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Pour le ministre de la Justice, Adama Gaye a insulté le président de la République. L’arrestation du journaliste découle, selon Me Malick Sall, de son devoir de protéger les institutions qu’il «assume» totalement. Evidemment !

Un soupire puis un temps d’arrêt. L’expression du visage de Me Malick Sall change lorsqu’il est interpellé sur l’arrestation du journaliste Adama Gaye, qui a encore connu un retour de Parquet. Alors que les magistrats conviés au forum organisé par la Cour suprême dégustent leur petit déjeuner, le Garde des sceaux s’apprête à régler ses comptes avec les «insulteurs publics». Pour cela, il s’éloigne du vacarme ambiant pour commenter l’actu du jour. Vêtu d’un costume noir, le patron de la Chancellerie ne fait pas dans la langue de bois. «M. le ministre, que pensez-vous de l’affaire Adama Gaye», questionne un journaliste. Sans retenue. Sans gants, il déclare : «J’assume ma totale responsabilité» dans l’arrestation du journaliste Adama Gaye, tape-t-il, fermement.
Désormais, le ministre allie passion et sourire narquois. Me Sall débute sa plaidoirie à charge par des rappels : «Quand quelques individus se sont permis d’insulter les chefs religieux de Tivaouane et de Touba, cela avait choqué toute la communauté musulmane, le chef de l’Etat… le ministère de la Justice avait rendu public un communiqué pour rassurer la population et les chefs religieux que les auteurs de cette forfaiture seront traqués et mis à la disposition de la Justice.» Ses yeux rivés sur celui qui a posé la question en dit long sur la fermeté qu’il affiche dans ce dossier très médiatisé. En effet, Adama Gaye déféré hier après 2 jours de garde à vue à la Dic, est accusé d’ «offense au chef de l’Etat» et de «diffusion de propos contraires aux bonnes mœurs». A l’heure actuelle, il cogite sur son sort après ses propos supposés injurieux envers le Président Macky Sall via Facebook. «La justice n’autorisera personne de fouler aux pieds les fondamentaux de la République et les institutions. Lorsque ces institutions sont banalisées, c’est la porte ouverte à la déstabilisation. En tant que Garde des sceaux, il est de ma responsabilité de protéger les institutions de ce pays. Je ne peux pas personnellement en tant que Garde des sceaux, voir qu’un individu par ses écrits, ses déclarations passer son temps à insulter la plus haute institution de ce pays en l’occurrence le président de la République. Je ne peux pas rester les bras croisés», a ajouté Me Sall.

«Qu’un individu passe son temps à insulter la plus haute institution…»
Dans sa sortie, le Garde des sceaux fait clairement allusion au délit d’offense au chef de l’Etat. Adama Gaye tombe donc sous le coup de l’article 254 du Code pénal. En ayant utilisé un moyen de diffusion public, tel que énuméré par l’article 248 du Code pénal à savoir la radiodiffusion, la télévision, le cinéma, la presse, l’affichage, l’exposition, la distribution d’écrits ou d’images de toutes natures, les discours, chants, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publics, et généralement tout procédé technique destiné à atteindre le public, le journaliste risque gros d’après l’article 254 du Code pénal. Qui dispose : «L’offense au président de la République par l’un des moyens énoncés dans l’article 248 est punie d’un emprisonnement de 6 mois à deux ans et d’une amende de 1 000 000 à 1 500 000 francs ou de l’une de ces deux peines seulement…»
Cette sortie rappelle les étonnantes déclarations du patron de la Chancellerie dans l’affaire Pétro Tim. «Je ne pense pas qu’un musulman comme Aliou Sall se perde dans des dossiers de corruption…», avait-il répondu en juin dernier alors interpellé sur la non-convocation de Aliou Sall devant la justice. Moqué, chahuté, Me Sall avait auparavant étonné son monde devant les députés de l’opposition en mai dernier lors de l’examen du projet de loi portant suppression du poste de Premier ministre, moins d’un mois après son installation en remplacement du Professeur Ismaïla Madior Fall. Avec dédain, il lançait aux détracteurs du projet : «Les victimes du 24 février qui n’ont pas encore digéré leur amertume je ne peux que leur dire «massa».»
bgdiop@lequotidien.sn

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