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Me Abdoulaye Wade a gouverné son Peuple pendant douze ans. Avant, il avait drainé les foules pendant vingt-six ans, comme le principal opposant des Présidents Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf. Mais le premier enseignement que l’on peut retenir du scrutin présidentiel d’hier est que Abdoulaye Wade a été superbement ignoré. Les électeurs ont comme voulu montrer qu’un mot d’ordre de Abdoulaye Wade ne saurait les engager. D’ailleurs, au vu du niveau de participation manifestement plus élevé que lors des dernières élections législatives de juillet 2017 (53%), on pourrait se demander si les Sénégalais n’avaient pas réagi pour se rebeller en quelque sorte contre la consigne de Abdoulaye Wade.

Abdoulaye Wade désavoué
Ainsi, se sont-ils mobilisés devant les bureaux de vote pour exprimer leur devoir citoyen. Le taux de participation tourne autour de 55%, plus que lors des dernières élections de 2017 et bien plus que lors des élections présidentielles de 2007 et de 2012, avec respectivement des taux de 34 et de 36%. D’ailleurs, il faudrait véritablement prendre ses désirs pour des réalités pour qu’un Abdoulaye Wade puisse s’imaginer que les Sénégalais qui l’avaient chassé en 2012, de manière cinglante (+65%), puissent se mettre aujourd’hui à suivre aveuglément ses mots d’ordre subversifs. La déconvenue de 2012 aurait pu suffire comme leçon à Abdoulaye Wade. Mais s‘il avait appris la leçon, il ne se mettrait pas à vouloir forcer la candidature de son fils Karim Wade au point de menacer de mettre le feu au Sénégal. Déjà, en 2008, ils étaient nombreux, les Sénégalais, à braver l’interdiction de Abdoulaye Wade à participer aux Assises nationales organisées par l’opposition. D’aucuns s’étaient décidés à se joindre aux travaux des Assises nationales, simplement pour montrer à Abdoulaye Wade, président de la République, qu’ils ne se laisseraient pas dicter leur choix. Une certaine rébellion a pu s’exprimer contre l’appel de Abdoulaye Wade. Le désaveu de Abdoulaye Wade s’est exprimé jusque dans son intimité, car des membres de son propre personnel domestique ont pu aller voter et afficher cela sur les réseaux sociaux.
Ainsi, les électeurs ont exprimé librement et tranquillement leurs votes. L’ambiance de calme et de sérénité a, une fois de plus, conforté l’image d’une démocratie mûre et forte. Les électeurs ont pu montrer une réelle confiance au processus électoral. On a pu observer la présence des représentants des différents candidats dans les bureaux de vote et tous les contrôles les plus stricts ont été opérés pour identifier les électeurs et garantir la sincérité du vote. Dans les opérations de dépouillement, les représentants des candidats ont pu librement contrôler les suffrages, en compagnie des membres des bureaux de vote et des représentants de la Commission électorale nationale autonome (Cena) ainsi que des observateurs nationaux comme internationaux. Ces observateurs ont été unanimes à saluer les opérations de vote qui ont satisfait à tous les standards internationaux.

Aly Ngouille Ndiaye a réussi à faire taire les critiques contre sa personne
Le ministre Aly Ngouille Ndiaye et ses collaborateurs du ministère de l’Intérieur, chargés de l’organisation matérielle des élections, ont tiré leur épingle du jeu. Les leçons ont été bien tirées des désordres constatés lors des élections législatives de 2017. Le désordre des élections législatives nous avait fait écrire dans une chronique intitulée «Le carton jaune des urnes», en date du 31 juillet 2017, que le «désordre avait donné un coup à l’image de la démocratie sénégalaise». Pour le scrutin présidentiel de ce 24 février 2019, les matériels électoraux ont été déployés à temps dans les bureaux de vote et la sécurité a été garantie dans l’ensemble du territoire national. Le ministre Ndiaye s’était fait un point d’honneur de ne pas laisser des perturbateurs arriver à entacher le processus électoral. On avait assisté à des saccages de bureau de vote dans des localités comme Touba. Les opérations électorales se sont déroulées avec une certaine célérité. Les bureaux de vote avaient ouvert à l’heure et par exemple les observateurs avaient pu rapporter qu’à 8h 30 minutes, plus de 98% des bureaux de vote avaient démarré les opérations. Le vote s’est déroulé sans discontinuité et le passage des électeurs a été fluide, vu le nombre relativement réduit des candidats. La menace était d’autant plus grande que les opérations de vote étaient annoncées pour être sabotées. Il a mis en place un dispositif qui s’est révélé on ne peut plus efficace. Le ministre de l’Intérieur est assurément à féliciter. Il est aussi heureux qu’il ait pu taire toutes les critiques et les appréhensions qui avaient entouré sa nomination à la Place Washington. L’opposition avait voulu faire de la personne du ministre de l’Intérieur, qui se trouve être un responsable politique du parti du Président Macky Sall, un motif de contestation électorale.

