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Emmanuel Macron a revêtu dès le premier jour de son aménagement à l’Elysée son costume de président de la République française. Il a donné le ton en clamant : «Nous ne pouvons plus nous réfugier derrière des usages ou des habitudes d’un autre temps.» Tel est le leitmotiv du nouveau chef de l’Etat français. Emmanuel Macron se présente comme un modernisateur de la France et de ses rapports avec le monde. On peut toujours dire que d’aucuns avaient parlé comme lui et avaient fini par agir autrement, rattrapés par la «realpolitik» ou par «la force des choses». Mais on peut dire, sans risque de se tromper, qu’avec Macron les paradigmes vont changer.
Le thème des relations entre la France et l’Afrique n’a pas été très visible dans la campagne électorale française et Emmanuel Macron a eu à dire le moins possible de la politique africaine qu’il préconiserait. C’est dire que le nouveau président de la République française laisse beaucoup d’énigmes en ce qui concerne sa politique africaine. L’arrivée de Emmanuel Macron au pouvoir pose des questions sur les relations entre l’Afrique et la France, les résolutions majeures qui seront prises, le type de partenariat et de coopération politique, économique et militaire qui sera mis en œuvre. Le modèle prôné par François Hollande se poursuivra-t-il, notamment sur les questions militaires et de défense ? Une approche Macron orientée vers l’économie et la conduite soutenue d’opportunités de développement et d’affaires sera-t-elle en œuvre ?
De ce qui semble sortir des différentes actions et propositions du Président Macron, sa politique à l’égard de l’Afrique devra se voir sous les axes de l’économie, la défense, un raffermissement des liens étatiques et une plus grande implication des acteurs concernés pour un jeu égal.

Macron et le franc Cfa : Toute une histoire
La prise de position à Alger de Emmanuel Macron sur la question coloniale, en refusant que soit refoulé le passé colonial et en préconisant que la France se confronte à son histoire, a vite été perçue en Afrique comme un mea culpa ou une forme de repentir et donc d’une disposition à payer une dette coloniale ou à réparer un préjudice. Emmanuel Macron n’est pas dans une approche philanthropique. Loin s’en faut. Il a annoncé la couleur de manière claire et nette. La  France ne fera le même effort que l’Allemagne pour hisser son aide publique au développement à au moins 0,7% de son Pib que «si elle en a les moyens». En d’autres termes, Emmanuel Marron n’imposera pas des sacrifices à son pays pour aider le reste du monde. Pour lui, le niveau de déficit budgétaire de la France et le respect des critères de performances économiques fixés par l’Union européenne priment sur toute autre option politique ou diplomatique.
L’arrivée de Emmanuel Macron va remettre au cœur du débat l’avenir de la zone franc en Afrique. Du temps où il était à Bercy, siège du ministère français de l’Economie, Emmanuel Macron ne faisait pas mystère de ses réticences vis-à-vis du lien ombilical entre la France et les pays de la zone franc en matière de politique monétaire. Emmanuel Macron avait toujours rechigné à compenser les pertes de changes subies par la zone Cfa du fait de fluctuations des cours internationaux. Il est le moins enthousiaste à poursuivre une telle politique de coopération et il dit, à qui veut l’entendre, que la France ne peut pas ne pas se préoccuper de la stabilité politique, économique et monétaire dans ces pays partenaires en Afrique, mais au demeurant, le choix des chefs d’Etat africains s’imposera quant à l’avenir du franc Cfa par exemple. Dans certains milieux français, il se susurre que Jean Michel Severino, ancien vice-président de la Banque mondiale et patron de l’Agence française de développement (Afd), acteur de la dévaluation du franc Cfa le 11 janvier 1994, soufflera à l’oreille du Président Macron. Toute une histoire et tout un symbole !
Comme pour la France où l’économie sert de locomotive à l’action du Président Macron, la nouvelle orientation dans les relations entre l’Afrique et la France sera fortement économique. Le défi restera celui d’une meilleure transparence dans les partenariats, d’écarter les caricatures des réseaux d’influence et de la profitabilité. Emmanuel Macron a eu à s’exercer à la profession de foi en prônant «une nouvelle politique en Afrique, où la paix et l’esprit d’entreprise construiront le siècle qui commence». Les potentialités et opportunités du continent africain sont louées par le président français qui fut stagiaire à l’ambassade de France au Nigeria, où il avait sans doute pris la pleine mesure d’un pouls dynamique de l’Afrique qui reste visible dans sa jeunesse et des initiatives qui y sont portées. Le cas nigérian, à quelques variables près, peut être généralisé au reste du continent. Une jeunesse dynamique est présente et cherche des opportunités pour se mettre en valeur aussi bien dans les entités étatiques que dans le monde économique. La connaissance de cet enjeu générationnel et la réalité d’un monde qui s’ouvre de plus en plus expliquent l’emphase particulière que compte mettre M. Macron sur la mobilisation de ressources et financements dans les infrastructures, la promotion et la consolidation du tissu des entreprises africaines. Ainsi, Emmanuel Macron voudrait réorienter d’importantes parts des ressources de l’Afd vers des financements accordés aux petites et moyennes entreprises. Aussi, Emmanuel Macron se projette de privilégier l’accueil d’étudiants africains en France plutôt que d’aider des gouvernements africains à financer leurs politiques régaliennes.

