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Pour bon nombre de nos concitoyens, vous n’étiez, jusqu’à hier soir, que le troisième suprême chef de l’Etat du Sénégal. Alors que depuis le 20e siècle déjà, vous êtes monté d’un cran pour devenir plus qu’une personnalité et davantage qu’un personnage romanesque un objet et un sujet d’importance majeure. Depuis quelques se­maines, le ciel tout autant les rares borées qui soufflent dans la presqu’île du Cap-Vert attestent que vous êtes véritablement de saison. Et de façon tacite, tout le monde en convient. Sauf à vouloir jouer aux originaux ou seulement à n’être que du lot des gens qui, bardés de mauvaise foi, ont érigé la négation et la contestation en régime et système. Oui, Maître, ce qui arrive en votre trajectoire de vie est tout à fait extraordinaire et se dit en toutes nos langues codifiées et de tous les coins et recoins de ce merveilleux pays dont nous sommes les parfaits ayant droits et devoirs. Eh, oui ! Des villas climatisées aux hameaux les plus déplorables du territoire, maintenant tout le monde se réveille et se couche avec votre nom. Cela est encore plus vrai et vérifiable en les espaces de prédilection de l’ethnologie moderne : salons de thé, de couture, de coiffure, de manu et pédicure, restaurants et gargotes, taxis, bus et tatas, grand-places et marchés, espaces familiaux et halls d’hôtels de zéro à dix étoiles.
Et cela ne fait que commencer, dit-on. Comme hier, quand vous n’étiez qu’en vos déserts tout autant lorsque vous teniez les rênes de la République et de la Nation. A présent, au Sénégal, les politiciens de tous bords et natures, qu’ils soient pro ou de circonstance, tous sont sous pression. Et ce fait est encore plus ostensible dans les états-majors où, comme à El Paso, la tension, haute et plurielle, monte et se manifeste en calculs et en jeux, en ruses et astuces, en chantages et menaces à mettre en branle, car de plus en plus se consolident l’idée et la nécessité de voir concrétisé un précédent qui, dans le fond, ne ferait que rendre plus crédible notre démocratie. Ce qui, cela va de soi, ne ferait que rehausser l’image du Sénégal en notre continent déjà si trouble, si troublé et troublant. Maître, je ne vous apprendrais rien, en disant que dans moins de dix semaines, maintenant, le Peuple plus que jamais souverain et vibrant de maturité va passer aux urnes pour un référendum ultra-capital : voter pour ou voter contre.
Voter pour ou contre la cohabitation, éradiquer, et à jamais, les majorités mécaniques et plus qu’aberrantes en démocratie. En cet essentiel enjeu, cela se dit et s’entend avec frénésie, vous êtes, malgré votre absence physique, le citoyen le plus présent dans le cœur des oppositions politiques, dans la quotidienneté affreuse des populations et en l’esprit, déjà si préoccupé, des tenanciers du système en jouissance. Maître, il souffle dans le pays de bons vents de nostalgie à votre endroit. Vous en avez de sûrs et fiables échos. Je ne vous l’apprends pas non plus, car je sais. Oui, je sais que vous êtes depuis au moins soixante-cinq ans un inaliénable vigile intellectuel triplé d’un homme de curiosité(s) et d’un politique, sans relâche, guettant les temps qui font mouche. Et d’opportunités, justement, il n’est que l’embarras des choix. Maître, dans moins d’une semaine, vous fêterez votre 90e hivernage. L’idéal serait que cela se fasse, non pas en Versailles, mais ici au Sénégal où trop de barouds honorables, parce qu’engageant le présent et le futur apaisés de la plèbe vous attendent. Comme du reste toutes les initiatives au bout desquelles le Pds sortirait assaini, revigoré et soutenu par de nouvelles compétences et de neuves visions aptes à le rendre pérenne et, ainsi, l’insérer en ligne première du legs qui doit vous survivre et que vous devez absolument à nos enfants et petits-enfants, à l’histoire et à la postérité.
