en sa présence. Ignorant le nom de ce marabout qui m’impressionna comme je ne le fus jamais, je sortis tout l’argent contenu dans ma poche, en présence de mon président. Je remis au grand marabout cet argent en lui disant de haute voix que c’est le fruit de mon travail de salarié et je souhaitais qu’il l’utilise personnellement. Je fis des prières pour le saint homme en demandant à Dieu, à haute voix, de lui accorder une longue vie et une bonne santé afin de continuer à perpétuer l’œuvre de Serigne Touba Khadim Rassoul.
C’est vers 16h 30mn qu’on nous servit un repas très copieux : viande, pain, fruits, boissons et café. A 17h, nous priâmes sous la direction du saint homme qui nous gratifia de prières pour nous et pour le Ces, sans oublier notre pays le Sénégal.
Dans le car qui nous ramenait à Dakar, j’avais demandé à mon voisin le nom de ce marabout qui m’a si impressionné. Il me répondit qu’il s’appelait Serigne Cheikh Maty Lèye et c’est le vice-khalife des Mourides. Je fus comblé d’avoir rencontré, le même jour, le khalife général et le vice-khalife des Mourides. J’ai eu par la suite le privilège d’avoir rencontré plusieurs fois, à Touba et à Keur Nganda, le khalife général des Mourides, Serigne Sidy Mokhtar Mbacké, grâce au feu président Ousmane Masseck Ndiaye et au feu ministre d’Etat Djibo Leyti Kâ. Les deux hommes d’Etat disparus aujourd’hui étaient des amis de longue date de notre vénéré khalife général rappelé à Dieu récemment.
Le décès de cet homme de Dieu que j’aimais tant m’a beaucoup touché comme beaucoup d’autres personnes. Il a fait l’unanimité des musulmans et des non-musulmans qu’il était un homme d’une dimension spirituelle exceptionnelle. Il a beaucoup fait pour notre religion et notre pays. Il va rester éternel dans nos cœurs et nos prières, de génération en génération. Serigne Sidy Mokhtar Mbacké, le sosie de mon père, que le Bon Dieu vous installe à côté de Serigne Touba, au Paradis, pour l’éternité !
Pour le nouveau khalife général des Mourides qui a été d’une loyauté et d’une fidélité exceptionnelles au défunt khalife général, nous implorons Dieu pour qu’il lui donne la bonne santé afin qu’il continue à perpétuer l’œuvre de Khadim Rassoul, comme ses illustres prédécesseurs. Serigne Mountakha Bassirou Mbacké a toutes les qualités et l’érudition pour conduire la communauté mouride comme l’aurait voulu Serigne Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, Khadim Rassoul.
Pr Demba SOW
Ecole Supérieure Polytechnique
Université Cheikh Anta Diop de Dakar

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