La doctrine George Walker Bush pour l’Afrique à l’Elysée
La question sécuritaire et de l’engagement militaire de la France sur le continent africain constituera sans doute un pan essentiel de la stratégie en Afrique du Président Macron. Sa proximité avec Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense de François Hollande, peut laisser augurer que la ligne Le Drian serait encore de mise, d’autant que Emmanuel Macron réserve aux forces françaises engagées dans l’opération Barkhane au Sahel sa deuxième visite à l’étranger. Il reste que Emmanuel Macron a déjà assez montré sa capacité à s’émanciper, s’affranchir de toute influence de mentor, notamment en matière de choix politiques.
La montée de l’extrémisme et la lutte contre les groupes terroristes mobilisent beaucoup d’efforts des Etats africains et de la France, tous concernés par le danger croissant du terrorisme et de ses impacts politiques, économiques et sociaux. L’intervention française au Mali, engagée par François Hollande, est un épisode lors duquel la présence militaire française en Afrique a été fortement débattue. Des positions critiques se sont affrontées à des arguments conciliants autour du rôle de la France et des Etats africains face à la sécurisation du continent et de la nécessaire prise de responsabilités de chacune des parties pour faire face au péril extrémiste. Dans un entretien accordé en avril dernier au Monde Afrique, le candidat-président Macron esquissait une piste de son action sécuritaire, en confiant que la présence militaire française en Afrique «ne doit pas, sur le long terme, se substituer aux Etats africains et elle n’est pas un but en soi». On croirait entendre parler George Walker Bush ou Condoleeza Rice. Un renforcement dans la coopération avec les Etats africains sur les théâtres de conflits sera donc poursuivi avec une implication de tous les acteurs concernés sur la sécurisation du continent et de ses populations. Une implication des institutions sous-régionales et continentales en matière de sécurisation se met progressivement en place. Les Etats africains font le pari de prendre les devants pour ce qui est de la stabilisation sous-régionale et d’un endiguement de toute entreprise de déstabilisation. Les actions de la Cedeao lors de la récente crise à l’issue des élections gambiennes montrent qu’un paradigme sécuritaire nouveau est en place et peut être grandement favorable à l’approche que la gouvernance Macron proposera dans ce domaine.
On voit bien que dans son partenariat avec l’Afrique, M. Macron compte combiner une relation solide avec les Etats à un partenariat étroit avec les acteurs vifs du continent issus notamment de la société civile et des affaires. Il reviendra aux Etats africains d’afficher clairement leurs ambitions et intérêts dans le partenariat nouveau que proposera le Président Macron. Comme il a tenu à le rappeler en clôture de son allocution de prise de fonction de président de la République française, «rien ne me fera renoncer à défendre en tout temps et tout lieu l’intérêt de la France». A l’Afrique de connaître les siens et d’ériger un partenariat viable et profitable.­

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