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Le Président Macky Sall a eu à faire montre d’un véritable leadership, avec la prise en charge de la pandémie du Covid-19. Le chef de l’Etat sénégalais a été très réactif. Il a pris les bonnes décisions et engagé son pays dans une dynamique de rassemblement, d’union nationale, pour faire face au péril. Il faut dire que son Peuple le lui a bien rendu. Toutes les franges de la société sénégalaise ont répondu à son appel pour «sauver la Patrie». Ainsi, a-t-il obtenu, à cette occasion, ce qu’il n’avait jamais pu obtenir de ses adversaires politiques et de la Société civile. Macky Sall a su être reconnu et accepté comme le «chef», celui qui indique la voie à suivre. Tout adversaire politique qui pouvait manifester des velléités de remettre en cause ce leadership s’était vu rabrouer par l’opinion publique. Cette approche du chef de l’Etat sénégalais lui a valu d’être présenté en modèle à suivre. Les médias internationaux n’ont pas manqué d’accorder une attention particulière à ce qui se fait au Sénégal, en matière de lutte contre le coronavirus. Des chefs d’Etat, de par le monde, se sont rapprochés du Président Sall pour prendre des idées. Il s’y ajoute que les résultats engagés par le Sénégal, dans la prise en charge de la pandémie, sont assez probants. L’évolution de la maladie y est plus lente que dans la plupart des pays touchés. Aussi, le taux de mortalité dû au coronavirus est des plus faibles au monde. Touchons du bois ! L’obstination du Pr Didier Raoult à faire accepter son mode de traitement médical du Covid-19 à base de chloroquine est aussi un facteur d’exposition du Sénégal. Ce médecin-chercheur est né à Dakar.

Annuler la dette selon la tête du client

Mais ce qui a le plus mis le Sénégal au-devant de la scène mondiale est, sans doute, l’initiative du Président Macky Sall appelant à l’annulation de la dette publique et le rééchelonnement de la dette privée, pour les pays pauvres afin de leur permettre de sortir leurs économies de l’ornière dans laquelle les aura davantage enfoncés la pandémie du Covid-19.

Il faut dire le chef de l’Etat sénégalais n’a pas attendu la pandémie du Covid-19, devenue une menace à la sécurité mondiale, pour porter en bandoulière cette revendication. Macky Sall avait toujours estimé que pour aider l’Afrique à se mettre à niveau, il faudra la soulager du fardeau d’une dette accumulée depuis de nombreuses décennies et avec des contraintes nocives pour son développement économique et social. Macky Sall a notamment déclaré lors du Forum de Dakar, en novembre 2019, consacré à la dette des pays pauvres, en vue d’un meilleur équilibre des rapports économiques, que «rien que le service de la dette pourrait permettre d’impulser la réalisation d’infrastructures indispensables à la mise à niveau des pays pauvres et leur permettrait de rattraper leur retard sur bien des domaines économiques et sociaux». L’appel de Dakar n’avait pas été bien perçu. Il faut dire que certains chefs d’Etat africains, peut-être animés par une logique de petite concurrence, semblaient chercher à se positionner comme des élèves modèles des institutions financières internationales et donc, disaient publiquement ne pas rechigner à s’acquitter de leurs devoirs de payer leurs dettes ; se démarquant ostensiblement (ou sournoisement) de la position exprimée par le Sénégal. Au demeurant, sur le terrain de l’endettement, les performances économiques du Sénégal lui avaient permis de mieux emprunter que la plupart des pays africains, avec une signature crédible autorisant des taux d’endettement les plus faibles.

