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«Macky Sall et ses amis». Cela aurait pu être le titre d’une belle trilogie, diffusée sur les petits écrans, qui mettrait en scène le chef de l’Etat actuel et ses amis d’hier, ceux d’aujourd’hui et ceux post-pouvoir. Les Sénégalais se seraient aperçus en réalité que Macky Sall est plus «entouré» d’opportunistes qu’autre chose.
«Macky Sall est mon ami» est devenu l’opus du moment, pour ne pas dire la chanson préférée de politiciens honnis, d’affairistes et de néo-hommes d’affaires au pedigree peu enviable. Bref, notre Président semble partager le confort de son salon avec des «amis» trop encombrants qui n’ont pas toujours bonne presse aux yeux de l’opinion.
Tous les politiciens du pouvoir, cités dans des affaires douteuses, nous serinent à longueur d’émission qu’ils sont «amis» du locataire du Palais. Ne parlons pas des affairistes qui puent l’arnaque à mille lieux et qui nous forcent leur «amitié» avec le chef de l’Etat. Celui-ci rit sous cape, sans doute à chaque fois, qu’il voit ses «amis» du moment vanter ses mérites sur les plateaux de télévision et de radio.
Il doit se poser de sérieuses questions que, nous tous, nous nous posons d’ailleurs. Par exemple, où est-ce que toute cette bande de rapaces se trouvait quand il était dans le collimateur de Wade, alors tout-puissant président de la République ? A l’exception de Farba Ngom, Moustapha Cissé Lô, Mbaye Ndiaye ou encore Alioune Bada­ra Cissé, ils étaient très peu nombreux à revendiquer leur «amitié» avec l’actuel chef de l’Etat.
Ces moments de vaches maigres n’étaient pas favorables à un compagnonnage avec Macky Sall et il ne faisait pas bon, non plus, de fréquenter la demeure du banni du pouvoir de l’époque à Mermoz. On se rappelle encore de sa convocation au Com­mis­sariat central de Dakar, aux premières heures de sa démission du Pds, pour une vrai-fausse affaire de blanchiment d’argent. Même Farba Ngom avait droit à son petit interrogatoire devant les redoutables limiers. Même s’il avait déclaré ne rien savoir des comptes bancaires ni l’origine des biens de Macky Sall, on lui reconnaît néanmoins une certaine proximité avec celui-ci. Il fait partie incontestablement de la portion congrue d’inconditionnels qui se réclamaient de Macky Sall.
Tous ces gens qui nous tympanisent aujourd’hui étaient, soit avec Wade et préféraient leurs strapontins à Macky Sall, dont l’avenir était plus qu’incertain ou soit, préféraient adopter une posture neutre en attendant que le ciel se dégage pour choisir leur camp.
La première partie de la trilogie évoquée plus haut nous aurait permis de découvrir que Sall était vraiment seul, avant 2012. Maintenant que les temps sont cléments, qu’il fait bon genre d’être «ami» du chef de l’Etat, tout le monde s’y met. Les plus cupides de ces nouveaux «amis» vont même jusqu’à dire qu’ils ont participé financièrement à l’élection de Macky Sall en 2012.
On voit mal celui-ci renier publiquement ces «amitiés» réelles ou supposées, mais les Sénégalais doivent savoir qui fréquente leur cher Président non pas pour ses propres intérêts, mais pour le seul intérêt du Sénégal.
La deuxième partie de la trilogie nous laisse sans voix, parce que ce à quoi nous assistons aujourd’hui ressemble plutôt à un trafic d’influence. Dans ce lot, on mettrait volontiers le «cercle des amis de Macky Sall». Ceux-là méritent le trophée des opportunistes de la décennie pour n’avoir jamais songé à créer ce machin entre 2008 et 2012. C’est aujourd’hui et seulement aujourd’hui qu’ils revendiquent publiquement leur «amitié» à celui qui a été réélu jusqu’en 2024. Et comme le ridicule ne tue pas dans ce pays, ils poussent le bouchon plus loin en théorisant un troisième mandat de Macky Sall.
La dernière partie de la trilogie nous aurait permis de voir encore une fois que les amitiés du pouvoir sont juste circonstancielles. On se rappelle encore les innombrables «amis» de Karim Wade, quand celui-ci incarnait le pouvoir de son père de Président. Pas un seul responsable du Pds ou affairiste ne passait à la télé ou à la radio sans crier sur tous les toits qu’il est «ami» de Wade-fils. Celui-ci se rend compte certainement aujourd’hui que les amitiés au Sénégal, c’est toujours quand on est au pouvoir. On aimerait bien aimé être là après 2024 pour pouvoir compter encore les «amis» de Macky Sall. Nous espérons seulement pour lui qu’il ne sera pas dans la tourmente, parce qu’il aura appris à ses dépens que toutes ces «amitiés» déclarées étaient juste pour le meilleur.
Aly FALL
Journaliste / Communicant

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