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Dakar a été la première étape de la tournée africaine du Président Xi Jinping. Kigali sera la deuxième étape de ce voyage. Le chef de l’Etat chinois bouclera sa visite en terre africaine par le pays de Nelson Mandela, où il va participer au Sommet des «Brics», regroupement de pays émergents que sont le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Le Président chinois a soigneusement choisi les pays à visiter et on peut considérer qu’il n’a mis en avant que ce que son pays pourrait gagner dans une dynamique de partenariat. La grande visite de Xi Jinping, accompagné d’une délégation aux mêmes allures que s’il devait aller à Washington ou dans une autre grande capitale du monde, révèle que pour les autorités chinoises, l’avenir de leur coopération en Afrique se trouve dans ces pays visités. Le Rwanda et le Sénégal, notamment, présentent la carte de visite d’être des pays avec un certain dynamisme économique, on peut même dire un allant, car s’appuyant sur des fondamentaux solides. Ces deux pays offrent les meilleures perspectives économiques sur le continent africain. Toutes les institutions économiques et financières internationales s’accordent sur cette analyse. Aussi, ils offrent le visage d’être dotés de régimes politiques stables. Les choix du Sénégal et du Rwanda ne sont donc pas le fruit d’un hasard. On peut considérer que c’est dans ces deux pays que la Chine compterait s’installer durablement et développer des relations d’affaires. Comme on peut aussi ajouter que le choix de venir au Sénégal est une option ou un pari clair du Président chinois. C’est un choix délibéré, car on pourra toujours dire que le fait que le Président Paul Kagamé soit le président en exercice de l’Union africaine ne serait pas étranger à la décision de Xi Jinping de visiter le Rwanda. Par contre, en venant au Sénégal, le Président chinois met en avant un choix objectif. C’est donc un privilège singulier pour le Sénégal. Ils sont nombreux, les pays africains qui auraient bien aimé dérouler le tapis rouge à Xi Jinping. Au prochain Sommet Chine-Afrique, prévu en septembre 2018, le Président Macky Sall devra avoir une posture de privilégié.
En effet, la visite d’Etat du président de la République populaire de Chine, avec la signature de différents accords de coopération dans des domaines tels que les infrastructures, l’aviation civile et la justice, mérite une attention particulière dans les choix du Sénégal de conduire sa coopération. Un nouveau prisme est prôné depuis quelques années dans la conduite de la coopération économique du Sénégal qui, faut-il encore le rappeler, s’inscrit dans une longue tradition diplomatique d’ouverture. Ce prisme est celui de relations gagnant-gagnant et de profitabilité mutuelle. Le Président Léopold Sédar Senghor, en dépit de sa trop grande proximité avec la France, avait cherché à développer des relations d’ouverture vers d’autres Nations du monde. Le Sénégal, sous le magistère de Léopold Sédar Senghor, était par exemple l’une des figures de proue du «Mouvement des pays non alignés». Il entretenait des relations, sans aucun complexe, avec la Chine, la Corée du Nord ou les pays arabes et asiatiques. Le Président Abdou Diouf, plus timoré, ne jouera pas moins sa partition en privilégiant les relations bilatérales avec certains pays arabes comme l’Arabie Saoudite ou le Koweït. Abdoulaye Wade brisera tous les codes et s’affranchira de toutes les contraintes diplomatiques. Avec beaucoup d’audace, il avait cherché à ouvrir la coopération de son pays vers de nouveaux alliés. Cette approche n’avait pas eu l’heur de plaire à de nombreuses chancelleries occidentales, des «amis» traditionnels du Sénégal. Mais le Sénégal avait tenu à explorer de nouveaux partenariats avec les pays émergents d’Asie et les pays arabes. Dans un monde de compétition entre Etats, cette dynamique a surtout trouvé sa légitimité dans le fait que les «amis» du Sénégal, qui s’effarouchaient de ces nouvelles relations amicales du Président Wade, s’évertuaient à en tisser davantage avec ces mêmes pays. On ne le dira jamais assez, l’obtention de gain pour les pays dans les relations qu’ils entretiennent est un enjeu capital. Les Etats mettent en avant leurs potentialités et collaborent dans l’optique d’avoir les meilleurs gains pour leur population.
