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Makhtar Camara a expliqué les raisons du malaise entre l’Afrique et la Cpi. D’après le professeur de droit public, la juridiction internationale par son action judiciaire répressive «centrée sur l’Afrique», renforce l’idée d’une «justice sélective du Nord contre le Sud…»

L’Afrique est au cœur des préoccupations de la justice pénale internationale. Les actes de barbarie, qui font légion sur son sol fait qu’il «n’est pas exagéré de dire que l’Afrique est devenue un véritable enjeu de justice pénale internationale», d’après Makh­tar Camara, professeur de droit public à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. C’était hier lors de la 3ème édition de l’Agora diplomatique organisée par l’U­nion des conseillers des affaires étrangères du Sénégal (Ucaes). Lors d’une conférence axée sous le thème, «l’Afrique et la justice pénale internationale», le juriste a constaté les rapports heurtés entre les dirigeants africains et la Cour pénale internationale (Cpi). «L’enthousiasme des débuts de la création de la Cpi a cédé le pas à un climat de méfiance voire de défiance. A cet égard, le constat qui s’impose est qu’on est passé de mariage célébré en grande pompe à la chronique d’un divorce annoncé. Le continent noir exprime de l’aversion pour les poursuites pénales d’origine extra-africaine tout en manifestant une certaine appétence pour l’exercice d’une compétence régionale africaine en matière de répression des crimes internationaux», analyse Pr Camara.
Aujourd’hui pas moins de 6 chefs d’Etat ou ex-chefs d’Etat ont ou ont eu maille à partir avec le juge répressif international. On peut citer Charles Taylor du Liberia, Hissein Habré du Tchad, Laurent Gbagbo de la Côte d’Ivoire, Oumar El Béchir du Soudan et Uhuru Kenyatta du Kenya. Aujourd’hui, les prises de position de l’Union africaine encourageant l’Afrique à prendre en main son destin en termes de répression des crimes de masse d’une particulière gravité sont de plus en plus agitées. Il est même agité dans les couloirs de Addis Abeba, qui abrite le siège de l’Union africaine, l’idée d’une «Afriquexit» en référence au Brexit de la Grande Bretagne. D’après Makhtar Camara, «par son action judiciaire répressive centrée sur l’Afrique, la Cpi prête le flanc à la critique sur l’idée d’une justice sélective du Nord contre le Sud, d’une justice internationale qui ne l’est que de nom, car foncièrement sélective et inégalitaire teintée de néocolonialisme, instrumentalisée voire manipulée par les grandes puissances».

bgdiop@lequotidien.sn

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