Macky Sall gagne Dakar, Idrissa Seck s’impose à Touba
Touba ne réussit pas à Macky Sall. Une fois de plus, Touba a voté contre le Président Macky Sall et a jeté son dévolu sur Idrissa Seck. Il n’est pas exagéré de dire que Touba n’aime pas Macky Sall. Les défaites précédentes de Macky Sall avaient été expliquées selon que le vote de Touba répondait à un affectif très fort pour Abdoulaye Wade, mais cette explication ne saurait tenir dans la mesure où Abdoulaye Wade n’a pas été candidat et n’a pas soutenu de candidat à cette élection présidentielle. Aussi, on peut constater que les réalisations aussi grandioses ou populaires conduites par Macky Sall ne lui permettraient pas de conquérir le cœur des populations de Touba. Les résultats du vote amènent à questionner la recherche d’un certain clientélisme avec le clergé de Touba.
Par contre, les résultats réalisés par Macky Sall dans la région de Dakar peuvent constituer une belle surprise. Macky Sall a fait une «remontada» par rapport aux différentes élections précédentes. Les scores de Macky Sall à Dakar lui ont permis de contenir la casse.

Un vote ethnique et régionaliste affirmé
Les résultats sortis des urnes montrent éloquemment que la fibre ethnique ou régionaliste a eu un gros impact sur le vote du 24 février 2019. Le candidat Macky Sall a réalisé un raz de marée, notamment dans les régions «pularophones» et dans sa région natale de Fatick. Aussi, Ousmane Sonko a fait d’excellents résultats dans la région naturelle de Casamance, tandis que Idrissa Seck a gardé la mainmise sur son fief de Thiès. Ousmane Sonko constitue la grande révélation de ce scrutin. Il a fait jeu égal avec Idrissa Seck alors qu’il n’a pas bénéficié de soutiens des autres candidats de l’opposition qui étaient recalés par le système de parrainage des candidatures. Ousmane Sonko a réalisé ses scores grâce à son seul mérite. Il se révèle ainsi comme une force politique montante et a sans doute pu compter sur le vote des primo-votants. Reste à garder le cap.

Macky Sall fait comme Wade en 2007
Les tendances lourdes issues de ce scrutin donnent Macky Sall vainqueur au premier tour. Il gagne dans les mêmes proportions que Abdoulaye Wade au premier tour de la Présidentielle de 2007, avec des scores autour de 54%. Il est clair que l’opposition contestera de tels résultats sortis des urnes. Les candidats de l’opposition avaient déjà annoncé la couleur avant même l’ouverture de la campagne électorale, disant qu’ils n’accepteraient pas des résultats qui donneraient Macky Sall vainqueur. Aussi, avant toute compilation des résultats, les états-majors de l’opposition avaient annoncé à travers les radios, télévisions, réseaux sociaux et autres supports l’inéluctabilité d’un second tour. Cette perspective avait même été annoncée par ces candidats durant la journée du vote, au moment où les opérations électorales étaient en cours. C’est dire…C’est bis repetita. En 2007, quand Abdoulaye Wade avait remporté le scrutin présidentiel au premier tour, ses opposants avaient vivement contesté l’élection, soutenant l’impossibilité pour le Président sortant de gagner au premier tour.
Il demeure que Macky Sall gagne toutes les régions, mais perd trois départements comme Ziguinchor, Mbacké et Thiès. Les résultats du vote démentent éloquemment les affirmations de Abdoulaye Wade qui affirmait urbi et orbi que les résultats étaient écrits d’avance et que Macky Sall remporterait ainsi le scrutin avec des scores de plus de 60%.

2 Commentaires

  1. je pense que l’analyse est pertinente mais elle mérite une méfiance absolue si elle vient d’une référant qui aspire le soubassement du danger du clientélisme politique. de nos jour la fonction de journaliste perds sa destinés les hommes perds leur talents et se transforme en rats de coulisse qui ne sert que le despote.Malheur de voir que des plumes se monaient facilement au profil de l’intéret. Doyen Diagne votre plume est plus que partisane que républicain.

