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Abdoulaye Wade devrait arriver à Dakar ce lundi 10 juillet 2017, pour, annonce-t-il, diriger la campagne de la coalition pour les élections législatives dont il est la tête de file. Il en a le droit. Il est libre de revenir dans son pays quand cela lui chante ; comme il est libre d’être candidat à toute élection à laquelle il se décide de se présenter. C’est donc son choix et il faut le respecter. Ses prédécesseurs, Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, avaient choisi d’autres méthodes ou d’autres manières de faire. Mais il y a un adage en pays wolof qui dit que «si tous les gens étaient égaux par ailleurs, d’aucuns auraient renoncé à leur sort».
De nombreux commentateurs ont analysé le choix de l’ancien président de la République du Sénégal de battre campagne pour obtenir un siège de député, comme étant un combat politique de trop, considérant que l’enjeu ne devrait pas en valoir la chandelle. Il apparaît ridicule qu’un ancien chef de l’Etat se porte candidat à la députation, et surtout face à des concurrents qu’il devrait se refuser comme alter ego. Mais on devra comprendre que Me Abdoulaye Wade a cessé de combattre pour lui-même mais pour son fils Karim Wade, depuis qu’il s’est mis dans la tête que son rejeton est «le meilleur de nous tous». Abdoulaye Wade ne siègera pas à l’Assemblée nationale comme député, il est un candidat par procuration. Il ne saurait siéger comme député, lui qui avait toujours snobé le Parlement avant même d’accéder à la charge de chef de l’Etat. Il part à la bataille des Législatives avec la conviction que son aura permettra à son parti d’engranger des suffrages, en oubliant que sa candidature a participé à disloquer davantage son parti. Le Pds et ses alliés vont fatalement vers une déroute électorale cinglante. Ainsi, ils se réveilleront, le matin du 31 juillet 2017, lendemain du scrutin, avec une mine d’enterrement. En effet, c’est ce jour anniversaire de leur parti, créé, ironie du sort, un fameux 31 juillet 1974, que Me Wade et ses partisans vont enterrer le Pds ou du moins ce qu’il en reste. Abdoulaye Wade apparaît ainsi comme celui qui aura tué tous ses héritiers potentiels, jusqu’à tuer Karim Wade, cet héritier qu’il se serait choisi par préférence. C’est un peu l’histoire russe de Ivan le terrible. Ivan le Terrible subissait des crises de colère foudroyante qui lui faisaient tout détruire autour de lui. C’est durant l’une de ces crises de rage qu’il tua son fils, le tsarévitch Ivan Ivanovitch, en le frappant d’un coup de sceptre sur la tête.  Ivan eut beaucoup de regrets et à sa mort en 1584, c’est son deuxième fils Fédor, qui était lent d’esprit et inapte à régner, qui lui succéda. Quand celui-ci mourut sans enfant, ce fut la fin de la dynastie de Ivan le Terrible, les Riourikides. On peut donc dire que c’est lui-même qui détruisit sa dynastie.
L’histoire ressemble un peu à celle de Abdoulaye Wade. Il n’a jamais trop souffert d’un second, un lieutenant, un homme de confiance qui ait pu survire à ses colères, ses intrigues ou sa phobie de voir son successeur de son vivant. L’âge aidant, il a eu une grosse faiblesse pour son fils Karim Wade, qu’il a cherché à préparer à sa succession à la tête de l’Etat. Il n’y était pas arrivé et en cherchant à tout prix à lui mettre le pied à l’étrier, Me Wade a inconsciemment contribué à créer les conditions de sa perte. Abdoulaye Wade n’aurait-il certainement pas cherché à imposer son fils Karim Wade pour sa succession, qu’il lui aurait épargné tous les déboires. Et comme si cela ne suffisait pas, il persiste dans sa volonté à fabriquer un destin présidentiel à son fils bien aimé, et en cherchant à lui donner les rênes du Pds. Cette propension à tout rechercher et tout faire pour Karim Wade, a fait voler toute sa famille politique en éclats. Abdoulaye Wade ne l’a pas encore compris et sa candidature aux Législatives va consacrer la mort de son parti, qui devrait servir de vaisseau amiral à Karim Wade.
Il faut le dire. Abdoulaye Wade n’a plus toute sa tête. Nous découvrons cela avec tristesse, à chacune de ses sorties médiatiques et cette dégénérescence le conduit à braver le Sénégal, ses institutions et son système démocratique. Abdoulaye Wade menace les institutions républicaines en indiquant qu’il n’y aura pas d’élections en 2019 si Karim Wade n’est pas candidat. On a envie de lui dire : «Maitre, le Peuple sénégalais vous attend de pied ferme. Sans doute que votre intégrité physique pourrait être sauvée eu égard à votre grand âge et à vos anciennes fonctions de chef de l’Etat. Le Sénégal se refusera toujours de fusiller ou jeter en prison ses anciens chefs d’Etat. Mais croyez-moi, tout aventurier qui se joindra à des activités de sédition ou de déstabilisation menées par Abdoulaye Wade se verra tout bonnement «casser la gueule».» Me Wade semble avoir décidé que rien de son œuvre ne lui survivra. Tant pis. Il est comme ces pharaons ou ces empereurs chinois qui se faisaient enterrer à leur mort avec leur nom, leurs bijoux, leurs biens, leurs domestiques et serviteurs. Ils ne laissaient derrière eux qu’un tombeau majestueux. Comme ces pharaons ou ces empereurs chinois, Abdoulaye Wade s’est déjà fait construire son mausolée ou sa pyramide. Ses proches racontent que le jour de l’inauguration du monument de la Renaissance africaine, Abdoulaye Wade avait poussé un soupir pour réfléchir à haute voix à l’idée de reposer dans la nef de ce monument et surplomber Dakar de sa grandeur et de sa splendeur !
Va-t-on trouver grand monde pour pleurer sur la dépouille du Pds ? Rien n’est moins sûr. Ils s’y sont pris à plusieurs pour perpétrer l’assassinat. Une seule chose les aura unis, c’est d’avoir chacun, par ses méthodes, ses pratiques, participé à achever la bête. De l’égoïsme de Wade et de son fils ou de Pape Diop, à l’égocentrisme de Idrissa Seck, au sectarisme du groupe de Oumar Sarr, aux foucades des Ousmane Ngom, Souleymane Ndéné Ndiaye, Papa Samba Mboup, Samuel Ameth Sarr, Farba Senghor, Modou Diagne Fada, Habib Sy, Aïda Mbodji, Falilou Mbacké, Abdoulaye Baldé, à la cupidité ou aux faiblesses des transhumants, à l’immaturité des Babacar Gaye…, tous ont joué un rôle pour détricoter l’œuvre de Wade, sans compter un Macky Sall, qui a fini de siphonner les rangs de ce parti. Le Pds est apparu ces dernières années, comme disait Raphaël Glucksmann, «un corps malade qui a survécu trop longtemps à son âme disparue».

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