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L’affaire Yavuz Selim prend une nouvelle tournure à la veille de la rentrée des classes. Président du Conseil d’administration de Yavuz Selim Sa, Madiambal Diagne dénonce dans cet entretien la «perfidie» de l’Etat et l’appelle au respect des règles de droit. M. Diagne qui ne compte pas baisser les bras promet, avec ses partenaires, de se battre jusqu’à la dernière énergie pour conserver le patrimoine du groupe.

Il y a eu des derniers développements dans l’affaire Yavuz Selim juste après que vous avez annoncé que le capital a été ouvert à des nationaux français. Est-ce que vous pouvez nous les expliquer ?
Il faut dire que notre entreprise, Yavuz Selim Sa, est une société de droit sénégalais et possède le patrimoine de toutes les écoles du groupe scolaire. Le patrimoine immobilier, foncier et matériel, une partie du capital de cette entreprise a été cédée à des investisseurs français qui ont choisi de venir à la rescousse avec l’objectif de prêter main forte à des personnes qui sont fragiles, persécutées et dont on veut spolier. Des Français qui épousent leur combat et qui considèrent qu’elles sont dans une cause de justice et que ce sont des gens qui n’ont commis aucune infraction, ni délit ni crime et à qui on ne peut rien reprocher ; ces personnes-là méritent de travailler ici et elles ont fait des investissements dans ce pays depuis plus de 20 ans, des investissements qui ont grandi, qui ont réussi. Ces gens ont volé à notre secours en nous disant : «Ecoutez, nous achetons ces parts-là pour les sécuriser et on vous laisse continuer l’activité.»
Donc aujourd’hui, si on fait le tour de table, on peut constater que l’actionnariat est composé de Sénégalais et de nationaux français. Les Turcs qui étaient dans le capital ont cédé leurs parts à des Français qui ne gèrent pas, qui ont laissé la gérance parce que c’est un modèle éducatif spécifique. Ils considèrent que ces gens qui ont éprouvé ce modèle l’ont pensé, mis en place et qui a donné des résultats, doivent continuer avec ce modèle-là. C’est vraiment le schéma qui a été mis en place. Quand on avait annoncé cela, nous n’avions jamais caché que nous avons fait des transactions dans les règles de l’art. Les publications nécessaires ont été faites, les droits et taxes ont été acquittés au niveau des services compétents de l’Etat. Donc, cela a été une procédure faite en toute transparence. Et pour vous dire que ça a été tellement transparent avant même que la procédure ne soit terminée, moi qui vous parle j’ai eu à tenir informées les plus hautes autorités de l’Etat du Sénégal en leur disant : «Voilà ce que nous allons faire.» Et les investisseurs français ont aussi tenu à aller auprès de l’ambassade de France au Sénégal pour les informer de l’opération qu’ils allaient faire. Donc, nous n’avons rien caché, nous avons voulu être transparents, nous avons voulu faire tout sur la place publique. Parce que nous considérons que nous sommes en face d‘un Etat fort, d’un Etat puissant, qui s’arroge tous les droits et qui, même, se donne des droits sans limite. Et nous pensons que nous ne pouvons que nous reposer sur la force du droit, de la légalité et de la transparence. C’est ça notre démarche.