Le Sénégal, un nouveau partenaire de référence pour la Chine
Le Président Macky Sall s’illustre parfaitement sur ce registre. Ainsi travaille-t-il à développer les relations du Sénégal avec des pays comme la Russie, la Turquie, l’Inde, le Brésil, les pays arabes et asiatiques. Cette posture réaliste a eu du mal à s’inscrire dans les dynamiques des Etats africains en coopérant avec d’autres entités souveraines, mais un changement de paradigme se note avec des puissances comme la Chine. Cette dernière cherche à inscrire sa coopération internationale dans un registre nouveau que celui des traditionnelles relations entre pays développés et pays en développement, ou sous une dialectique Nord-Sud. Le propos du Président Xi Jinping appelant à une collaboration entre la Chine et le Sénégal, sincère et entre égaux, témoigne d’une approche différente. Il y a de moins en moins d’effusions philosophiques dans les relations diplomatiques. Il appartient à des pays comme le nôtre de capitaliser au mieux dans la coopération avec d’autres entités étatiques sur nos capacités et potentialités.
La Chine s’est hissée en quelques années au rang de deuxième partenaire commercial du Sénégal. Les échanges commerciaux entre le Sénégal et la Chine sont en forte évolution, atteignant plus de 1 264 milliards de francs Cfa en 2017. C’est une destination d’exportation de produits agricoles sénégalais dont l’arachide, avec une présence de plus en plus importante d’opérateurs chinois au Sénégal pour la collecte de graines. La coopération entre la Chine et le Sénégal touche la réalisation d’infrastructures. Les projets de routes et d’autoroutes de l’Etat sénégalais connaissent une implication des entreprises chinoises. L’autoroute Thiès-Touba, le pont à péage de Foundiougne et les travaux d’entreprises chinoises dans la ville de Diamniadio sont des exemples patents de réalisations dans le cadre du partenariat sino-sénégalais. Le Président Macky Sall a indiqué que des financements de la Chine au Sénégal sont à hauteur de 1 200 milliards de francs Cfa pour l’heure, avec près de 900 milliards investis entre 2012 et 2018. L’axe Dakar-Pékin se porte bien et semble augurer d’un avenir plus renforcé en vue de la conduite de grands projets au Sénégal. Les perspectives de collaboration se multiplieront, notamment dans des secteurs comme l’énergie, l’hydraulique, la santé, l’économie numérique et l’agriculture. Déjà, le Président Macky Sall avait négocié avec le Président Hu Jintao l’élection du Sénégal comme destination touristique autorisée pour les populations chinoises. Des actions pour développer ce créneau devraient rapporter gros pour le Sénégal, quand on connaît le dynamisme des touristes chinois qui partent découvrir des pays étrangers. Les perspectives économiques du Sénégal, notamment avec l’exploitation du pétrole et du gaz, devront attirer davantage les investisseurs chinois et les opérateurs dans des domaines connexes aux métiers des hydrocarbures. L’ouverture d’une ligne commerciale aérienne directe entre le Sénégal et la Chine devra fouetter les échanges et présenter de nombreux avantages et opportunités pour les milieux d’affaires des deux pays.
Au niveau diplomatique, la Chine et le Sénégal s’accordent sur des questions majeures comme la réforme du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies, avec une meilleure représentativité de l’Afrique, ainsi que la lutte contre la pauvreté, en s’imprégnant des réalités des populations affectées, la gestion des échanges commerciaux mondiaux et les changements climatiques. Il est prévisible que les autorités sénégalaises et chinoises se concerteront davantage face aux grands enjeux internationaux dans les différentes instances.
La visite d’Etat du Président Xi Jinping et les ententes conclues, consolidant davantage l’axe Dakar-Pékin, montrent qu’il est bien possible pour un pays comme le nôtre de nouer des alliances profitables et de se faire partenaire de référence. Un potentiel est bien là. L’audace de bouger les lignes, de s’inscrire dans du nouveau et de se faire exigeant est une des lignes qui doivent guider l’action de nos dirigeants dans la conduite de la coopération internationale du Sénégal.

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