L’unité africaine avait fait donc défaut autour de la question de l’endettement. Mais la voix du Président Macky Sall sur ce chapitre est devenue subitement plus audible. Tout le monde s’accorde que la situation de l’Afrique sera encore plus catastrophique si son stock d’endettement n’est pas réglé. Il y a eu dans le passé des cycles d’annulation de dettes de pays pauvres qui n’avaient sans doute pas permis aux pays bénéficiaires d’en tirer le meilleur profit. Mais la communauté internationale a bien conscience de la nécessité de trouver une nouvelle solution car, il ne servirait à rien de réclamer des remboursements à des débiteurs dont l’insolvabilité est évidente. Il ne leur resterait que de mettre en œuvre des mesures coercitives qui feraient tomber ces pays dans un chaos politique, économique et social. Ce serait encore le plus sûr moyen de ne pas se faire rembourser ! Cela est valable pour les créanciers publics mais aussi pour les prêteurs privés. En effet, on le dira avec un certain cynisme, mais les bailleurs n’ont finalement rien pu faire par exemple contre le Liban, qui s’était déclaré en défaut de paiement de ses dettes arrivées à échéance le 9 mars 2020. Le réalisme commande alors de chercher à aider le débiteur à sortir la tête de l’eau pour envisager une meilleure situation qui permettrait des remboursements. Le Fonds monétaire international (Fmi) l’a bien compris et a déjà effacé l’ardoise pour un certain nombre de pays, les plus pauvres, dont le revenu par tête d’habitant est inférieur à 1400 dollars. Le Sénégal ne pouvait donc en faire partie. Il s’y ajoute que le Sénégal avait signé avec le Fmi des programmes sans décaissements, et donc la dette du Sénégal auprès du Fmi était inférieure à 6 millions de dollars. Notre pays n’avait pas grand intérêt à une telle annulation de dette et avait mieux à faire en se tournant vers un autre guichet comme celui du remboursement des quotes-parts, qui lui a permis de bénéficier de quelque 441 millions de dollars. Aussi, les membres du G20, fortement poussés par la France et le Fmi, ont décidé d’un moratoire sur la dette, évitant à de nombreux pays de devoir payer des services de dettes publiques, dans un contexte où il faudrait se consacrer à chercher à relancer la machine économique et à compenser les blessures sociales. On présume que ce n’est qu’un premier geste. Ce moratoire aura permis, selon le Président Sall, à faire économiser au Sénégal quelque 580 milliards de francs Cfa sur sa gestion budgétaire en cours. La France, qui assure le secrétariat du «Club de Paris», travaille à faire prendre en compte la question de l’annulation de la dette. Le Président Emmanuel Macron, comme le Pape François, une autre voix qui compte sur l’échiquier mondial, se disent déjà favorables à cette perspective. Il reste qu’il serait difficile d’envisager l’idée d’une décision unanime et unilatérale, des créanciers du «Club de Paris», portant annulation des dettes publiques. Ce serait une mesure antiéconomique et ce serait également une certaine prime à la mal gouvernance. De nombreux pays se sont imposés une rigueur, des contraintes, au risque d’éprouver durement leurs populations en mettant en œuvre des politiques vertueuses, jusqu’à obtenir des résultats tangibles. Le moins que l’on puisse dire est qu’il ne paraîtrait pas très équitable de loger de tels pays à la même enseigne que de nombreux autres pays qui ont eu à faire montre de gabegie. Les situations seront donc examinées au cas par cas. Les contingences diplomatiques et géostratégiques seront de mise. Cette approche sera d’autant plus effective que la Chine, un des principaux créanciers de l’Afrique, se réserve un rôle d’observateur au «Club de Paris». Chaque nation prêteuse appréciera les situations particulières de son débiteur pour juger de sa générosité.
A ce jeu, le Sénégal de Macky Sall ne devrait pas perdre au change. Il va de soi que le Sénégal ne pourrait pas être laissé pour compte d’une initiative portée contre vents et marées par son chef d’Etat. En annulant des dettes publiques, les esprits ne manqueront pas de penser au sort du Sénégal. Mieux, une attention particulière devra être accordée à ce pays qui offre les meilleures garanties de stabilité, de démocratie et de bonne gouvernance en Afrique. En outre, la perspective économique du Sénégal reste des plus favorables avec les grandes promesses de son sous-sol en ressources d’hydrocarbures. Un autre facteur à l’avantage du Sénégal est que Macky Sall est co-président avec Xi Jinping du Forum Chine-Afrique et que le Sénégal sera le pays hôte du prochain Sommet en 2021. Il semble aussi que la Chine a bien apprécié la position du Sénégal face à une opinion publique qui demandait le rapatriement d’étudiants de Wuhan, au début de la crise sanitaire. Qui peut s’imaginer que la Chine puisse oublier le Sénégal dans ses largesses et faveurs ?

Toutes ces postures devront également encourager les créanciers privés à accorder plus d’intérêt à la situation du Sénégal, dans une logique de rééchelonnement de la dette privée. En définitive, ce ne serait pas faire montre d’un optimisme béat que de penser que le Sénégal, avec autant d’atout, fera partie des pays qui auront à tirer les meilleurs avantages de l’après Covid-19.

