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«A boire, à boire, par pitié.» C’est le cri de détresse des populations des 39 villages de la commune de Thiénaba. Elles s’étaient donné rendez-vous ce dimanche à Thiénaba Gare pour solliciter le payement d’une dette de 95 millions de F Cfa que le comité de gestion du forage de ladite localité doit à la Senelec. Ce, afin de venir à bout de la pénurie d’eau qui sévit dans la cité religieuse depuis plusieurs mois.

«Depuis plus de sept mois, la commune de Thiénaba est confrontée à une grave pénurie d’eau causée par des factures impayées dues à la Senelec et qui s’élèvent à 95 millions de F Cfa. Conséquence : nos foyers endurent une souffrance inimaginable du fait de la rareté de l’eau», enrage Mame Anta Paye, au milieu d’une foule réclamant à tue-tête le précieux liquide. «De l’eau, de l’eau. Nous avons soif», se lamentent en chœur les bonnes ménagères massées à la grande place de Thiénaba Gare. Foulard rouge à la tête, Mme Paye estime que la coupe est pleine. «On ne peut plus se doucher, ni faire nos ablutions encore moins boire à satiété, ni rien faire d’autre. Cette situation, on en a marre. Il faut que les autorités prennent leurs responsabilités et fassent revenir l’eau au plus vite.» Pis, révèle-t-elle, «la sage-femme du poste de santé de la commune nous a confié que depuis le début de la pénurie d’eau, elle a constaté qu’il y a plusieurs cas d’avortements». C’est parce que, explique Mame Anta Paye, «les corvées d’eau sont pénibles. Nous approvisionnons nos foyers avec des bouteilles d’eau trop lourdes. Et parfois, nous marchons jusqu’à Keur Ndiack qui se trouve à 15 km  de Thiénaba Gare pour trouver de l’eau».
Ainsi, elle sollicite l’aide de la Première dame Marième Faye Sall. Sa voisine, Ndèye Marie Dia, rouge de colère et en sueur, se détache de la foule pour exprimer sa complainte : «Cette situation est lamentable et indigne de nos autorités locales.» La mine déconfite, elle confie : «Cela fait plusieurs mois que nous peinons à approvisionner correctement nos maisons à cause de factures impayées devenues insupportables. Nous sommes fatiguées de courir après la recherche du liquide précieux. Nous demandons au président de la République qui prône le ‘’fast tract’’ de régler ce problème. Parce qu’on ne peut parler d’émergence dans un pays où il n’y a pas d’eau.» Comme elle, les jeunes de la commune qui vivent la même galère se désolent : «C’est une gestion nébuleuse du comité de gestion du forage de la commune qui a nous conduits à ce problème, parce que les ménages payent correctement leurs factures», dénonce Cheikh Diouf qui signale que quand le problème est devenu intenable, «le sous-préfet avait mis en place un comité ad hoc qui fonctionne, qui achète le carburant d’un montant de 75 mille francs par jour pour faire fonctionner le groupe électrogène. La somme provenait des factures payées par les ménages». Mais, dit-il, «cette mesure ne profite qu’à une petite partie de la population de Thiénaba».
Excédées par la situation, les populations font dans la menace. «Nous irons jusqu’au bout de notre combat.» Bouillant à 100%, Ahmadou Bamba Ly, lui, indexe «l’incompétence du maire de la commune de Thiénaba, Talla Diagne, et de son équipe». Il s’étrangle : «Nous ne pouvons pas décrire le degré de souffrance des populations de Thiénaba.» Il s’indigne et dénonce la «désinvolture de l’autorité municipale» face au manque d’eau dans leur localité qui dure depuis plusieurs mois. «Il n’y a pas une seule autorité locale de la commune qui a une fois dénoncé le manque d’eau de la localité», poursuit-il. Le plaignant se dit surtout outré que Thiénaba, «une cité religieuse, bénéficie de trois forages qui ne fonctionnent pas. C’est inadmissible». Pour dire, selon Ahmadou Bamba Ly, «il y a une incapacité ou plutôt une négligence totale des autorités locales de Thiénaba». Pour ces raisons, il sollicite directement l’aide du Président Macky Sall, «qui a largement gagné à Thiénaba lors de la Présidentielle». «Nous lui demandons de mandater une délégation des services publics de l’eau comme la Sde où l’Office des forages ruraux (Ofor) dont la mission principale est la mise en place d’un dispositif de gestion comptable et financière des systèmes d’alimentation d’eau performante, assurant l’exploitation et la bonne gestion des forages.» Car, laissera entendre M. Ly, «c’est un paradoxe que Thiénaba qui est le premier arrondissement du Sénégal ne puisse jusqu’à présent régler le problème d’eau».
nfniang@lequotidien.sn

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