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Ces dernières décennies au Sénégal, l’exercice de la fonction du maire suscite énormément de convoitises, jeux, calculs, commentaires, tensions et d’adversités féroces. Cet intérêt vivace peut bien amener à s’interroger sur la propension de tous ces hommes et femmes à vouloir briguer ce poste.
Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, il serait nécessaire de rappeler que, selon les dispositions de la loi sur les collectivités territoriales, tout citoyen sachant lire, écrire et jouissant de ses droits civiques et pénaux au moment du scrutin peut bel et bien prétendre à occuper le siège du maire si, bien entendu, les conseillers municipaux portent leur choix sur sa candidature. Présentée de cette manière, la fonction semble être à la portée de tout citoyen élu en qualité de conseiller municipal de sa commune. Que nenni ! Que de micmacs, calculs, consultations, deals, rencontres secrètes, mécanismes de parrainage, avant d’accéder à ce fauteuil convoité de premier magistrat de la commune !
En effet, les chapelles politiques, notamment celles détenant les rênes du pouvoir central, ont fait du fauteuil du maire la propriété exclusive d’un de leurs militants par des schémas d’élection définis à l’avance (à moins d’une surprise de dernière minute) sur des bases essentiellement politiciennes. Cette tradition fait que souvent l’esprit d’une gestion de proximité, libre, participative et efficiente soit faussé dès ces moments de choix anticipé. Le mode du scrutin indirect (élection par le Conseil municipal) vient davantage renforcer cette pratique et participe à imposer un maire, quels que soient son profil, son parcours, ses limites, le niveau de désaveu des populations, ses casseroles traînées.
Sur ces bases, un militant d’un parti politique peut être propulsé au-devant de la scène communale pour gérer durant cinq (5) années les destinées d’une collectivité territoriale dans une impréparation inouïe et une carence notoire, connues et reconnues.
Ainsi, par la magie de cette «élection» ou nomination précédent le verdict des urnes, le poste du maire est pourvu. C’est pourquoi donc, par de telles astuces, les administrés ne devraient pas être étonnés par l’amateurisme, le tâtonnement, l’incompétence, l’éloignement, l’indifférence, l’absence d’une vision claire de développement local, l’esprit partisan qui caractériseront la gestion municipale du quinquennat du maire «préfabriqué».
Au Sénégal, la politique de décentralisation accorde de plus en plus de compétences aux collectivités territoriales au fil des années, à telle enseigne que le maire est devenu une autorité locale importante dont les actes pris et autorisés sont lourds de conséquences pour ses administrés. Dès lors, autant d’attributions concentrées entre ses mains doivent inviter à une réflexion sérieuse et davantage de sens de responsabilité des électeurs. Le maire n’est pas ou ne doit donc pas être assimilé à un vil personnage subalterne qui n’existe et n’agit que pour les intérêts d’une obédience politique ou de lobbies ou d’affairistes tapis dans l’ombre.
En conséquence, d’autres réformes et postures seraient attendues et adoptées pour que le volontarisme manifesté par les différents pouvoirs publics de vouloir impulser le développement par la base ne soit plus réduit et limité à la seule pertinence des textes de lois et des conclusions des fora citoyens.
En effet, pour bannir ou atténuer les vieilles et anesthésiantes traditions politiques qui prennent les maires en otage de leur parti politique ou qui facilitent la voie à des citoyens non outillés à occuper le fauteuil de l’édile, des changements comme ceux énumérés ci-dessous et d’autres non évoqués pourraient constituer une ébauche de solutions :
1.     Faire élire le maire au suffrage universel direct pour augmenter les chances des candidats présentant de meilleurs profils, un vécu suffisant et un engagement pour le développement local reconnu, à être portés à la tête des communes ;
2.     Définir un profil plus évolué pour le maire, au-delà du seul critère de savoir lire et écrire ;
3.     Promouvoir un système électoral qui assouplirait les conditions de participation des candidatures indépendantes aux joutes locales ;
4.     Faire en sorte que chaque quartier puisse avoir un siège au sein du Conseil municipal, de même que les catégories socio-professionnelles les plus significatives du territoire communal ;
5.     Réduire les avantages et la part du budget attribué au maire (dépenses cabinet du maire, dépenses diverses) à leur plus simple expression pour éviter de transformer ce dernier en un argentier du parti ou du mouvement politique ;
6.     Interdire certains cumuls de fonctions avec le poste du maire qui le rendraient quasi-indisponible pour sa commune telles que celles de ministre, directeur national…
Au niveau des citoyens locaux, l’amélioration de la gestion dont sont assujettis leurs quartiers, communes passerait probablement par :
o   Une prise de conscience élevée qui les pousserait à s’intéresser de plus près au mécanisme de gestion de leur commune (que la mairie cesse d’être considérée comme une permanence politique au lieu du siège de l’Exécutif local). Autrement dit, le bannissement de l’attitude stérile du spectateur pour une transformation en acteur conscient de ses devoirs et responsabilités dans le développement local ;
o   Un système d’organisations citoyennes fort et susceptible d’assurer leur présence massive dans les instances de décision locales ;
o   Un contrôle citoyen important et permanent en mesure de favoriser la transparence dans la gestion des affaires locales et de mettre à nu tout manquement dans la gestion municipale ;
Aujourd’hui, l’existence d’un concours de circonstances favorables doit exhorter à accorder davantage de  considération au poste du maire. D’abord, une option politique (la décentralisation) attribuant de plus en plus de compétences aux collectivités  territoriales. Ensuite, des partenaires techniques et financiers ayant comme cibles privilégiées les communes qui se traduisent par le nombre croissant de projets et programmes de développement, mobilisant des fonds colossaux qui leur sont destinés. Enfin, une participation citoyenne figurant en bonne place dans le Code général des collectivités et par conséquent encouragée.
Vu sous cet angle, le maire d’aujourd’hui comme de demain est attendu à pouvoir relever des défis de taille, à être performant, entreprenant, imaginatif, ingénieux, réactif, de répondre à des exigences de financements et programmes, à pouvoir écouter, associer,  négocier et faire du marketing territorial, à être capable de bien planifier…
En définitive, il est très aisé de comprendre que ce sont la volonté et le choix des hommes qui produisent le type de gouvernance territoriale souhaité et non le contraire.
Nos communes devraient cesser d’être considérées et comprises comme des «permanences de parti politique», mais plutôt retrouver leur vocation première, à savoir être le socle du développement local où le maire en serait le porte-étendard.
Mamadou DIENG
Vision Guédiawaye
mdieng14@yahoo.fr

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