Pourtant, vous avez participé aux différents examens organisés par ledit ministère et aussi au Concours général…
Le ministre de l’Education nationale, dans cette histoire-là, cherche à faire de l’amalgame et preuve de mauvaise foi. La mauvaise foi est tellement grande que nous, nous n’avons jamais dit que l’autorisation d’enseigner a été délivrée au groupe scolaire Yavuz Selim, mais à une association qui s’appelle Baskent Egitim, qui exploitait des écoles sous le label Groupe scolaire Yavuz Selim. Nous avons, il y a 3 ou 4 ans de cela, créé une société anonyme qui a bénéficié de la gérance de cette activité-là, comme cela se fait dans toute transaction commerciale. Une société ou une activité peut être gérée par une entité dédiée à cet effet, et nous l’avons fait. Donc, s’il cherche à faire de l’amalgame, c’est un amalgame mal à propos, parce qu’il parle en connaissance de cause et cherche à tromper l’opinion publique, à semer la zizanie dans l’esprit des gens.
Et puis, vous avez raison de le dire, aujourd’hui, il peut nous faire grief de nous dire : «Vous n’avez pas l’autorisation d’enseigner, vous Groupe scolaire Yavuz Selim.» Mais ce qu’il oublie de dire, c’est que ce Groupe scolaire Yavuz Selim, qui n’a peut-être pas l’autorisation d’enseigner, a envoyé ses élèves au Concours général que le ministère de l’Education nationale a lui-même organisé et nous avons eu des résultats qui n’ont jamais été obtenus par l’école depuis sa création ; que ce ministre de l’Education nationale a ouvert des examens nationaux auxquels nos candidats ont pris part en composant au Bac­calauréat, au Bfem et à l’Entrée en sixième à l’issue desquels nous avons obtenu, cette année, des résultats que nous n’avons jamais obtenus dans l’histoire du Sénégal. Donc, je trouve que revenir aujourd’hui nous dire que : «Vous n’avez pas le droit d’enseigner», c’est à la limite se moquer des gens.
Maintenant, il y a un autre aspect que je dois souligner par rapport à cette démarche et cette attitude  du ministère de l’Education, que ce n’est pas une nouveauté. On l’a toujours vu parler à la place des Turcs, de la Fondation Maarif, qui n’est jamais venue au Sénégal, qui n’a jamais exercé nulle part avant l’année dernière, qui vient aujourd’hui s’arroger, se donner tous les droits et qui va aujourd’hui se faire dérouler le tapis rouge par des gens qui  veulent leur confier un modèle éducatif qui a été éprouvé, développé pendant 20 ans et qui a fait ses succès pour que les parents considèrent que c’est la meilleure école du Sénégal et le ministre de l’Education nationale le re­con­naît.

Au-delà du communiqué du ministère de l’Education nationale, est-ce qu’au niveau de la justice il y a une autre décision qui vous a été notifiée ?
Il faut dire que ce communiqué du ministère de l’Education nationale, encore une fois, a été fait en faisant abstraction de toutes les procédures judiciaires qui existent. Et j’ai l’impression que les gens n’ont pas cherché à se donner ou à entourer leurs actions du minimum de légalité. L’Association Baskent Egitim avait été dissoute sur la base d’un arrêté du ministère de l’Intérieur et qui est contesté devant la Cour suprême. Cette procédure-là est pendante devant la Cour suprême qui n’a pas encore statué. Donc aujourd’hui, tant que la Cour suprême n’a pas vidé ce contentieux, cet arrêté-là n’est pas applicable. Et cet arrêté-là ne peut pas être appliqué. Je crois que c’est un principe élémentaire de droit que quelqu’un qui a la charge d’une fonction aussi importante de ministre de la République doit savoir.
Deuxième chose, l’Etat du Sénégal s’est arrogé le droit de saisir le juge des référés du Tribunal régional de Dakar pour une procédure qui est pendante devant la Cour suprême. L’Etat du Sénégal, par le biais de l’Agent judiciaire de l’Etat, a saisi le juge des référés pour demander à ce que la Fondation Maarif, qui est une fondation de droit turc comme c’est structuré dans ses documents, puisse administrer le Groupe scolaire Yavuz Selim, une société de droit sénégalais. Même Baskent Egitim est une association de droit sénégalais. Comment peut-on envisager de demander à ce qu’une fondation étrangère de droit étranger vienne administrer une fondation ou bien une entreprise de droit national ?

