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On peut croire que Boun Dionne perd du «poids» en n’étant plus Pm. Mais dans les tâches et les attributions, il reste un homme de confiance mais surtout un homme fort du Palais. Du Président aussi.

Macky Sall a pris de cours tout le monde. L’on ne pouvait soupçonner que sa phrase prononcée à la fin de ce qu’on pourrait désormais qualifié de «Discours de Diamniadio», le 2 avril dernier, pouvait suggérer la suppression du poste de Premier ministre. Quoique, en filigrane, «des changements dans la gouvernance de l’Exécutif» ne pouvaient épargner les deux têtes : la Présidence ou la Primature. Alors, il ne reste qu’à suivre la suite. Car, il s’agirait là, moins de la suppression elle-même que ce qu’il mettra dans le corps du super ministre d’Etat, Secrétariat général de la présidence de la République. Mais aussi et surtout, les prérogatives du Pm qui seront, sans doute et à bien des égards, transférées au Secrétariat général de la Présidence. Et puis, Dionne n’est ministre d’Etat et Secrétaire général de la Présidence que le temps de conduire la réforme. Parce qu’il devra y avoir un autre décret précisant qu’il n’est plus Pm et conserve ses autres titres. Et encore, rien ne dit, après cette suppression, que c’est lui ou un autre qui assurera les fonctions de ministre d’Etat et Secrétaire général de la Présidence.

Dionne, homme fort
La succession de titres (Premier ministre, ministre d’Etat, Secrétaire général de la Présidence) fait de Boun Abdallah Dionne un homme fort jusqu’à ce que Macky Sall le décharge de la fonction de Premier ministre. Ça pourrait rappeler la surcharge de Karim Wade, qui lui avait valu la caricature de «ministre de la terre et du ciel». Et puis, c’est être naïf que de penser que Dionne a été affaibli en perdant la Primature. L’on ne cesse de rappeler d’ailleurs, les hyper «machines» du Palais qu’étaient Jean Collin et Ousmane Tanor Dieng, qui étaient au Palais, mais qui faisaient et défaisaient des carrières. En réalité, en étant plus proche (physiquement et politiquement) du chef de l’Etat, il a la preuve de la confiance continue. Il voit et entend plus la voix du maître des céans. Il est davantage «contrôlé» par le chef, mais il a aussi l’avantage de contrôler les hommes du Palais. Au fond, il n’entendrait plus «Monsieur le Premier ministre», mais il le restera en tant que coordonnateur des activités des ministres et de l’Administration. Avec les services rattachés au Secrétariat général de la Présidence, il dirige le «gouvernement du palais». Et, sans doute, dans ce schéma du président de la République, il ne faut pas s’attendre, en dehors de Dionne, que quelqu’un d’autre porte le privilège protocolaire de ministre d’Etat. Il ne sera pas qu’un (simple) «collaborateur», pour reprendre le qualificatif que Nicolas Sarkozy avait donné à son Premier ministre François Fillon. C’est clair. Macky Sall ne veut pas que son mandat soit miné par les ambitions des uns et des autres. Il est vrai que le Premier ministre, au vu de ses prérogatives constitutionnelles, est, trivialement, «le premier des ministres». Et pourtant, pas que. Qu’est-ce qui expliquerait alors que cet adjectif numéral ordinal soit aussi jalousé et convoité. Et il n’occupe pas le 9ème étage du building pour être le dernier ! Il est au sommet des étages. Et, c’est parfois parce que le Pm est un escabeau vers le (vrai) sommet.

Macky applique une proposition de Hollande
L’on avait souvent comparé Macky Sall à François Hollande dans leur «normalité» prônée. Ils partagent aussi le goût de la mort du poste de Premier ministre. En octobre 2018, à l’occasion des 60 ans de la Constitution de la Ve République, le prédécesseur de Macron avait réitéré -il y avait pensé quand il était Président- sa proposition pour la suppression du poste de Premier ministre. Il considère que cela donnerait «une légitimité forte au chef de l’Etat». «Je pense qu’il faut couper le nœud gordien. Il faut aller jusqu’au bout. Le président de la République doit être le seul chef de l’Exécutif. Donc plus de Premier ministre, plus de responsabilité devant le Parlement, plus de droit de dissolution», expliquait-il à la télévision française Public Sénat. Plaidant d’ailleurs «un Parlement qui ressemblera au pouvoir du Congrès américain et un président de la République qui est forcément le chef de la majorité».

Retour du Sénat ?
Sous cette formule de François Hollande, on peut se demander déjà si Macky Sall va revenir au Parlement bicaméral. Il faut dire d’ailleurs, qu’à ce propos, certains proches du chef de l’Etat comme Mounirou Sy et Moustapha Diakhaté ont récemment émis le souhait d’un retour du Sénat qui induirait la suppression du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct).
hamath@lequotidien.sn

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