  2. A l’évidence le Président de la République a fait beaucoup de réalisations durant son mandat. L’État étant une continuité, il mérite tout le crédit d’avoir achevé les chantiers du Président Wade. Invité régulier du G-20, il est aussi respecté par ses collègues africains qui n’ont pas hésité à lui onfier la direction du NEPAD. Angela Merkel, Barack Obama, Xi Ximping, entre autres, sont tous passé à Dakar. C’est dire donc que l’homme est un homme d’état accompli.
    Le Président de la République n’est pas un autocrate et c’est tant mieux. Quiconque connaît ce pays, sait que derrière son air de tranquillité et son fatalisme bien ancré, ‘bouillonne’ depuis quelques années une troupe de « gilets jaunes », prêts à en découdre avec l’État au moindre diktat ou ce qu’ils percevraient comme tel. Les 12 morts de 2012 ont été l’amorce d’une prise de conscience profonde, surtout chez les jeunes, que la démocratie ici comme ailleurs se construit souvent dans la sueur et le sang.
    Le Président ne nous donne pas l’impression d’être un ethniciste. Pular, marié à une sérère, et maîtrisant l’Ouolof et ses codes culturels mieux que bien des Ouolofs, il est l’exemple parfait du métissage culturel.
    Mais alors pourquoi diantre, avec de telles qualités, le Président peine-t-il à gagner ces élections au premier tour de façon nette?
    La raison est peut-être à chercher dans les différences d’attentes entre lui et son peuple.
    Au lendemain des élections de 2012, le peuple Sénégalais bafoué et humilié par la gestion familiale despotique et népotique des Wade, aspirait à retrouver sa dignité. Douze ans durant, le fils et le père avaient fait la pluie et le beau temps. Les adversaires avaient le choix entre faire acte d’allégeance ou Rebeuss, les journalistes, eux, étaient tout simplement violentés (demandez à Jules Diop). Papa faisait des escales techniques à Dakar, fiston parcourait le monde en Jet privé. Dallas !! C’était l’époque du «je dirai à ta mère que t’as bien travaillé ». Nous découvrions nous, autres sénégalais, combien, bande de paresseux, nous travaillions mal. L’époque où le Pdt nous disait que nous étions tellement vénaux que nous avions du mal à nous souvenir de notre dernier diner.
    Au sortir de ces longues années, les Sénégalais ne réclamaient pas de TER, ni de nouvelles autoroutes, ni du Pole de Diamniadio. Ils voulaient qu’on arrête de placer la famille du Président au centre de l’État. Ils voulaient l’éthique, la vertu et la sobriété dans la conduite des affaires du gouvernement. Ils rêvaient de retrouver leur démocratie perdue, leurs droits et libertés fondamentales bafoués. Ils ne voulaient plus qu’on les compare avec le reste du continent où atrocités et abus étatiques sont encore monnaie courante.
    Hélas, pour des raisons qu’on a encore du mal à comprendre, c’est de 80 ministres et conseillers ministériels que les Sénégalais vont hériter, au fil du temps, avec le Président Sall. Qu’importe que les conseillers perçussent une faible rémunération, la symbolique était brisée et la sobriété avait fichu le camp. Lassé sans doute de serrer des mains à l’aéroport, le Président Turc lâchera s’adressant à son collègue : « macha allah, ce sont tous vos enfants » Pas un compliment. Pour la vertu, dès l’entame de son mandat, le Pdt place au Port, l’un des pires prédateurs de la République. Pendant plusieurs années, M. Cheikh Kanté, sans gêne ou restriction, avec une désinvolture et une indifférence rare distribuera des centaines de millions de francs à sa clientèle politique. C’est d’ailleurs heureux que le Port de Dakar ne soit pas devenu un simple quai de pêche. Toujours pour la vertu, le Président nous dit sans sourciller qu’il a mis le coude sur des dossiers de gens incriminés dans des enquêtes menées par l’IGE. Alors que nous nous relevions de ce K.O, le voilà qui déclare la transhumance légitime. Aux appels du pied de la magistrature pour un retrait de l’Exécutif du fonctionnement de la Justice, le gouvernement répond avec une moue, un oui..mais, et une procrastination digne d’un écolier.
    Tout électeur avisé sait que plusieurs promesses des politiciens ne voient pas le jour. Il y en a quelques-unes cependant qu’on ne saurait ignorer sans en payer le prix. Elles touchent à notre dignité, à notre orgueil, à notre liberté, comme peuple libre, de demander des comptes à nos gouvernants. Cela fait longtemps que nous crions haut et fort que nous n’aimons que l’État se mêle de la Justice, que nous n’acceptons que l’argent ramassé avec nos impôts, nos dettes et le produit de la quête que nous menons sans honte à l’échelle internationale depuis 59 ans, soit distribué à gauche et à droite, à une clientèle politique, des lutteurs, batteurs de tam-tam ou chanteurs. Que cela soit le fait de ministres ou de la Présidence importe peu. Tout vient du budget de l’État ; il n’y a pas de planche à billets à la Présidence ; et nos ressources sont plutôt limitées.
    Peut-être le Président sera-t-il réélu. Le cas échéant, il lui appartiendra de revenir aux valeurs promises au peuple en 2012. Elles n’ont pas changé. Nous ne crachons pas sur les autoroutes, les aéroports, le TER, etc. Mais s’il nous faut choisir, nous privilégierons nos droits et libertés fondamentales, la vertu, la sobriété de la part de gouvernants et une Justice à la hauteur de la démocratie que nous voulons. Nous sommes convaincus que ces valeurs nous méneront inexorablement au développement. Nous prenons à témoin l’Histoire.

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