Est-ce qu’ils vous ont notifié cette décision ?
Non, ce n’est pas une décision. C’est une procédure qu’ils ont entamée, mais je vais vous dire jusqu’où la perfidie est ignoble dans cette opération. L’Etat du Sénégal a triché, il a triché. Et je pèse bien mes mots. En quoi ils ont triché ? Au lieu de nous servir une assignation en bonne et due forme, ils nous ont assigné à mairie, comme si nous n’avons pas d’adresse, nous sommes invisibles. Mais tout le monde connaît le lieu d’implantation du Groupe scolaire Yavuz Selim et ses responsables. On ne nous envoie pas une assignation, on l’envoie à la mairie, c’était voulu. Pourquoi ? Nous n’étions pas informés, l’Etat a fait enrôler l’affaire par le juge des référés à une audience à la date du 4 septembre 2017 et le juge des référés a mis l’affaire en délibéré au 18 septembre sans pour autant qu’il nous ait donné la possibilité de nous défendre. Vous voyez cette tricherie ?
Quand nous avons été informés par des gens qui ont trouvé que c’était inacceptable, et qui nous ont dit : «Ecoutez, faites attention ! Les gens sont en train de vous faire un bébé dans le dos.» Nous avons demandé à nos avocats de demander le rabat d’arrêt du délibéré qui est pendant devant le Tribunal régional hors classe de Dakar. Nous ne savons pas pour le moment la suite que le juge des référés va donner à notre demande, mais nous pensons que le minimum c’est de rouvrir les débats pour que nous puissions donner des arguments.
Mais l’Etat du Sénégal ne veut pas s’entourer de légalité ou de procédure quelconque. Vendredi dernier, le gouverneur de la région de Saint-Louis a convoqué le directeur de l’école Yavuz Selim à Saint-Louis pour lui dire de ne plus mettre les pieds à l’école et que désormais c’est la Fondation Maarif qui va s’occuper de l’école à partir de ce lundi 11 septembre.

Alors que le délibéré est fixé au 18 septembre…
Mais le délibéré n’est pas encore vidé, pour vous dire qu’ils n’ont cure de ça. Ils n’ont aucun respect pour la justice ou pour le fonctionnement des institutions de la République. Et quand le gouverneur de Saint-Louis lui a dit cela verbalement, le directeur m’a appelé. Je lui ai dit : «Demandez-lui de vous faire un écrit.» Savez-vous ce que le gouverneur a fait ? Il a eu le culot de lui envoyer une lettre pour lui dire : «Ne mets plus les pieds à l’école lundi (Ndlr : aujourd’hui). C’est Maarif qui doit s’installer.» J’ai pris sur moi de saisir les autorités de l’Etat pour leur dire : «Vous n’en êtes pas encore à une forfaiture près dans cette histoire. Quel démon vous possède pour que l’Etat du Sénégal foule au pied toutes les lois pour faire plaisir à Maarif et aux hommes de Erdogan ?» J’ai envoyé une lettre au gouverneur de Saint-Louis pour lui préciser que sa lettre est illégale et que nous n’entendons pas respecter ses injonctions.
Il semble que le gouverneur a appelé durant le week-end notre directeur pour lui dire : «Retournez à votre classe à partir de mardi, ne faites pas de bruit !» J’ai dit : «On va faire du bruit.» Nous ne l’accepterons pas. Et ça interpelle la justice. Comment la justice peut-elle accepter qu’un gouverneur de région, instruit par le ministre Abdoulaye Daouda Diallo qui en est à son dernier acte dans son ministère (Ndlr : de l’Intérieur), s’empresse de mettre en œuvre une décision qu’il a prise au mois de décembre dernier et qu’il n’arrive pas à appliquer ? C’est au moment où il doit partir qu’il donne des instructions à des gouverneurs pour qu’on nous sorte illico-presto et manu-militari de notre patrimoine. Et puis encore pour une fois nous sommes au Sénégal, tout le monde peut s’accorder sur le fait que nous sommes un pays de droit. Le droit de la propriété est constitutionnalisé. Comment peut-on prendre un patrimoine immobilier, matériel et foncier de privés et le donner à un autre sans aucune forme de procédure ? Mais quel signal on peut donner à un investisseur qui se dit que : «Moi je suis dans un pays où j’ai travaillé pendant 20 ans, j’y ai construit un patrimoine, des biens qui m’appartiennent, mais puisque je suis en déliquescence avec mon gouvernement, ce dernier peut demander qu’on me le confisque et que l’Etat du Sénégal va obtempérer.»
Nous ne baisserons pas pavillon et nous ne reculerons pas d’un seul iota. Maintenant, l’Etat prendra ses responsabilités. Si l’Etat a la force de la police pour nous sortir de nos écoles menottés et tabassés comme Erdogan le fait avec son Peuple, nous pensons que le gouvernement du Sénégal devrait avoir assez de scrupule pour ne pas faire comme Erdogan. En tout cas, l’image que renvoie le Sénégal n’est pas conforme à celle que renvoie le Président turc dans son pays. Erdogan peut se lever dans son pays, prendre les biens des gens et les donner à d’autres, mais je ne pense pas qu’au Sénégal on puisse le faire. C’est un pays organisé, un pays qui marche sur des règles de droit. Nous osons espérer qu’elles seront respectées, quoi qu’il advienne.

