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La situation au Mali est assez préoccupante avec un bilan provisoire de 4 morts et 74 blessés (ndlr 11 morts a présent). Dans leur colère contre le gouvernement de Ibrahim Boubacar Keïta, les manifestants ont saccagé l’Assemblée nationale et le siège de la télévision nationale. Pour la journaliste Togola Hawa Séméga , ces actes sont le résultat de la frustration nourrie par les populations face à un média d’Etat devenu outil de propagande.

Qu’est-ce qui a conduit au saccage de la télévision nationale, l’Ortm ?
Le saccage de l’Ortm a été engendré par une certaine frustration et un mécontentement assez important de la population malienne. Ils se sentent lésés parce qu’à chaque fois qu’il y a des cérémonies, la majeures parties des images sont censurées et l’Ortm ne montre que ce qui est favorable au gouvernement. La population estime dans sa majorité que l’Ortm est un média propagandiste à la solde de l’Etat malien.

Quelle est la position de la presse malienne par rapport à ces évènements ?

La presse malienne est un peu mitigée. Il y a des médias pro étatique et les autres. Concernant le saccage de l’Ortm, toutes les faîtières des groupements patronaux de tous les médias du Mali ont fait un communiqué pour dénoncer le saccage. Quoi qu’on dise, ce sont nos confrères et aucun mécontentement ne peut justifier cela. Globalement, beaucoup de médias privés sont pour ces mouvements. Ils dénoncent la plupart du temps la mauvaise gouvernance, l’insécurité. Mais il y a aussi des médias qui essaient d’apporter des débats contradictoires, tout en évitant de prendre parti. En tant que média, il est important de rester neutre, de ne donner que l’information et d’éviter surtout d’inciter les populations à la haine et à la violence. Malheureusement, il y a certains médias qui sont entrés dans ce jeu, notamment certaines radios et télévisions privées. Et également, certains activistes des réseaux sociaux qui attisent le feu. Et c’est déplorable.

Pensez-vous que le Pré­sident va céder à la pression de la rue ?

Je ne pense pas. Comme on a pu le constater hier soir dans son second discours à la Nation en une semaine, IBK a mis fin aux fonctions des membres restants de la Cour constitutionnelle. Ils étaient 4, la présidente et les 3 autres membres. Parmi les 9 sages, il y a un qui est décédé et 3 qui avaient rendu leur démission. Le reste, le Président a mis fin à leur mandat. La plupart de ses proches estiment que c’est quelqu’un d’assez têtu. Je pense qu’il va juste prendre certaines mesures en espérant que ça va calmer la population. Il faut reconnaître que c’est vraiment tendu. Les gens sont fatigués. La population exprime son ras-le-bol au quotidien et ce qui envenime encore plus la situation, c’est que les gens estiment qu’il implique beaucoup trop sa famille dans la gestion du pays.

Est-ce que cette instabilité peut être mise à profit par les groupes djihadistes pour reprendre du terrain ?

Il est évident que cette situation va être favorable aux djihadistes. Certaines sources nous ont fait savoir que dans les régions du centre, il y a beaucoup de localités qui sont de plus en plus occupées par ces groupes terroristes et l’absence de l’Armée se fait vraiment sentir. Notamment à Ségou, Banaba, Nara. Il y a même une de nos sources qui nous a fait savoir que ces djihadistes sont en train d’implanter leur base à Nara qui n’est pas tellement loin de la capitale Bamako. Il y a énormément de risques aussi à Sikasso, Koulikoro, Mopti. Je pense que le Président devraient faire extrêmement attention à ne pas négliger tous ces paramètres. C’est le même scénario de 2012 qui est en train de se dessiner avec le putsch militaire contre Amadou Toumani Touré. Un mois après ce putsch, toutes les régions du nord avaient été prises d’assaut par ces djihadistes, Tombouctou, Gao et Kidal. C’est un sérieux problème qui se pose.

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