Ils ont raté une belle occasion de faire mentir leurs détracteurs

Mais il y a un hic. On ne regrettera jamais assez la triste polémique autour de la gestion de l’aide apportée aux populations, socialement défavorisées, pour leur permettre de supporter les conséquences économiques et sociales de la pandémie. Les accusations de népotisme et de manque de transparence ont été portées contre le gouvernement du Sénégal. Cela est dommageable, car altérant cette image si opportunément construite. Pourtant, il y a eu tellement d’alertes et de mises en garde pour que les préposés à la gestion de ces fonds évitent toute situation compromettante ou qui donnerait du grain à moudre à leurs détracteurs. La symphonie à l’union sacrée n’avait pas empêché des adversaires du régime de Macky Sall d’émettre des doutes, des suspicions quant à la gestion vertueuse des ressources dédiées au plan de riposte contre le Covid-19. Il s’était même trouvé des personnes réticentes à apporter leurs contributions, voulant se garder de donner de l’argent susceptible d’être détourné. Il est certes impossible dans ce pays d’éviter des polémiques liées à la gestion des ressources publiques, mais le gouvernement aurait gagné à se montrer irréprochable depuis qu’un Ousmane Sonko, au sortir d’une audience avec le Président Macky Sall, étalait ses réserves quant à une bonne gestion des ressources. La prudence devait aussi être de rigueur quand le député Mamadou Lamine Diallo et des personnalités de la Société civile avaient refusé de donner un blanc-seing au gouvernement quant à la gestion de ces fonds. Il est aussi utile de se rappeler la maxime selon laquelle «le malheur n’arrive pas qu’aux autres». On sait comment la clameur publique avait poursuivi, tout le reste de sa vie, une certaine Siga Sèye Coulibaly, suite à des opérations de dons en faveur de la Croix-Rouge sénégalaise dans les années 1990. Le temps n’a pas non plus effacé des mémoires, l’opprobre jeté sur Léna Fall Diagne du fait de la mauvaise gestion de la campagne «Une femme un gramme d’or», censée être une récolte pour aider le Sénégal confronté, dans les années 1980, à une crise économique aiguë. Qui ne se rappelle pas les déboires de Aïda Ndiongue et de Abdoul Aziz Diop et compagnie, du fait de la gestion des opérations d’achat de produits phytosanitaires, en 2008, dans le cadre du «Plan Jaxaay», initié par le Président Abdoulaye Wade pour venir en aide aux populations sinistrées par des inondations ?

Dans la gestion de la riposte contre le Covid-19, le gouvernement avait toutes les bonnes raisons pour ne pas prêter le flanc, pour éviter de donner à ses détracteurs le bâton pour se faire flageller. Les ratés et autres méprises dans les passations des marchés des denrées à distribuer aux populations sont assez ravageurs pour l’image du Président Macky Sall. On croirait alors que la Commission économique pour l’Afrique (Cea), dans son rapport sur la riposte de l’Afrique contre le Covid-19, parle aux autorités sénégalaises dans une certaine mise en garde. La Cea écrit notamment que  «les gouvernements africains doivent veiller à bien utiliser toute somme perçue au titre d’une aide financière, d’une remise de dettes ou d’un emprunt pour lutter contre le Covid-19. La jeunesse africaine ne pardonnera pas les détournements des fonds de secours d’urgence Covid-19. Les citoyens et toutes les parties prenantes, y compris les partenaires de développement qui coopèrent avec l’Afrique pour renforcer les réponses au Covid-19, se sentiront davantage en confiance de voir que les apports financiers ou les mesures de remise ou de renégociation de dettes reposent sur des processus institutionnels solides. Ces démarches ne doivent pas être privilégiées au détriment de la rapidité, dans la mesure où il faudra pouvoir réagir rapidement à des besoins urgents». L’heure n’est pas encore au bilan mais, assurément, le mal est déjà fait. On ne désespère pas de voir corriger ce qui pourrait encore l’être.

4 Commentaires

  1. Des accusations de népotisme et manque de transparence sur la passation des marchés sont portés par qui ? Vous même en avez-vous décelé dans la procédure ? Si oui pourquoi ne pas les avoir publiquement dénoncé dans votre chronique pour éclairer notre lanterne ?