Est-ce que vous avez envisagé de rencontrer le Président et de lui expliquer la situation ?
Le Président n’ignore rien de cette situation. Moi qui vous parle, je lui en ai parlé plusieurs fois. Le Premier ministre n’ignore rien de cette situation. Aucun membre de ce gouvernement n’ignore rien, comme aucun citoyen n’ignore rien de cette situation. Nous avons toujours dit que nous n’avons pas cherché un contentieux. On est en train de transposer au Sénégal un problème politique qui est arrivé en Turquie et qui n’a pas lieu de s’installer au Sénégal. Nous travaillons, nous faisons de l’éducation. Nous ne faisons pas de la politique. Mais aujourd’hui, c’est le gouvernement qui veut politiser l’Education nationale en faisant venir des gens qui ont des objectifs politiques, mais pas pédagogiques.

Le Sénégal n’a-t-il pas les mains liées dans cette histoire ?
Le Sénégal n’a aucune raison d’avoir les mains liées dans cette histoire. C’est quoi les investissements de la Turquie au Sénégal ?

C’est l’aéroport de Diass…
(Il coupe) Les Turcs ne nous donnent rien. Ils nous prêtent de l’argent que le citoyen sénégalais rembourse. Ils ne nous font aucun cadeau. La France, les Etats-Unis, l’Union européenne, l’Allemagne, la Chine ou d’autres pays qui nous font des appuis budgétaires ou les pays arabes, ils ne sont pas exigeants autant que nous le fait la Turquie. Alors qu’elle ne nous offre rien. Elle nous prête. Et mesurez bien ce que je vais vous dire ! Les investissements turcs au Sénégal ne procèdent que du blanchiment d’argent. C’est de l’argent de la nomenklatura turque qui est investi ici et qui sera rapatrié en Turquie comme ils l’ont fait dans les autres pays. Le Sénégal fait partie des deux ou trois seuls pays au monde où les Turcs investissent leur argent. Est-ce que le Sénégal doit accepter de jouer ce rôle-là ?

Nos dirigeants sont-ils au courant ?
Ils ne peuvent pas ne pas le savoir. Tout le monde le sait. Les médias le savent, tous les services d’enquête et d’investigations le savent. Le gouvernement du Sénégal ne peut pas l’ignorer. S’il l’ignore, je les informe que c’est du blanchiment d’argent qu’ils sont en train de couvrir. Tout cet argent qui vient de la Turquie qui nous est prêté et investi ici, c’est pour retourner en Turquie sous forme de blanchiment. Il ne faut pas qu’on  accepte de nous prêter à ce jeu-là. Voilà la situation à laquelle nous sommes confrontés et nous ne le dénoncerons jamais assez. Nous pensons que les gens doivent savoir raison garder et revenir à la raison. Et voyez-vous l’arrogance avec laquelle les Turcs parlent ? Voyez-vous l’arrogance avec laquelle cette ambassadrice de la Turquie parle et s’adresse à nos autorités ? Voyez-vous l’arrogance avec laquelle elle s’adresse aux chaînes de télévision ? Je vais vous faire une confidence. Les fonctionnaires sénégalais qui négocient avec les Turcs dans les projets de l’Etat se font insulter tous les jours.

Ah, oui ?
Les gens leur parlent avec une arrogance déconcertante. Quand quelqu’un vient dire à un fonctionnaire : «Ecoutez ! Vous n’avez rien à dire. Vous n’avez pas de choix, vous n’avez qu’à signer.» C’est arrivé. C’est arrivé plus d’une fois que ces hommes d’affaires turcs qui sont là, qui discutent avec des officiels sénégalais, leur disent : «On n’a rien à discuter avec vous. Vous n’avez qu’à signer. Nous avons convenu ce qu’on a à convenir avec les autorités de ce pays.»