A n’en pas douter, ce serait aussi un temps pour parler de la question aisée à résoudre qu’est devenu Karim Meïssa Wade. Mais encore, un temps pour causer des moyens et des voies pour démocratiquement convertir en destin le légitime dessein qui serait le vôtre de le voir en stabilisateur suprême du monde auquel il appartient réellement. Et pourquoi pas ? Tout citoyen peut nourrir un tel dessein, n’est-ce pas ? Mais enfin… Nous parlerions aussi des touts et des riens emplissant nos compatriotes. Vous l’imaginez, Maître, nous n’avons que trop de tours de propriétaire à accomplir. Et nous les mènerons jusqu’à leurs termes. Avec nos idées et nos effronteries, avec nos sueurs et nos rages assemblées. Mais pour moi, avec cette double exigence : la plurielle bénédiction d’hommes qui me servent de guides et modèles et, en priorité, votre in-occultable posture de montreur émérite de routes salutaires. Cela est bien du domaine des possibles.
Qui plus est, aujourd’hui que les failles ont été identifiées, que les masques sont tombés de trop de bougres et quidams que vous avez extraits des néants atroces dans lesquels ils étaient en errance et qui, à présent, ont mis au grand jour leur vraie âme de faux-dévots. On me dira que cela était écrit, que le Sénégal est un monde et qu’il y faut de tout : des anges et des salauds. J’accepte volontiers. Comme on soutiendra, et à raison, que dans leur vie sans éclats, un grand monsieur entrerait, paré de la générosité d’un papy, pour les sortir de leur insignifiance et faire de toutes et tous des gens acceptables. Pour sûr, Maître, vous vous attendiez à toutes leurs vilenies, mais en patriarche, vous avez, douze années durant, fermé les yeux et continué à tolérer les scènes et actes de trop mauvais goût que toutes et tous jouaient. Il fallait bien qu’ils tombent en bassesse, jouent les cartes, qui du reniement, qui de la médisance, car les poubelles de transhumance et de ridicule sont aussi à remplir, arguiez-vous. Maître, aujourd’hui que les intrus et «faucons», par des pirouettes et effets de girouette, par des voies de contournement et de plus méprisables chemins de traverse, ont pris le large et posé leurs repoussants baluchons en de toujours vertes prairies, tout peut s’enclencher pour le Pds, par exemple. Ainsi, pour la première fois, l’idée m’emballe de changer d’option : ne plus seulement me limiter à penser la politique, mais concilier réflexion et militantisme dynamique. La messe est donc dite. Mais je n’ai pas encore choisi la chorale qui m’enchante. J’attends de voir. Je puis avouer que je suis debout. Debout et prêt à vivre de plus essentielles et de plus pressantes alternances dans le landerneau politique et autant de chamboulements féconds dans les partis et mouvements.
Sous peu de semaines donc, je quitterai le rivage pour voguer entre mer agitée et mer à agiter. Je n’y serai pas seul, car plus que jamais, «je est un autre» et, en sa résolution, va entraîner des milliers de femmes et d’hommes de tous âges et conditions, de toutes confréries et chapelles, convaincus que le préalable qui demeure le socle à partir duquel réussir le Sénégal est inévitable et a un nom : la culture. Certes un concept, mais surtout un levier et un enjeu vital. Inch’Allah… Le lundi 29 de ce mois de mai courant, entre bougies à souffler d’un coup et gigots d’agneau mélangés à des oranges de Casamance, nous créerons temps pour aller plus avant sur toutes les questions cruciales trônant en notre conscience. Nous parlerons de la culture, comme alternative. Ah, oui ! «Alternative-culture» sera bien au menu. Partout et en permanence ! Et en cette soirée historique, Maître, habillez-vous encore de plus vives lumières, car il sera aussi question de livres à lire et à écrire, de lectures à partager et de projets de société à vulgariser. En gros, il sera question de réarmements mental et moral, car il faudra que nous soyons, au bout du compte, des millions et millions de patriotes unis par l’exaltant devoir d’enfin installer, de façon non virtuelle, le Sénégal dans la sobriété et la vertu, dans la patrie et non en des «places réservées», dans la transparence et dans la démocratie réellement gouvernantes. Bon anniversaire anticipé, Maître !…  Trois fois, Maître !…  Et pour toujours !

Elie-Charles MOREAU
Mouvement Alternative-Culture

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