  2. Dans n’importe quel état démocratique (et de droit cela va de soi), le Président de la République, sous la pression médiatique, celle de la société civile ou par pure moralité politique, se serait abstenu de mêler son beau-frère ou à un membre de sa famille dans le dossier des fonds COVID-19. Dans tout régime politique, un tant peu soucieux des apparences ethiques, le transport de l’aide ne serait pas confié à un membre du parti au pouvoir. Ce n’est plus un manque d’éthique mais de l’autoritarisme quand le même député (sa majorité parlementaire) vote d’une main pour donner au Président des pouvoirs exceptionnels et de l’autre main bénéficie financièrement des décisions prises par le Chef de l’Etat. Ce genre de comportement est digne d’une République bananière, pas d’un pays qui ambitionne de devenir une grande démocratie africaine.

    Que fait Mansour Faye dans la gestion des fonds COVID alors que la poussière n’est pas encore tombée dans le dossier Suez où des soupçons de corruption pèsent sur lui? Là comme dans le dossier de l’ancien directeur du COUD, devenu ministre, sur lequel pèsent des soupçons de surfacturation, le Président, ancré dans ses convictions, ne semble entretenir aucune hésitation, à reconduire ses hommes dans des missions pour lesquelles, ils ne semblent avoir ni les compétences ni la rectitude morale qui sied.

    A chaque jour suffit sa peine dit l’adage; nous parlerons tout de même du sujet tabou des Libanais. Le gouvernement peut lancer tous les cris d’orfèvre, rappeler que le Sénégal est le pays de la Teranga, du métissage culturel de Senghor et tutti quanti, cela ne changera rien aux faits. En clair, le gouvernement peut avoir ses propres opinions, il ne peut avoir, ni nous imposer, ses propres faits. Reclus physiquement et socialement, les Libanais (+ les Syriens) semblent vivre dans leur univers, loin de tout contact avec le reste de leurs concitoyens. Transactionnels et vénaux, on ne les entend que lorsqu’il s’agit d’espèces sonnantes et trébuchantes. Ils sont, pour le commun des Sénégalais, une communauté qui se préoccupe peu du pays et ne se rappelle de leur citoyenneté sénégalaise que quand l’état leur offre de juteux contrats ou leur cède, pour des broutilles, des actifs étatiques (Jabert). L’excuse de dire que les Libanais affichent les mêmes comportements de Kinshasa à Abidjan ne saurait prospérer.

    Certains bien-pensants disent, le verbe haut, l’air triste et exaspere, que les Libanais sont des Sénégalais à part entière et émettre un communauté en général, c’est du racisme Ils sont certes des Sénégalais à part entière de par leur naissance ou naturalisation, mais lorsqu’il s’agit de leur comportement-attitude vis à vis leurs concitoyens, ils sont souvent des Sénégalais entièrement à part.

    Si bien des negro-sénégalais expriment de fortes réserves contre l’octroi d’un contrat de 18 milliards (16 millions de dollars) à un libanais d’ascendance, c’est parce qu’ils connaissent bien leurs concitoyens du pays des Cèdres. L’argent prendra rapidement le chemin des transferts électronique vers le Liban ou la France. C’est se raconter des histoires que de faire semblant d’ignorer ce fait. Les Libanais après près d’un siècle dans ce pays se rendrait service en se coupant de cet instinct grégaire qui semble les habiter. Cela créerait des relations plus harmonieuses avec leurs autres concitoyens.

    Mais quelle était l’urgence d’octroyer tous les contrats à seulement 4 soumissionnaires. Que l’on sache, il n’y avait pas de cadavres dans les rues, pas plus qu’il n’y avait des émeutes de la faim à Guédiawaye. En snobant les Modou Ndiaye et autres Samba Gueye qui n’ont que 2 camions ou 5000 tonnes de riz à offrir, l’etat a laissé en rade de petits hommes d’affaires sénégalais qui comptaient sur cet argent pour prendre du volume. Dieu sait qu’ils ne sont pas assis sur des milliards. Leur argent reste ici et sert à entretenir des familles sinon des villages entiers de Mbirkilane à Kidira. Les lendemains de Coronavirus seront durs, très durs pour plusieurs d’entre eux. Comment a t-on pu ?

    Dans l’art de se tirer dans le pied, ou plus exactement de tirer dans les jambes de ses citoyens, ce gouvernement semble avoir un talent rare.

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