Mais pourquoi le Sénégal devrait-il s’écraser ainsi devant ces hommes d’affaires turcs ?
Je me pose la même question. Pourquoi ils s’arrogent des droits que personne d’autre ne peut avoir dans ce pays ? Ces droits-là, ils ne peuvent pas les avoir en Mauritanie, en Gambie, au Mali, en Guinée ou ailleurs. C’est ici qu’ils les ont. Et je ne sais pas ce qui peut l’expliquer. Qu’est-ce qui peut expliquer que le Sénégal soit aussi faible, aussi précaire, aussi fragile et que le Sénégal s’écroule comme ça devant les investisseurs turcs ? Je ne peux pas le comprendre. Comment quelqu’un peut venir dire «Moi je fais de l’école…». Mais ils n’ont qu’à ouvrir mille écoles, ça ne fait que profiter au Sénégal. Mais pourquoi alors veulent-ils, en venant faire de l’éducation, prendre des écoles qui existent déjà et qui marchent ? Mais ils n’ont qu’à faire de meilleures écoles, peut-être que les parents vont amener leurs enfants là-bas.

Les parents ont-ils très clairement dit qu’ils ne veulent pas de la Fondation Maarif ?
Les parents ont dit qu’ils ont confiance au modèle éducatif des écoles de Yavuz Selim, «nous ne connaissons pas Maarif, nous n’en voulons pas». Le parent a le droit de choisir là où il met son enfant. Pourquoi un gouvernement veut-il imposer à un parent une école privé où il mettra son enfant alors que c’est le parent qui paye son argent ? Mais celui qui paye son argent doit choisir où il le met. Il y a combien d’écoles privées dans ce pays-là ? Les parents qui ont amené leurs enfants à Yavuz Selim, mais ils ont laissé combien d’écoles privées ? C‘est cette école qu’ils ont choisie. Peut-être que nos tarifs sont plus chers que les autres écoles. Mais malgré tout, les parents ont choisi de venir chez nous. Mais pourquoi un gouvernement peut-il imposer à un parent que «non ce n’est plus ces personnes à qui tu as confié tes enfants qui vont l’éduquer, mais c’est d’autres personnes» ?

La Turquie n’a jamais manifesté d’intérêt pour l’éducation nationale de ce pays. Pourquoi elle le fait maintenant ?
Elle a manifesté cet intérêt parce qu’elle se dit ici au Sénégal, elle a la possibilité d’imposer au gouvernement ce qu’elle ne peut pas imposer à d’autres gouvernements. Aux Etats-Unis, le gouvernement turc a demandé à ce qu’on ferme les écoles. Les Américains l’ont envoyé promener. Il l’a demandé à la France, à l’Espagne, à des pays africains comme le Niger où la justice a rendu une décision pour leur dire que cela ne peut se faire. Il l’a demandé à des pays comme le Togo qui l’ont refusé. Le Bénin a refusé. Mais c’est au Sénégal qu’il peut se le permettre. Pourquoi ces pays ont l’autorité de dire non et que le Sénégal ne peut pas le dire ? Moi, c’est ce que je n’arrive pas à comprendre. Qu’est-ce qui s’est passé pour que ces gens ne puissent pas dire non aux Turcs ? Surtout on ne leur dit pas non, mais on utilise l’appareil de l’Etat pour faire prendre à l’Etat des décisions que la morale, la légalité, la démocratie, la transparence et la protection des intérêts de ses citoyens refusent.
Moi je suis un citoyen sénégalais, j’ai investi dans une école avec des partenaires étrangers. Mon gouvernement prend mon patrimoine pour le donner à une fondation étrangère, envoyée par un gouvernement étranger. Un gouvernement est censé protéger les intérêts de ses nationaux, mais non pas les dépouiller pour des étrangers. Comment peut-on envisager que mon propre gouvernement, qui prend les décisions, prenne la police et qui me dit : «Ecoute, ce que tu as là je te l’arrache pour le donner à un autre gouvernement sans aucune forme de procédure.» Il y a problème. Je veux qu’on me dise pourquoi une telle attitude.
Personne ne va se mettre devant la télévision pour me dire que ce que fait le gouvernement est juste. Tout le monde est d’accord que c’est injuste, mais on le fait quand même. Il y a des ministres de la République qui ont leurs enfants chez nous, y compris le ministre de l‘Edu­cation, Serigne Mbaye Thiam, qui s’est illustré de façon très honteuse. La semaine dernière, il a sorti sa fille de l’école. Un ministre qui gère un département à problèmes ne doit pas être le premier à quitter le navire. Sa fille devait être la dernière à quitter l’école. S’il trouve une solution, elle doit être globale, mais pas pour sa seule fille comme si les autres enfants sénégalais ne comptent pas. Quel est ce rapport avec la chose publique ? Le feu brûle et lui s’empresse de chercher à sauver sa fille. Et l’attitude de Serigne Mbaye est la meilleure preuve qu’il ne fait pas confiance à Maarif. Pourquoi voudrait-il que les parents fassent confiance à cette Fondation alors ?

Vous semblez beaucoup regretter le départ de la fille de Serigne Mbaye Thiam…
Moralement, c’est un acte de trahison. Mais ce n’est pas une perte sur le plan financier (Rires). Pendant deux ans que sa fille est présente à l’école, la direction de Yavuz Selim lui avait communiqué les tarifs pratiqués, et lui avait laissé la latitude de payer à sa convenance. Mais jamais Serigne Mbaye Thiam ne s’est acquitté du moindre mois de scolarité.

Ne craignez-vous pas de vivre encore une autre année scolaire trouble ?
On s’attend à tout avec ces gens-là. On a une année passée tumultueuse. Les enfants ont vécu une situation de déchirement. Parfois même, il y a eu des perturbations psychologiques. Mais les enfants se sont ressaisis après. Ils en ont fait un défi. J’ai été à Thiès au niveau des écoles, et je garde en mémoire l’interpellation qu’une jeune fille m’avait faite. Elle m’a lancé : «Tonton, cette histoire-là n’est pas juste, mais vous allez voir. On va relever le défi avec les examens. Nous allons faire de meilleurs résultats.» Donc, cela a renforcé la motivation des élèves. Nous avons la confiance des parents. Imaginez-vous que malgré ce tumulte, ces trois ou quatre derniers jours on a reçu un flot d’inscriptions extraordinaires. Nous, on est étonné. Des parents viennent nous dire : «J’amène mon enfant.» Voilà la réaction que les Sénégalais ont eu à faire pour vous montrer combien les gens sont écœurés. Les parents viennent avec ce tumulte-là pour nous dire : «La situation est incertaine, mais la meilleure façon de vous soutenir c’est d’amener mon enfant.» Vous croyez que ce parent-là, qui a ce degré de motivation, va se laisser faire ? Nous qui avons nos petites économies dans cette histoire, on va se laisser faire ? On va se battre jusqu’à la dernière énergie. On ira où c’est nécessaire. On entreprendra toutes les actions nécessaires pour préserver notre patrimoine.

Et les nationaux français par rapport à cette nouvelle situation ?
Ils ont investi dans une école qui est là, qui a ses problèmes. Certainement ils prendront leurs responsabilités par rapport à cette situation et voir les moyens à entreprendre. Je ne peux pas répondre à leur place. J’ai beau être le président du Conseil d‘administration, ils ont leur stratégie, leur gouvernement qui a été informé de leur volonté d’investir ici. Et encore une fois, cette question-là je veux bien et, je pèse bien mes mots, n’est plus une affaire de petits citoyens turcs dont Erdogan ne veut plus. C’est maintenant une histoire d’une autre dimension. Et c’est pourquoi, par devoir et loyauté par rapport à mes amis qui sont à la tête de ce pays et par devoir pour les intérêts supérieurs de mon pays, j’ai tenu à les informer bien avant la transaction et la situation que l’entêtement du gouvernement du Sénégal à nous spolier pourrait provoquer. Je leur ai dit : «Faites attention ! Des Français volent à notre secours et vont acheter les parts des Turcs. Cela va avoir une autre dimension, trouvez une porte de sortie.» Le gouvernement nous a toujours dit : «On va trouver une solution négociée.» Nous avons toujours dit que nous ne le refusons pas. Mais jamais on a été appelé à une solution négociée. Malgré notre volonté et nos appels incessants à se mettre autour d’une table pour parler et trouver une solution, le gouvernement a fait la sourde oreille.

1 COMMENTAIRE

  1. On est dans quel pays un gouvernement qui veut fermer de manière injuste une école privée à cause de ces intérêts politiques au détriment de celles de sa population, ça ! nous n’accepterons jamais. Quoi qu’il soit nous allons soutenir Le Groupe Scolaire Yavuz Selim qui est un patrimoine national dont le personnel enseignant et administratif donne âme et énergie pour une meilleure éducation de ces élèves. Ces derniers font parti des meilleurs élèves aux Concours Générales des année précédentes.

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